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CHANSON DE LA MARIÉE

Sur les ponts d'Avignon j'ai ouï chanter la belle, Qui dans son chant disait une chanson nouvelle. J'ai perdu mes amours, je ne sais où les requers, A Paris ou àTours ou bien à La Rochelle. Il faut brider Moreau et lui mettre la selle Et piquer de l'éperon, jusqu'au lit de la belle. Et y étant arrivé trois petits coups frappés, Ouvrez, votre porte, ouvrez, nouvelle mariée !

Comment que j'ouvrirais, je suis déjà couchée Auprès de mon mari, la première nuitée; Attendez à demain la fraîche matinée, Mon lit sera dressé, ma place balayée ; Mon mari ne sera pas là, il sera en compagnée.

Comment que j'attendrais, j'ai la barbe gelée, La barbe et le menton, la main qui tient l'épée. Les fers de mon cheval qui tiennent à la gelée. Trois petits pigeons qui ont pris la volée ; Ils ont volé si haut qu'ils ont la mer passée ; La mer et les poissons et toute la citée. Sur la table du Roi ils ont pris la péchée, Sur celle du dauphin ont pris leur reposée.

Les liaisons, qui finissent par le mariage, datent souvent de la fréquentation du catéchisme. Les jeunes gens se parlent pendant plusieurs années, en tout bien, tout honneur. Le grand nombre de bons ménages provient de cette sage temporisation. Nos jeunes garçons, lorsque leurs vœux ont été acceptés, sont fiers de porter aux foires, aux marchés et aux assemblées, à côté de leurs amies, leur parapluie ou leur joli panier tout neuf. C'est l'indice d'un mariage prochain.

A l'église, la mariée a eu soin, au moment où l'époux lui donne l'anneau, de ployer à propos le doigt avant qu'il ait passé la seconde phalange. Si elle réussit, elle sera heureuse en ménage, ou plus clairement, elle sera la maîtresse.

Celui des mariés, dont le cierge fond le plus vite, pendant la cérémonie, doit fatalement mourir le premier.

Le Tresfoué. — Il y a une cinquantaine d'années, il était clans l'habitude de beaucoup de personnes de mettre dans l'âtre une bûche, la veille de Noël, au soir, et le lendemain de débarrasser du feu le reste du bois et de le placer sous un lit ou dans un coin de la maison. Ce fumeron éteint était considéré comme un préservatif contre le feu du ciel. Je crois que, dans certaines familles, cet usage s'est conservé. Dans un aveu fait àMessire René de Biars, chevalier, seigneur de Saint-Georges-le-Gaultier et autres lieux, le 2 septembre 1648, le déclarant avoue devoir aller, chacun an, « quérir le bois en la forest de Pail pour fere le tresfouais deNouel... » Celle date, assurément, nous affirme l'ancienneté de cet usage.

Gâteau des Rois. — Le jour de l'Epiphanie, 6 janvier, les familles se réunissaient autour de leur chef, en vue de manger un gâteau. Celui qui trouvait la fève dans son morceau était déclaré Roi; chaque fois qu'il buvait, les convives criaient, le Roi boit! Cet usage très-ancien, si cher aux familles, devrait se perpétuer et ne pas prendre le chemin de l'auberge, où le maître donne à ses clients un gâteau qu'il faut arroser. Ce n'est plus alors une fête de famille ; la femme, les enfants sont absents.

Poisson d'avril. — Le premier jour d'avril, on cherchait à

tromper les voisins par des nouvelles erronées, des commissions supposées, des envois désagréables par la poste, des pièces de monnaie solidement fixées entre deux pavés, des cornets de papier...

