VARIÉTÉS AMUSANTES
(LAZZARI).
THEATRE DE LAZZARI.
EN 1777, un sieur Tessier, voulant spéculer sur les élèves du Conservatoire de TAcadémie de musique, fit construire une petite salle de spectacle sur le boulevard du Temple, vis-à-vis de la rue Chariot, qu'il destina aux élèves pour la danse de Topera. Cette salle était assez agréable, quatre-vingts élèves, garçons et filles, en étaient les acteurs et actrices.
La Jérusalem délivrée^ grande pantomine à spectacle, fut jouée pour l'ouverture et attira beaucoup de monde.
« Un sieur Parisot, dit Bachaumont dans ses Mémoires, fut ensuite le direc- « teur de ce théâtre, qui néanmoins n'eut c pas de succès, malgré l'honneur qui lui « vint d'y recevoir le fameux Paul Jones.
« Cet envoyé des Etats-Unis, étant à « Paris en 1780, alla recevoir les applau- € dissements des Parisiens dans presque « tous les grands théâtres. Ne voulant pas « manquer une ovation, il est allé, le 18 « mai, aux Elèves de V Opéra, Comme le « public en avait été prévenu, une foule « immense s'était rendue pour le regarder « entrer. Le sieur Parisot, voyant une « recette assurée par la présence d'un « des amis de Washington et de Lafayette, « avait imaginé de suspendre en l'air une « couronne qui, par une poulie, devait se glisser au-dessus de la tête du héros « américain, et puis redescendre s'y placer.
« Heureusement que M. Jones Paul, pré- « venu à temps de cette turpitude, a supplié « humblement le directeur courtisan, « qu'elle n'eût point lieu... On a )oué le « Siège de Grenade, pantomime dans la-
Théâtre de La^:(ari. iSg
V quelle le sieur Parisot remplissait le « rôle du comte d'Estaing; après avoir été « applaudi, le chef d'escadre, Parisot, est « venu à la fin du spectacle, dans son « habit de théâtre, avec deux bougies à « la main, reconduire Paul Jones à son <c carrosse...
« Malgré cette illustre visite, le sieur « Parisot ne resta pas longtemps en pos- « session de son théâtre ; comme il ne « payait ni les entrepreneurs, ni les coc( médiens, ni les auteurs, un ordre du « roi prescrivit, en septembre de la même « année, la clôture des Elèves de r Opéra; « c'était bien la peine d'avoir fait préparer « une couronne à M. Tenvoyé des Etatsce Unis, pour' qu'un ordre du roi vînt « enjoindre k M. le comte d'Estaing^ Pa- « risot, de fermer boutique !...
« Ce théâtre se releva pendant la révo- « lution, et lorsque celui des Variétés « Amusantes fut érigé en Théâtre-Fran- « çais, il en prit le titre... » Un Italien, nommé Lazzari, en devint le directeur et y jouait le rôle d'Arlequin avec un talent,
140 Petits Théâtres de Paris.
et une légèreté remarquables ; c'était surtout dans les tours d'adresse, les métamorphoses, les changements à vue qu'il excellait. Je me rappelle m'y être beaucoup amusé dans mon enfance.
Lazzari étonnait dans Ariston^ l'Amour puni par Vénus^ la Tartane de Venise, le Diable-à^Quatre, canevas qu'il compo* sait lui-même.
Vers 1792, ce petit spectacle était très suivi... on y comptait quelques acteurs qui n'étaient point sans talent. D'abord :
Lazzari, Clairville, Saint-Albin, Piquant,
Ducerre, Lédo Les dames ; Saivret,
Fleuri , Richard , Lebon , Maucassin , Fanni, etc.. Un homme de lettres, nommé Gassier, en était le régisseur....
Les pièces qu'on y représentait offraient souvent de l'esprit et de la morale.
Des auteurs, qui plus tard ont obtenu des succès plus légitimes, ont commencé aux Variétés Amusantes. Lebrun Tossa y donna la Cabale, l'Agioteur^ les Rivaux amis; Saint-Firmin, la Jeune Esclave; Grétry, neveu du compositeur, la Noblesse
Théâtre de Lœç^çari. 141
au Village; Desriaux, V Ombre de J.^J.
Rousseau; Gassîer, Gilles^ toujours Gilles^ et la Liberté des Nègres ; Guillemain, la petite Goutte des Halles^ vaudeville poissard Des ballets et des pantomimes
variaient le spectacle.
Un nommé Saint-Albin, que j'ai cité plus haut, a été bien malheureux. Vous avez pu le voir, il y a quelques années, vieux, pauvre, souffrant, demandant Taumône sur le boulevard Saint-Denis; ce misérable vieillard n'osait pas avouer la profession qu'il avait exercée, il ne le disait qu'à quelques personnes intimes.
En vérité cela est affligeant de voir des artistes traîner ainsi une existence malheureuse, après avoir joui de quelque réputation ; n'y aurait-il pas des moyens de fonder une caisse d'épargne et de prévoyance pour les vieux comédiens dont la carrière aurait été bornée ?... Le nombre des acteurs qui gagnent mille écus par an est plus grand que celui de ceux qui touchent de gros appointements.
Quoi, les maçons, les charpentiers, les
couvreurs, presque tous les corps d'état
forment entre eux des associations 1
et des artistes ne s'entendront point pour faire ce que font de simples ouvriers !...
Espérons que cela viendra 1
Le théâtre de Lazzari subsista jusqu'en 1798, où le 3o mai, à neuf heures du soir, il devint la proie des flammes.
On a pensé qu'une pluie de feu, représentée dans la dernière scène du Festin de Pierre^ que l'on jouait le même soir, avait pu être la cause de l'embrasement de cette salle.
La méchanceté fit, comme c'est l'usage, courir des bruits calomnieux sur le compte du pauvre Lazzari, attendu que le théâtre n'était pas alors dans un état de prospérité ; mais l'opinion publique en fît justice. Lazzari était généralement estimé, et tout le monde s'intéressa à lui : le malheureux directeur, ruiné par ce sinistre, se brûla la cervelle, dit-on, quelque temps après.
Le propriétaire de cet établissement, moins chanceux que beaucoup d'autres, essaya de rouvrir son spectacle, mais
Théâtre de Lajjari. 143
un privilège lui fut toujours refusé.
La fajade qui existait il y a quelques iDois, et sur laquelle on lisait encore ; Variétés Amusantes, vientd'ètreabattue !
une maison de sis étages va remplacer le théâtre où Arlequin faisait ses métamorphoses, et où Paul Jones, envoyé de la République américaine, faillit recevoir une couronne sur ta tête.
CIRQ.UE OLYMPIQ.UE
ou FRANCONI.