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Trois cents, d'après Guichardin

2. Montagne au-dessus de Gênes, au revers de laquelle se trouve l'aqueduc Due Pratelli.

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de merveilles a tous ceulx qui en ouyrent parler et espouventable a tout le monde.

Jusques a celle heure ne sceurent ceulx du chasleau le vray de leur secours, car, voyant paravant les viliains sur les montaignes, pencoyent que de la veinssent assiéger et assaillir le chasteau. Mais, voyant la croix blanche et Testandart des Françoys sur le bastyon et la chace qu'on donnoit aux Gennevoys, lesquelz on tuhoit a la veue du chasteau, cognurent qu'ilz avoyent secours et que Tarmée de France estoit au pié des montaignes et dedans. Par lesquelles choses firent ung cry de joie, comme s'ilz fussent ressuscitez de mort a vye ; et ausi estoyent ilz en grant hazart, car leur vin estoit failly et leurs autres vivres diminuez, et des souldartz grant partye de mors et les autres affoliez. Toutesfoys, ceulx qui furent sains montèrent sur les murailles et la firent sonner trompettes et tabourins en tyrant artillerye au travers de la ville, conrnie si tout deust basir, et s' esbaudirent joyeusement. Messire Gallaaz, voyant du chasteau sur le hault des murailles du palais deux estandartz de sainct George, fist adresser une grosse serpentine celle part et tirer si a droict que d*ung coup rua par terre ung d'iceulx estandartz; de quoy les Gennevoys furent moult esbahys et tant plus ne s'essayèrent de dresser leur estandart.

Le Roy, qui estoit lors a Bourg de Buzalle, sceut par postes, que couroyent aucuns de ses varletz de chambre, les nouvelles de la prise des montaignes et du bastyon et comme ses gens avoyent gaigné la bataille ; de quoy fut moult joyeulx et manda a messire Charles d'Amboise, son lieutenant gênerai, que le lendemain il seroit a son année.

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Âpres toutes ses choses, gens d'armes furent mys a garder le bastyon que le seigneur de Milho, avecques quelques autres capitaines de gens de pié et troys mille laquoys françoys, eut en garde. Ausi furent ordonnez troys mille Allemans a garder la montaigne. Car ancores tenoyent les Gennevoys le Gastellatz qu'ilz avoyent, au conmiancement du mutin, gaigné sur noz gens. Lequel Gastellatz est assis au pendant de la montaigne, du costé de Gennes, contre le bastyon et le chasteau a main senestre, en descendant du bastyon a la ville, bien garny de gens et d'artillerye, pour ancores tenir longuement et amuser l'armée. Mais pour ce que ja estoit sur la vesprée et près de nuyt, fut dit que pour ce jour ne seroit faict autre chose, si n'est que gens d'armes furent mys autour de celuy castellatz pour garder que celle nuyt ne fust ranforcé de gens ou de vivres, pour celuy assaillir le lendemain et approcher Gennes.

Ge faict, gens d'armes furent logez et mys chascun a son Cartier ; l'avan garde fut myse près de Sainct Pierre d'Areine, a la venue de Gennes ; la bataille, viz a viz et tout autour d'ung gros bourg, nommé Rivereu ; l'artillerye et toutes les gens de pié, entre la bataille et l'avan garde, tout au droict du bastyon; l'^arriere garde, au dessoubz du bourg de Rivereu, a ung grand gect d'arc loings en arrière de la bataille. La, sur les coustez, et au pendans des montaignes, a voit grant nombre de palais et beaulx logys a merveilles, qui estoyent des seigneurs et marchantz de Gennes, ou la dedans estoyent logez les capitaines et seigneurs qui la estoyent. Dedans le bourg de Rivereu estoit logé messire Gharles d'Amboise, lieutenant du Roy, et

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graot compaignye de geotishommes du Roy, qui repaissoyent tous a sou logis. Ausi tenoit il maison ouverte a tous venans, ou ce jour me trouvay a Teure du soupper pour en avoir ma part comme les autres. Tout le logys, hault et bas, estoit plain de mordans. La viz arriver plusieurs des geotishommes qui avoyent esté a la bataille, dont aucuns n'estoyent aocores desarmez de leur griefve et garde braz, tous lassez, et barboillez le visage de pouldre et de sueur. Ghas^ cun parloit la de l'affaire de la guerre, ou je ouys et apris beaucoup de choses que j'ay cy mises par escript.

