TREMBLEMENT DE TERRE DE LISBONNE
Tragédie en cinq actes en vers,
par maître André, perruquier, contemporain
du grand Voltaire.
On voit que le charlatanisme des affiches n'est pas nouveau. Cette idée fut heureuse ; pendant trois mois la foule se porta au théâtre, la meilleure société de Paris fit le voyage ; les loges étaient louées une semaine à Tavance, et les équipages stationnaient tous les soirs, depuis l'entrée du faubourg du Temple jusqu'à la rue d'Angoulême. Les vers de maître André ont quelque analogie avec les vers de notre époque. A l'imitation de quelques poètes modernes, maître André, quoi qu'il en dise, secoue tous les vieux préjugés littéraires, il néglige la césure, s'affranchit
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de rhémistiche, et saute à pieds joints pardessus r hiatus.
Que de hardiesse dans ces vers!...
a Mon plus grand désir et.*, ma plus grande
[ambition...
« N*est que de partager avec vous ce bondon.
« Suzette, vitement, prête^moi un couteau.
« On t'en rendra un qui... sera beaucoup plus
[beau.
Je croirais n'avoir rempli ma tâche qu'à demi, si je privais mes lecteurs du récit de la catastrophe qui termine la pièce du perruquier célèbre. On pourra juger si la place de ce morceau sublime n'est pas marquée depuis longtemps entre le récit de Théramène et celui du jeune Marigny dans les Templiers,
DUPONT seul.
Ah! ciel 1... qu'ai-je aperçu ? qu'ai-je vu de mes yeux?
Ah! quel embarquement, et quel spectacle affreux !
Je tremble et je frémis^ et je suis si saisi
Que je ne pourrai pas en faire le récit.
Non, je ne puis jamais exprimer par mes pleurs
Le trouble et le chagrin qui causent mes douleurs.
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O malheureux destin ! ô fatale journée !
O dans quel désespoir m'as-tu abandonné?
Thérèse et Rodrigues, comte et Théodora, Paraissez, de grâce, ne me délaissez pas !
A peine étes-vous donc montés dans le vaisseau Que je vous aperçois tous au milieu de l'eau. Quand je veux avec vous, la planche escalader, D*un coup de vent je vois le vaisseau s'en aller. Je fais ce que je peux pour pouvoir l'arrêter : Mais je Tai lâché, car il allait m'emporter.
Je veux courir après dans cette conjoncture.
Je me sens tout mouillé jusques à la ceinture ; Sur la terre les flots me forcent d^échouer.
Et je n'ai eu que le temps de me secouer.
Je cherche partout le comte de mes deux yeux ; Je le voyais dans l'eau, puis après dans les cieux. Mais si loin qu*il n'était pas plus gros que le pouce Et toujours agité par de fortes secousses.
Je pleure et je gémis après le cher vaisseau ; Un grand vent qui soufflait, me narguant aussitôt. L'a approché de moi en l'élevant bien haut.
Et de là jusqu'à terre il n'a fait qu'un seul saut. J'ai couru à l'endroit où je l'ai vu tomber; J'ai eu, beau le chercher et partout regarder; Le vaisseau n'y était plus; mais un très grand gouffre. Qui poussait une odeur toute pleine de souffre. L'avait mis tout au fond de ce malheureux trou. J'y aurais descendu si j'avais su par où.
Dans le même moment que Thérèse j'appelle, Moi qui désirerais m'en aller avec elle, I. 6.
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Le trou s^est rebouché, et je ne l'ai plus vu. Thérèse ! où êtes-vous i Je ne vous verrai plus. Mon amour et mon cœur! Pour le coup que je meure ! Que n*ai-je donc aussi péri à la même heure ! Que ne puis-je fouiller au fin fond de ce trou Pour du moins pouvoir m'y enterrer avec vous! O sort! fallait-il donc qu'en un si doux moment Vous me ravissiez la maîtresse avec Tamant ?
Mais je ressens encore un nouveau tremblement: Je crains qu'en m'arrétant en ce lieu plus longtemps Je n'y périsse aussi. Je m*en vais, si je peux, Tâcher de me sauver, m'éloignant de ce lieu.
En quelque endroit que j'aille, à pied ou en carrosse. Je me souviendrai du premier jour de ma noce *.
