‹ Chroniques de Sougé-le-GanelonChapitre 26 sur 42 · AGRICULTURE · texte numérisé non relu

AGRICULTURE

champs de sarrazin ; ils ont reconnu que leurs labeurs n'y trouvaient pas de compensation.

Au commencement du xvne siècle les cultivateurs distillèrent la lie du cidre ; par suite, on fit usage d'une eau-de-vie moins agréable que celle des Charentes.

La pomme de terre, introduite dans ce pays vers 1775, devint une richesse pour la France, le jour où le roi Louis XVI, sur les instances deParmentier, s'en fit le protecteur, et orna des fleurs du tubercule la boutonnière de son habit. Depuis, elle a compté pour beaucoup dans l'alimentation de l'homme et des animaux ; jusqu'à nos jours, son usage, malgré les attaques de plusieurs maladies, est demeuré très-profitable.

Dans le même temps, la luzerne et les navets commençaient à être d'une grande ressource pour la culture.

Les cultivateurs, pour rendre leurs terres moins humides, multiplièrent les fossés, en laissant de larges haies couvertes d'arbres à haute tige, avec des rangées de têtards. N'était-ce point une cause déterminante d'un climat plus excessif, c'est-à-dire plus froid ou plus chaud ? II y avait peu de fumier, jamais les prés ne recevaient de fumure. Il y avait, il est vrai, de la pâture dans le contour des champs, dans les genêts, dans les terrains vagues et incultes, c'était la seule ressource des bestiaux maigres et chétifs.

L'amélioration du bétail était bien impossible par ces moyens ; nos cultivateurs n'avaient point les notions qui constituent la connaissance de la beauté d'un animal. Aujourd'hui, par suite d'un progrès amené par les relations commerciales et agricoles, nous voyons autour de nous de beaux produits qui se rattachent aux races mancelle, anglaise et cotentiné. Les étables en général sont mal installées sous le rapport de la hauteur, du pavé et de l'aération. Que de cultivateurs laissent croupir leurs bestiaux sur une litière qui n'est ni assez abondante ni renouvelée à temps.

Nos cultivateurs depuis vingt-cinq ans sont très-amateurs de belles poulinières, race percheronne, dont les produits se vendent à des prix élevés, surtout depuis 1870. Plusieurs propriétaires d'étalons

percherons les font parcourir le pays: les résultats en sont excellents.

La chaux, connue comme amendement par les Romains et les Gaulois, a été un peu employée depuis quarante ans. La marne très-abondante à Sougé, est employée depuis longtemps : les communes voisines, au commencement de ce siècle, en ont exporté énormément, les excavations produites par les fouilles, sont là pour l'attester. Par suite, le seigle fit place au froment ; les trèfles, la pomme de terre, puis la luzerne, le sainfoin, s'étendirent et la nourriture du bétail fut quintuplée. Dans une grande partie du sol de Sougé, le trèfle avait cessé de réussir depuis vingt ans, mais on y revient. La luzerne détruite par la teigne ne donne plus le même résultat.

La découverte dunoir animai, en 1822, fut, dans beaucoup d'endroits une nouvelle source de fertilité ; mais Sougé n'en a jamais fait un usage assez considérable pour amener un résultat. Le raygrass, la rainette se sèment abondamment.

Le chou du Poitou, aux larges feuilles, paraît depuis vingtcinq ans dans les champs. Jusque-là on ne voyait que le chou cavalier et dans les jardins, seulement. La betterave ou lisetteest de nos jours d'un grand produit.

Le colza, si productif dans certaines localités, n'est pas cultivé pour ainsi dire. Le chanvre est cultivé en petite quantité dans les meilleures terres.

Si la fumure des prés, malheureusement trop peu nombreux, n'était pas aussi négligée ici, nous verrions sur notre sol argileux, sablonneux et caillouteux ou grouas, augmenter le nombre des bestiaux et la masse de nos engrais. Il ne faut pas craindre de voir la moitié de l'assolement occupé par la pomme de terre, les choux du Poitou, la betterave, la carotte blanche, le sainfoin, la luzerne, le trèfle qui reparaît, les vesses, le panais, etc.

Consommation du blé.

Depuis 1819, époque où l'échelle mobile fut instituée, jusqu'en 18G5, sur quarante-six années, nous en avons trente où les prix

Page 1