Sur le point du soupper, devant le logis du lieutenant du Roy, arriva grant flote d'Allemans, dont les ungs portoient les autres a leurs coulz et sur des picques, tous blecez et sanglantz; lesquelz fist monter a mont, et iceulx fist repaistre et pencer a ses despens et tenir audit logis jusques ilz fussent guerys.

À toute heure luy survenoit nouvelles de la guerre et des affaires du Roy ; et, entre autres, au comaincement du souper, survint ung des capitaines des Âllemans qui avoit monté la montaigne, disant que iceulx Allemans ne demeureroyent en ladite montaigne, si leurs compaignons d'embas n'y alloyent, ou que on leur envoyast quelque autre ramfort pour leur ayder a garder ladite montaigne. Et, tout en l'eure, le lieutenant du Roy laissa le soupper et a toute dilligence s'en va au camp, ou prist gens d'armes et piétons jusques au nombre de deux raille, et iceulx fist monter pour aller la ou estoient les Allemans et garder la montaigne avecques eulx ; puys s'en alla tout au long du camp veoir l'ordre de ses gens. Et, comme celuy qui avoit la charge du tout, estoit tousjours en piedz, en

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manière qu'il ne dormoit ne nuyt ne jour, mais estoit tous temps par chemin de lieu en lieu pour luy mesmes veoir asseoir le guect du soir, et de la mynuyt et du matin. Et, avecques ce, avoit mys telle pollice et provision a l'affaire des vivres que toute la vallée de Poulcevre, qui contenoit plus de xii mille de pays, estoit tousjours plaine de vivendiers, et si bien estoit Fost garny de vivres que la aussi grant marché en estoit que en la meilleur ville de France. Toute celle nuyt fiit mys gros guet et escoutes a force autour de Gennes et sur les montaignes.

Ausi ne dormoyent pas les Gennevoys, de leur part, combien que ilz eussent mal faict leurs besongnes le jour de devant. La estoit leur duc, nommé Paule de Nove, et ung autre pizan, nommé Jacobus Gorsus, lesquelz avoyent la charge de Tarmée de Gennes, et avoyent conduyt ce jour l'armée a la montaigne et perdu la bataille, comme j'ay dit. Lesquelz voyant le commaincement de leur maie fortune, pour donner confort et espérance au peuple, disrent devant tous : c Mess", sy nous avons aujourd'uy faicte quelque peu de perte, demain recouvrerons le tout; car fortune, qui oncques ne tourna le doulx a Gennes que a ceste foys, nous sera a une autre secourable. Si noz ennemys, les Françoys, occupent partye de nostre montaigne, ancores avons nous le castellatz et la montaigne de nostre costé a délivre, par ou pouvons monter sans leur danger jusques a mont, et la leur tenir bastille et pied ferme. Reprenons doncques nouveau couraige de vertueulx vouloir, et nous efforçons de leur donner ung eschec. Autant de gens, et plus qu'ilz ne sont, sommes ycy ; ne reste plus que avoir bon vou-

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loir de bien faire, et au besoing l'exécuter; pour ce, est mestier que, demain au plus matin, tout homme de Gennes qui pourra armes porter se treuve a la montaigne, délibéré par armes deffendre nostre liberté que nul homme de cueur vertueulx doit lesser perdre, si n'est quant et la vye. Pour tant, nobles cueurs de Gennevoys, trouvez vous a la montaigne des Deux Frères, pour la vivre et mourir a la deffence de vostre franchise et garder vostre cyté. Outre, est advisé que, pour noz ennemys admuser et surprendre, envoyrons ambaxades devers le lieutenant du Roy de France, faignant de vouloir parlamenter et rendre la ville; lesquelles ambaxades exploreront et adviseront l'armée des Françoys, les lieulx ou est assix leur camp et la manière de leurs gens d'armes pour nous en advertir, afïîn de donner dedans par le plus aisé ; et ce pendant nous monterons tous par le derrière de nostre montaigne, affin qu'ilz ne voyent nostre puissance ; et nous, ainsi montez, ferons faire une saillye de troys ou quatre mille hommes vers le costé de la Lanterne, comme pour leur vouloir donner de ce costé la bataUle, ou soudainement acourra toute l'armée ; et, elle ainsi passée, devallerons de la montaigne, et a tour de bras leur donnerons la charge sur la bataille ou arrière garde, dont seront effrayez du bruyt et se desordonneront en manière que, sans faillir, si nous avons cueur, nous gaignerons la bataille et mectrons tout a sac. » La furent presens Paule Baptiste Justinian, Demetrius Justinian, Manuel de Ganalle, Ânthonius de Ciuully, des premiers mutins de Gennes, et deux capitaines, nommez Ternatin et Gambecourte, lesquelz, devant tout le peuple de Gennes, louèrent et recom-

