CIRQUE-OLYMPIQUE
LES animaux ont toujours eu le privilège de nourrir Thomme et de Tamuser.
Pauvres bêtes !... Ce n'est pas assez que le chien aille à la chasse, qu'il garde le toit domestique, il faut encore qu'il sache jouer aux cartes ou aux dominos. On arrache le singe à ses forêts pour l'habiller en soldat, lui commander l'exercice ou le faire danser sur la corde ; lorsque l'animal le plus modeste, le plus laborieux^
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l'âne, a porté à la halle les provisions de la semaine, un maître cupide ne rougît pas de le caparaçonner et de lui apprendre à désigner la personne la plus amoureuse de la société ; le serin qui nous charme par son ramage, est quelquefois obligé, pour avoir un grain de mil ou un brin de mouron, de s'atteler à un petit carrosse, ou de faire le mort. Les pigeons sont facteurs de la grande poste, en attendant qu'ils soient mis à la crapaudine...
Pauvres bêtes 1... les hommes sont vos tyrans... vos bourreaux!... Vous êtes bien bons de ne pas vous révolter!... A votre place je demanderais une charte!... Mais non, je ne vous le conseille pas; les grenouilles se souviennent encore de ce qu'il leur en a coûté pour avoir demandé un roi!...
Puisque tant d'animaux ont brillé par l'intelligence, le cheval ne pouvait pas, lui, le plus beau, le plus noble de tous, rester en arrière dans le mouvement intellectuel qui s'est aussi opéré parmi les bêtes.
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Le cheval, cette belle conquête que rhomme a faite... le cheval devait jouer un grand rôle parmi les animaux devenus comédiens; aussi c'est avec orgueil, avec reconnaissance, que je consacre un chapitre à ces acteurs quadrupèdes : acteurs modestes qui, pour appointements, ne demandent qu'un picotin d'avoine; pour scène un manège, pour costume une selle, pour feux deux ou trois morceaux de sucre, et pour souffleur un fouet de poste.
Le manège de Franconi existait bien avant le Directoire ; quelques années avant la révolution, un Anglais, nommé Astley, avait importé en France ce genre de spectacle.
Franconi père succéda à Astley au faubourg du Temple, où un manège avait été construit. Dans l'origine, ce spectacle consistait seulement en des exercices d'équitation, des tours de souplesse, et de petites parades à deux interlocuteurs.
Peu à peu, ce genre reprit de l'extension ; un théâtre ayant été bâti dans le manège, on y joua des pantomimes. Quelques-
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unes de celles qui avaient été représentées sur la scène de la Cité furent reprises : la Mort de Turenne^ le Damoisel et la Bergerette^ la Fille Hussard^ ou le Ser^ gent Suédois y etc., etc. .
Franconi père quitta pour un temps son local du faubourg du Temple, et fit bâtir un nouveau manège sur l'emplacement de l'ancien couvent des capucines ; il y fit de brillantes affaires et céda son établissement à ses enfants, Laurent et Minette Franconi, qui allèrent l'exploiter à Mont-Thabor. De là, la véritable origine du Théâtre du Cirque^Olympique^ dirigé longtemps par les deux frères, et abandonné par eux depuis dix ans.
Ce fut dans les derniers jours de décembre de Tannée 1807 que Franconi père, ayant cessé d'être propriétaire et directeur, confia une belle entreprise, qu'il avait fondée lui-même, à ses deux fils. Les deux troupes d'écuyers, qui avaient été séparées un moment, reparurent ensemble à Mont-Thabor. On y joua une pantomime de Cuvelier, appelée la Lan^
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terne de Diogène. Le titre seul suffit pour indiquer le sujet de cet ouvrage.
Diogène cherche un homme et n'en trouve point. C'est en vain que Ton montre à ses yeux les héros de chaque siècle, il ne souffle pas sa lumière et continue sa recherche. Enfin, le buste du héros français paraît entouré de tous les braves compagnons de sa gloire, et des trophées indiquent ses victoires ; alors, notre philosophe étonné éteint son flambeau, en s'écriant : Je l'ai trouvé. On juge de l'effet que devait produire une pareille allégorie en 1807.
