Charles de Bourbon, comte de Vendôme
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grosse javeline ou poing, disant, puysque le Roy y estoit en personne, que tous ceulx des siens qui avoyent pouvoir de le deffendre, ce devoyent la trouver en armes. Et si avoit ledit arcevesque xx hommes des siens, tous le harnoys sur le dos.
Les Gennevoys tenant bataille amont sur la montaigne, voyant de tous costez monter Françoys et Allemans, et marcher droict a eulx, furent tous asseurez d'avoir la bataille, s'il actendoyent : ce que furent tous délibérez de faire, et en bransie de charger sur ceulx des Françoys et Allemans qui la estoyent des premiers amont, premier que les autres qui montoyent se fussent joingtz a eulx. Et ainsi qu'ilz vouloyent esbransler, pour marcher droict a eulx, messire Mercure ayant ja faict son embusche, avecques partye de ses gens, sort par derrière d'une montaigne, a la veue du Roy et de l'armée d'ambas, et luy mesmes comainça l'escarmouche. Mais, a coup de trect et de hacquebutes le receurent les Gennevoys, dont aucuns d'iceulx sortirent en place, et a grans coups de picques chargèrent les Albanoys, qui pareillement, a course .de cheval, qui estoient faictz et duytz aux escarmouches des montaignes, a poincte de lance les retournoyent bâtant jusques a leur bataille. A ceste escarmouche estoit le marquis de Mantoue, Françoys de Maugyron, et d'autres Italiens et Françoys tout plain. Longuement dura Tescarmouche, ou six des Gennevoys furent tuhez, et deux Albanoys blecez et ung mort. Les Allemans, demeurez a bas avecques le Roy, voyant amont comaincer l'escarmouche, se misrent tous a genoulz et baisèrent la terre, les bras emcroisez; et
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taot que dura ladite bataille, tousjours furent agenoilez. Tandys que celle escarmouche durcit, les Françoys et Allemans montoyent la montaigne, et les Gennevoys approchoyent leurs batailles. Et, lorsque messire Mercure sceut que tous les Françoys et Allemans que le Roy avoit commandé a monter furent essemblez, après avoir donné une charge sur les Gennevoys de la plus prochaine bataille, fist manière de se retirer avecques ses gens : et tout en l'eure, toute ceste brigade de Gennevoys lesserent leur montaigne et se mirent après ; ceulx de leurs autres batailles, pareillement le plain pas ; et les aucuns a course suyvirent les Albanoys, en faisans grans huées et criz orribles, disant : Acame/ acame/ amacef amace! La demye lieue près n'eussez ouy tonner, pour le bruyt des Gennevoys, qui pençoyent que les Françoys s'eniîiissent. Mais tout soubdainement, lorsque iceulx Gennevoys furent assez près, deux grosses pièces d'artillerye furent a travers d'eulx deschargées ; et ceulx qui estoient en embusche sortirent avecques toutes les deux batailles des Françoys et des Allemans, les Albanoys et autres gens de cheval, ensemble, et donnèrent sur ceste première bataille de Gennevoys si rudement, que, sans résistance de gens vertueulx, tournèrent le dos. Les autres qui estoyent au derrière d'eulx, et venoyent a leur secours, voyant la première de leurs batailles fuyr vers eulx, et les Françoys a leur dos, qui les tuhoyent a grans monceaulx, furent effrayez, mesmement Paule de Nove, leur duc, et Jacobus Corsus, chiefz de leur armée, lesquelz ne sceurent plus tenir en ordre leurs gens, ne rallier ensemble; car chascun se mist a la fuyte : dont les
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aucuns se lessoyent cheoir et rouller du hault en bas. Grant occision en fut faicte, car les gens de cheval les arrestoyent par les monlaignes, et les piétons mectoyent tout a sac. La chace leur fut donnée plus de deux mille par les montaignes : dont aucuns se defiPendoyent, les autres se laissoyent copper les gorges comme moutons. Et me fut la conté que, a ceste defifaicte, iing des Albanoys de messire Mercure, a la rancontre de la première bataille, coucha sa lance pour assenner ung gennevoys, jeune, fort etlegier; lequel gennevoys actendit Talbanoys, a tout une rondelle en la main, et une espée en Tautre, et de sadite rondelle destourna le coup de celuy albanoys; puys soubdainement s'aprocha de luy, et d'ung sault le saisit au travers du corps, tellement qu'il le mist hors la selle de son cheval, et le porta par terre : lesquelz Tung sur l'autre se tournoyèrent et voiltrillerent troys ou quatre tours. Le gennevoys ne se pouvoit bien aider de son espée, qui estoit longue ; l'albanoys ne pou voit rancontrer son poignault, qu'il avoit derrière le doulx, couvert du panneau de sa longue robbe. Mais a la parfin ledit albanoys, qui estoit en grant danger de sa vye, fut secouru, en manière qu'il eut loisir de trouver son poignault, de quoy trencha la gorge audit gennevoys.
Toute la montaigne fut jonchée de mors et ensanglantée du sang de ses pouvres Gennevoys, qui furent menez tuhant jusques dedans les portes de Gennes, et plus de deux mille par les montaignes, tant que le nombre des mors fut extimé a xmi cens hommes ^