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mandèrent l'oppinion susdite, disant que de meilleur ni plus seur moyen ne sauroyent trouver pour de£Paire les Françoys ; a quoy s'accorda tout le peuple, tant que, toute la nuyt, ne firent autre œuvre par la ville que armer gens, voire de tant, comme depuys je sceu par mon hoste de Gennes, que en nombre se trouvèrent quarante mille hommes armez ou plus, lesquelz, de l'aube du jour, se mirent a monter la pluspart, et, eulx montez, se mirent entre les montaignes hors la veue de noz gens; toutesfoys bien furent advertys par ceulx de nostre guect que grant nombre de Gennevoys estoyent montez.

Au plus matin, envoyèrent devers le lieutenant du Roy leurs ambaxades, lesquelz passèrent par le Cartier de l'avan garde, regardant sa et la comme avoyent charge de faire, disant a ceulx qui les enqueroyent ou^lz alloyent : « Nous allons en ambaxade devers le lieutenant du Roy pour parlamenter et faire composicion, pour rendre la ville au Roy; » et, ainsi tousjours, en regardant Tordre de l'armée, passèrent oultre jusques au logis du lieutenant du Roy, auquel disrent la charge qu'ilz avoyent de la ville. « Je ne puys riens, dist il, conclure avecques vous, ne ne povez avoir responce jusques a la venue du Roy, qui sera icy dedans deux heures, comme il m'a mande; je m'en voys au devant de luy pour l'adverlir de tout. > Oyant lesdits Gennevoys que le Roy estoit si près, furent tous esbahys, ponçant qu'il ne viendroit point, quelque chose qu'on en dist, ce que pareillement ne croyeient ceulx de Gennes. En bonne garde furent mys lesdits ambaxadeurs.

Ce faict, messire Charles d'Amboise prist grant

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nombre de geos d'armes et s'en alla au devant du Roy, qui estoit party bien matin de son logys et avoit chevauché, armé, et matin pour la frescheur.

Gommant le Roy se rendit a son armée devant Gennes, et d'une bataille gaignée par les Fran-

ÇOYS, ET comment LA VILLE DE GeNNES SE RENDIT AU ROY^

Le Roy, sur les ix heures du matin*, arriva au camp avecques grosse route de gens d'armes, et fut le XXV"® ^ jour du moys d'apvril, en l'an susdit mil CCCCC et sept. Autour de luy, devant et derrière, estoient ses deux cens gentishommes, tous en armes, et leurs chevaulx bardez et acoustrez richement. Avecques luy estoyent le duc de Bourbon, le duc de Callabre, le duc de Longueville, le duc de Ferrare, le conte de Nevers, le marquys de Mantoue, le marquis de Monferrat, le seigneur Jehan Jourdan et plusieurs autres grans seigneurs*, tous armez et vestus de soyes de drap d'or et d'orfev[re]rie, montez sur grans courciers bardez moult richement. Le Roy, armé de pié en cap, estoit au millieu des quatre cens archiers de sa garde, les xxim du corps tout au joignant de luy ; les-

1. Miniature au fol. lxxiii t° du texte, représentant une bataille : la cavalerie exécute un mouvement tournant; dans un coin, les piquiers, genou en terre. Le roi marche au milieu, Tépée à la main, couronne en tête, suivi de ses archers.

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