La Lune. — Avant tout on consulte la lune ; son influence est accréditée parmi nous, comme elle Tétait du temps de Pline et clans les anciens livres d'agriculture. Ainsi, il ne faut labourer qu'en décours, ne tailler la vigne qu'en nouvelle lune. En faisant des semis, des plantations, il faut compter avec la lune, de même en abattant du bois de chauffage et surtout du bois de travail. Le soutirage, la mise en bouteille du vin et du cidre ne peuvent se faire qu'en décours; les conserves également. La lune rousse est accusée de nombreux méfaits. Faut-il n'agir qu'après un examen méthodique des phases de la lune? C'est aller beaucoup trop loin. La prévision du temps à longue échéance ne saurait inspirer aucune confiance, en tant que basée sur les mouvements de la lune. Cette prévision du temps ne peut, du reste, être basée davantage sur d'autres documents. Il est absolument stérile d'aventurer des conjectures sur le beau ou le mauvais temps, une année, un mois, une semaine même à l'avance. — A quoi tient le grand succès des almanachs de Matthieu Lsensberg, qui dure depuis 1636 ? Evidemment aux prédictions banales qui y sont insérées. Lorsqu'on spécule sur la crédulité humaine, on est toujours sûr de réussir ; les prédictions ont beau être démenties, le public n'en continue pas moins à consulter le fameux almanach. On accuse quelquefois les savants de ne pas vouloir se rendre à l'évidence; mais ici l'évidence est loin d'être réelle. Sans rien nier a priori, la science ne peut admettre que ce qui est constaté.

Croyances, Superstitions. — Les veillées étaient fort en usage autrefois. En se chauffant on y racontait des histoires de fées, de loups-garous, de sorciers, tout en vidant quelques pots de cidre. Le cabaret a remplacé ces réunions ; malheureusement, le jeu et la boisson y retiennent trop longtemps les consommateurs.

Les fées étaient les reines du monde invisible ; elles parcou-

raient les airs, sans autre secours que leur baguette divine. Elles assistaient à la naissance des enfants, et la beauté, la bravoure, l'esprit, etc., venaient de leur puissance. Mais les fées bonnes, belles et éternellement jeunes, pouvaient être contrariées par d'autres fées, méchantes, laides, qui passaient leur vie à détruire tout le bien produit par les autres. Elles tiennent aussi à la main la baguette enchantée qui commande à la nature entière. Mais bonnes ou méchantes, gardez-vous d'irriter les fées. Elles sont implacables dans leur colère.

Les Bonnes Denmes ou fées se trouvent dans les rochers qui avoisinent la Corvée de Linthe, en Saint-Léonard ; elles se promènent en carrosse à Folleton. Autrefois, elles prêtaient aux laboureurs des bœufs noirs qu'il fallait rendre avant le coucher du soleil, en ayant soin de leur mettre cinq sous entre les cornes.

Les loups-garous, au dire des croyants, étaient des personnes condamnées à courir pendant la nuit, changées en loups, et ce, pour l'expiation de grands crimes. Le jour venu, ces coupables reprenaient la forme humaine. Ils étaient délivrés, habituellement, à la suite d'effusion de sang, ce qui arrivait lorsque quelqu'un frappait le monstre. Cette croyance était enracinée à la fin du siècle dernier; aujourd'hui, elle tend à s'affaiblir.

L'homme croira à Dieu, aux mystères, aux saints, à l'enfer et aux démons, aux revenants, aux falotiers, aux esprits follets, qui viennent mêler la crinière aux chevaux. Il croira aux sorciers et les redoutera pour lui, sa famille et ses bestiaux ; il croira aux pronostics de la mort, qui résultent du perchement d'un corbeau ou d'un oiseau de nuit, sur la maison où se trouve un malade. Il consultera le devin pour connaître l'auteur d'un vol, celui qui aura jeté le sort qui rend malade et fait périr son bétail, ne se doutant pas que c'est à sa paresse ou à son ignorance qu'il faut attribuer le fléau qui décime, chaque année, ses élables.

Les bergers sont tenus pour sorciers : le plus fort fera périr le troupeau du voisin, en cas d'inimitié. Les rebouteurs, les bon-

greurs sont considérés comme pouvant guérir sans employer de remèdes, sans toucher ; voir la personne malade leur suffît. Les sorts jetés par un malveillant ne peuvent être enlevés que par un plus fort. Tout dernièrement, un rebouteur était tenu en échec, disait-il, par un curé.

