‹ Chroniques de Louis XIIChapitre 96 sur 183 · avril · texte numérisé non relu

avril

\. Notamment Louis de la Tréraoillo, d'après Jean Bouchet.

Avril 4507] GOMMANT LE ROY SE RENDIT A SON ARMÉE. 215

quelz archiers estoient armez de leurs brigandines et sallades, vestus de leurs hoquetons, les arcz tendus, et faisoyent entre autres belle monstre en marchant moult fièrement. Au derrière de luy avoit une escoardre de gens d'armes semblant estre assez pour devoir soustenir ung faix de grosse bataille. Somme, sa route duroit une lieue de pais, ce que pouvoyent clerement veoir les ennemys qui estoyent en la montaigne, dont furent esbahys, ne se doubtant de sa venue. Les Allemans de sa garde, tous enpennachez, armez de hallecretz et la picque au poing, marchoyent en poincte et devant les archiers de la garde. De sa venue fut tout l'ost rejouy. Les Allemans comaincerent a batre leurs groux tabourins et marcher en ordre au devant de luy, en luy faisant la révérence le genoil en terre. Ce faict, après qu'il eut veu et advisé Tordre de toute son armée, qui la estoit toute en bataille, s'en alla loger a ung monastère de sainct Benoist, au pié de la montaigne, sur main destre, ou la avoit beau logis, et dévote eglize et grans jardrins doux de bonnes murailles; dedans lequel furent logez les quatre cens archiers de la garde, les cent Âllemens. Le cardinal d'Amboise fut logé la dedans ledit monastère, avecques partye de son train. Maistre René, cardinal de Prie, estoit pareillement logé la près. Tristan de Salluzart, arcevesque de Sens, suyvit ausi le Roy, et si avoit avecques luy xx hommes a cheval, tous la brigandine sur le doux, et luy son harnoys complet dedans ses coffres et ung bon coursier pour le servir a besoing. Tantost que le Roy fut arrivé, niessire Charles d'Amboise, son lieutenant, luy mena les ambaxadeurs de Gennes, qu'il ne voulut veoir ne ouyr ; mais les envoya

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au cardinal d'Âmboise, pour les ouyr et savoir qu'ilz vouldroyent dire, et, ce faict, adviser sur leur despesche. Âpres disner, les ambaxades furent ouyes touchant leur charge, telle que le peuple et toute la ville [de] Gennes disoient que voluntiers se rendroyent au Roy et luy mectroyent ladite ville entre les mains, leurs libertez, biens et vyes saulves ; priant ledit cardinal d'Amboise très humblement de vouloir intercéder pour la desollée cyté de Gennes, et qu'il fust le bon plaisir du Roy, leur seigneur souverain , comme disoient, de ne vouloir destruyre son mesme pays, et que ilz amenderoyent partye au vouloir du seigneur : auquel propos ne voulut entendre le Roy ne rendre autre responce * .

Advint, ce pendant et durant ce parlement, sur les troys heures après mydy, que ung allarme se fist sur le camp, tellement que le bruyt fut incontinent par tout Tost, dont chascun courut aux armes. Les deux cens gentishommes, les iiii cens archiers de la garde et les cent Allemans du Roy furent armez, les gentishommes a cheval et les archiers a pié, tous joygnant le logys du Roy, avecques plusieurs de ses princes et pencyonnaires. Le Roy, oyant le bruyt de son logys, demanda que c'estoit. L'ung de ses chamberlans, nommé messire Françoys de Rochechouart, senechal de Touloze, luy dist : a Sire, c'est quelque allarme qui est survenu au camp. » — « Gommant? dist le Roy; ce n'est pas ce que les ambaxadeurs disoyent, qui sont venus cy pour parlamenter et trecter de la

l. D'après la Comjuesle et assault, c'est Charles d'Amboise qui les rorut; il les invita à livrer, avant tout, au roi leur doge et douze notables.

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paix^. Or allez, dist il, voir ce que c'est. > Et, sur ce, ledit messire Françoy s de Rochechouart sortit hors et vit aucunes des trompettes courant paraiy l'ost et cryant Talanne a toute force. Si s'en retourna devers le Roy le plus tost qu'il peut, disant : c Sire, sans point de faulte il y a bruyt, et me doubte que ce soit vers la Lanterne et que par la les Gennevoys ont faict quelque saillye. > Et tout a coup le Roy se fist armer ^ et monter ses archiers de la garde tous a cheval, et transmist messire Mercure, avecques ses cent Âlbanoys, devers la Lanterne hastivement, pour aller savoir que c'est oit, et retourner incontinent. Lequel, a course de cheval, fut tantost près les portes de Gennes, dont estoit sorty grant nombre de Gennevoys, et estoyent entre leurs barrières et la tour de la Lanterne. Messire Charles d'Amboise avoit faict mectre l'avan garde ja en ordre, a l'issue du bourg de Sainct Pierre d'Areine, pour les actendre : lesquelz ne marchoyent, mais estoint arrestez pour admuser l'armée, comme avoyent entrepris. Du costé des montaignes devers Gennes commaincerent Gennevoys a monter a la foulle de tous costez, et tant que lesdites montaignes estoyent couvertes de Gennevoys armez. Les autres de ceulx qui estoyent les premiers montez , lorsqu'ilz virent leurs gens approcher, sortirent d'entre les montaignes, et tous ensemble plantèrent amont leurs enseignes, lesquelles se pouvoyent voir de abas ; et y en avoit deux blanches et une rouge, et une my partye de rouge et de blanc, et plusieurs autres, qui ne se pouvoyent d'ambas clerement adviser, sur le hault de troys

1. Tout le camp français cria à la trahison [la Bataille et assault).

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