Après le succès, dont la durée fut longue, ce théâtre retomba dans son atonie accoutumée. Beaulieu quitta le boulevard du Temple pour se faire directeur du théâtre de la Cité, qui devait devenir son tom-
* Cette tragédie, jouée pour la première fois en 1804, sur le théâtre des Délassements, vient d'être reprise sur celui des Folies-Dramatiques; je fais des vœux pour que beaucoup d'ouvrages du théâtre moderne aient dans trente ans le même honneur.
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beau, et le général Thuringue passa en Russie, où il mourut, à ce qu'on a dit, d'une manière funeste.
Ce spectacle, qui ne faisait qu'ouvrir et fermer, resta inoccupé l'espace d'une année. Vers iSoS, un spéculateur nommé Anicet Lapôtre obtint la permission de l'exploiter; M. Lapôtre fit refaire et décorer la salle à neuf, engagea de nouveaux acteurs, et grâce à son activité et à de grands sacrifices pécuniaires, il redonna la vie à un théâtre qui avait subi si longtemps les mauvaises chances de la fortune.
Un fait à constater, c'est que ce théâtre était en pleine prospérité, lorsque le décret impérial qui en supprimait vingt-cinq d'un coup, vint frapper M, Lapôtre, qui ne reçut aucune indemnité pour tous les sacrifices qu'il avait faits.
J'ai déjà dit que j'avais toujours trouvé le décret de 1807 injuste et brutal ; en supposant que dans l'intérêt de l'art il ait été jugé nécessaire de réduire le nombre des théâtres à Paris, on pouvait s'y prendre d'une manière plus douce et plus patçr-
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nelle : par exemple, n'eût-il pas été plus convenable de dire qu'au fur et à mesure qu'un théâtre fermerait par suite de mauvaises affaires, ce théâtre ne serait jamais rouvert ?... Or, plusieurs d'entre eux n'étaient point dans ce cas, et notamment celui àQs Nouveaux Troubadours. M. Anicet Lapôtre avait payé jusque-là^ avec une scrupuleuse exactitude, ses comédiens et ses fournisseurs. Ce directeur tenait un train de maison très confortable ; il aimait les gens de lettres, il était rare qu'il n'en eût pas toujours quelques-uns à sa table : on y trouvait toujours quelques artistes distingués. Des hommes de lettres qui ont depuis obtenu de légitimes succès sur des scènes plus dignes, ont commencé sur celle des anciens Délassements comi^ ques. Je ne pense pas qu'aucun de ces hommes de lettres répudient jamais leur berceau ?... M. Sewrin, qui y fit jouer le Jaloux Malade^ et les Loups et les Brebis, n'en est pas moins aujourd'hui l'auteur de la Fête du Village voisin, de VHomme sans Façon, et de deux cents autres pièces
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charmantes qui ont fait sa réputation. La Mère Camus, vaudeville grivois de M . Rougemont, l'a-t-il empêché de faire la tragédie de Marcel, et les drames de la Vau' balière et de Léon?,., M. Dumersan, en composant une parade intitulée : Gilles dans un Potiron, en est-il moins un homme de lettres spirituel, et un numismate distingué ?... Servières, mort référendaire de la Cour des Comptes, y a fait représenter:
Y a de l'Oignon, vaudeville poissard ; et Servières n'en composa pas moins plus tard Madame Scarron, Tune des plus jolies pièces du théâtre Montansier. M. Simonnin, avec qui j^'ai collaboré dans ma jeunesse, pour la Belle aux Cheveux d'Or^ ^^•^acieuse et Percinet a obtenu depuis des succès plus solides. Enfin, Désaugiers..
notre D/saugiers à nous t est-ce qu'il
n'a pas ^.onné toutes ses premières pièces aux théâtres des Jeunes Artistes et de la rue du fi'ac ^... Encore une fois, soyons reconnairsants envers les théâtres qui nous ont ouvert leurs portes les premiers, et redisons à ceux qu'un amour-propre
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ridicule, ou une fausse honte, porterait à renier leur origine dramatique : • Ne
■ soyez pas plus fiers que Le Sage et
• Piron, qui n'ont point rougi de tra-
• vailler pour la foire Saint-Germain et la
■ foire Saint- Laurent. >
Après sa fermeture, le théâtre des De'lassements a été démoli, mais le vestibule a servi souvent h montrer des animaux savants, des nains, des géants ; j'y ai vu encore il y a quelques années un Salon défigures en cire. Aujourd'hui la façade seule existe encore, et le théâtre de mes premiers essais, se trouve placé entre un épicier et un marchand de vins.. . O vanité..... des vanitésl
THÉÂTRE
DES