Les frères Franconi ne jouèrent pas longtemps* dans le quartier des Capucines ; commeon commençaità y bâtir beaucoup,
* Le 2 janvier 18 17, M. Comte, le physicien, rouvrit la salle du Mont-Thabor ; mais la direction eut à peine un mois d^existence. 11 avait obtenu . Tautorisatlon de jouer, des pièces à tableaux, sous la condition que les acteurs seraient séparés du public par. une gaze, et que dans les entr'actes ils feraient des tours de physique.
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ils firent faire des réparations et des agrandissements à leur Cirque du faubourg du Temple, et y retournèrent le 8 novembre 1809. On lit dans le Mémorial dramatique de Vannée 1810 :
« Une foule considérable de curieux et « d'amateurs s'est portée au Cirque de «MM. Franco ni. On a jeté d'abord un « coup d*œil sur les changements qui ont « été faits à la salle et hors la salle, d*après « les plans et sous la conduite de M. Du- « bois, jeune architecte*. Sous la galerie, « une nouvelle façade, ornée des attributs «r analogues au genre de cet établissement, « décore l'entrée. Le vestibule est agrandi, « un nouveau rang de loges est établi dans tout le pourtour de la salle. L'amff phithéâtre, au-dessus des loges gril-
* C'est le même qui était architecte des bâtiments de Monseigneur le prince de Bourbon ; il est frère de M. Dubois, homme de lettres, qui a été directeur de l'Opéra et de la Gaité, auteur d*une foule de jolis ouvrages joués sur tous les théâtres de Paris.
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« lées, en face du théâtre, est remplacé « par des loges fermées, richement déco- « rées ; les colonnes ont de nouveaux « chapiteaux ; la salle est peinte à neuf, « le théâtre a grandi en largeur, en haute teur et en profondeur ; on y a pratiqué « de nouvelles issues pour faciliter les « manœuvres des chevaux. Enfin, Tavant- « scène rapprochée d'un plan vers le « cirque, est ouverte par de grands pilas- « très, avec loges et arrières-loges, force mant quart de cercle ; ce parti a été « adopté par l'architecte, pour ne pas « masquer la vue du théâtre à toutes les « places de côté.* »
C'est de cette époque que date l'ère de gloire dans laquelle marchera cette grande entreprise. MM. Franco ni peuvent passer, à juste titre, pour les plus habiles écuyers qui se soient vus ; ils sont parvenus, à
* C'est cette salle qui a été incendiée en 1826, Une maison considérable a remplacé le manège d^Astley, qui avait été fondé en
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force d'adresse et de patience, à faire faire à leurs chevaux des choses dont beaucoup d'hommes seraient incapables. Ces acteurs à quatre pieds ont brillé sur presque tous les théâtres de Paris ; à la Porte-Saint- Martin, à Louvois, à la Cité, aux Victoires Nationales, voire même à l'Académie impériale et royale de musique. Le Triomphe de Trajan les a vus orner le char du grand empereur, et la Belle au bois dormant^ après avoir dormi cent ans, s'est éveillée pour se voir traînée par eux au palais de son royal amant.
Cuvelier, ce pantomime fécond, original; Cuvelier, la providence des muets, qui aurait pu fonder un théâtre pour les élèves de l'abbé Sicard, composa plus de cinquante ouvrages pour le Cirque-Olympique.
La Femme Magnanime^ Frédégonde et Brunehaut^ Richard-'Cœur'de'Lion^ le Renégat y les Français dans la Corogne, la Mort de Kléber^ celle de Poniastowski, Gérard de Nevers et la Belle Euriante^ Mas[eppa, etc., etc., obtinrent des succès longs et productifs.
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Dans ces canevas dramatisés, les frères Franconi prouvèrent qu'ils étaient aussi bons pantomimes qu'habiles écuyers ; ce qui ne contribua pas pour peu à Teffet que produisaient ces mimodrames, c'était le jeu brillant et pathétique de madame Minette Franconi^ douée d'une figure aussi belle qu'expressive ; il était impossible de mimer avec plus de grâce, de force et de sentiment ; comme ses gestes disaient tout ce qu'elle voulait dire, elle pouvait se passer de parler*.