Dans leurs maladies, les cultivateurs ne vont pas toujours consulter le médecin ; ils conduisent leurs malades en voiture, sans redouter les cahots, vers la personne réputée, par exemple, vers Marguerite, à La Boissière, ou bien on lui envoie de leurs yanx. Une personne est-elle atteinte de folie, la famille ne tarde pas à attribuer celte maladie, souvent héréditaire, à un tour. Pour guérir cette créature ensabatée on fera des neuvaines.

Au décès d'une personne, son âme vient passer dans les cendres du foyer , puis se laver dans le seau qu'on prend soin de vider. On appelle cette manière d'agir une ancienne rubrique.

Pour se débarrasser des poux, il faut en enfiler sept dans une aiguille et les faire rôtir. — La guérison de la rifle s'obtient par une messe quêtée sou par sou . — L'affection appelée feu sauvage se guérit habituellement par quelques bonnes femmes jouissant d'une certaine réputation ad hoc : elles circonscrivent pendant neuf jours le mal avec de l'eau bénite qu'il faut saler à diverses reprises, et dans laquelle on ajoute du charbon de chêne, qui ne doit pas retourner au feu.

Une maison neuve ne doit-être habitée, sous peine de mort dans l'année, qu'après avoir tué un coq dont le sang sert à asperger les appartements. — Une poule vient-elle à chanter le coq, il faut la tuer, ou une personne de la maison meurt dans l'année.

Avant le tirage au sort, en vue d'obtenir un bon numéro, chose difficile aujourd'hui, il faut mettre, à Tinsu du jeune homme, dans ses vêlements une bague de mariée de Tannée, ou un morceau de pain bénit de trois messes de minuit, ou de la terre prise, à minuit, sur la dernière fosse fermée, dans le cimetière. Pour savoir quand on sera marié, prendre au-dessus de

l'oreille gauche un cheveu, passer dedans une bague de mariée, la descendre au fond d'un verre plein d'eau ; la main la tient audessus de l'eau, si elle ne frappe pas la paroi du verre, pas de mariage ; autant de coups, autant d'années d'ici le mariage. — En mettant sous l'oreiller d'une jeune fille ou d'un jeune homme des feuilles de laurier en croix, avec un sou sur le milieu, un verre d'eau sous le lit, la personne voit en rêve celui ou celle qu'elle doit épouser.

Quelqu'un redoute un sorcier en passant à côté ; pour le réduire à l'impuissance, il tiendra le pouce enfermé dans la main, en disant assez bas, Je te redoute. Virgile dit :

Baccare frontem,

Cirgite, ne vati noceat, mala lingua fuluro.

La plante bacccir passait pour être un préservatif contre les sorciers et les mauvaises langues. — En allant chercher du lait, quelques-uns mettent un ou plusieurs grains de sel dans le vase, en vue de déjouer les sortilèges qui feraient tourner le lait. — Brebis comptées, loup n'en tient compte. On croyait aussi, comme les Romains, que les sorciers n'avaient aucun pouvoir sur les objets dont on ignorait le compte. La paresse y trouvait le sien.

Caractère. — L'habitant de Sougé est frotté de ce qu'on appelle la prudence des Monceaux, c'est-à-dire est d'un caractère froid, impassible, réfléchi et peu ami des nouveautés. Il est esclave de ses intérêts ; il est moqueur dans ses moments de gaîtô avec ses pairs, en arrière, à l'égard de ceux qu'il feint de considérer comme ses supérieurs, 11 y a plusieurs catégories bien tranchées parmi les douze cents habitants de cette commune : elles ne se ménagent pas et se trient dans leurs relations de société.

Chez le plus grand nombre l'attachement à la religion est profond ; c'est encore à cette source qu'ils puisent la probité, celle remarquable obligeance dans les moments critiques, cette douceur <1<" mœurs >i précieuse à la campagne comme ailleurs.

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