Depuis sa fondation jusqu'à ce jour, ce spectacle, d'un genre particulier, a compté des écuyers très remarquables. Indépendamment des frères Franconi, de leur fils, de leur sœur, de leur femme, on y a vu défiler, depuis quarante ans, des hommes étonnants de force et d'agilité.
Bastien, Basâin, Lagoutte père (si drôle dans la scène de Passe-Carreau du 7ai7-
♦ Madame Minette Franconi (née Lequicn) est morte en i832.
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leur) ; Auriol, surnommé le Petit-Diable; mais un artiste qui a tout éclipsé, par sa grâce et son audace, c'est Paul, surnommé TAérien, Paul, l'homonyme de celui dont la gloire a retenti à TAcadémie royale de musique ; Técuyer Paul nous a fait croire au centaure Chiron^ tant l'homme et le cheval sont identiques. Puis des écuyères, des amazones charmantes, les dames Lucie, Varnier, Antoinette et Armantine Jolibois ; et comme s'il n'eût pas suffi de ses propres richesses, le Cirque-Olympique a reçu chez lui tout ce que l'étranger possède de rare et de curieux. Le Cirque - Olympique a été le bazar où les phénomènes des quatre parties du monde ont été exposées, comme des produits d'industrie.
On y a vu des jongleurs indiens^ des sauteurs chinois, des acrobates italiennes^ les deux sœurs Romanini, sylphides terrestres, se tenant sur un fil d'archal, comme l'oiseau sur la branche, le papillon sur la fleur ; on y a vu des géants, des colosses ; enfin, un nain célèbre, M. Harvy-Leach,
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est venu nous prouver que le talent ne se mesure pas à la taille...
A présent que j'ai payé aux hommes le tribut d'éloges que je leur devais, qu'il me soit permis de m'occuper des animaux, en me pardonnant ma brusque transition.
Que de célébrités je vais avoir à enregistrer !...
Tout Paris n'a-t-il pas admiré l'adresse et l'obéissance du fameux cerf Coco^ coco si gentil, si bien apprivoisé, que toutes les jolies femmes ne craignaient pas, sru nez même de leurs maris, de lui donner à manger dans la main en lui caressant son bois ; et cette chèvre acrobate, espèce de Taglioni portant barbe au menton, dansant comme une sylphide sur une corde raide; et le cheval gastronome, mangeant, buvant comme un convive du caveau, dont j'ai l'honneur d'être membre...; et ce jeune tigre, se promenant dans le manège avec la mignardise et la câlinerie du chat, croquant des gimblettes et léchant la joue des enfants, comme le ferait un caniche ou un chien de^ Terre-
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Neuve ; et Téléphant Kiouny, acteur colosse, le Dësessart du Cirque-Olympique ; masse agissante et pesante, acteur profond et rêveur. Dans r Eléphant du roi de Siam^ MM. Ferdinand Laloue et Léopold, ont fait faire à Kiouny de véritables prodiges. Kiouny distribuait des fleurs aux dames, Kiouny rendait hommage aux mânes du souverain défunt, Kiouny protégeait le roi légitime contre Tusurpateur, le délivrait de sa prison, et, véritable Blondel, le faisait couronner à Siam, comme autrefois Jeanne-d'Arc avait fait sacrer Charles VII à Reims. La scène du banquet royal et la gavotte dansée par Kiouny excitèrent l'admiration de la multitude.
Je n'oublierai pas M. Martin dans sa forêt vierge, forêt dont les arbres étaient de fer-blanc, forêt close, non par des murs, des haies vives, des sauts de loups, mais avec de bons treillages, bien serrés, à petites mailles, par ordonnance du préfet de police, qui a dû s'interposer entre les ours et les spectateurs. Voyez-vous M. Martin,
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nouveau Daniel dans la fosse aux lions, jouant au naturel un rôle de chasseur avec des acteurs naturels, des tigres, des hyènes , des panthères, et autres artistes de la même espèce.
Ah! si Ton avait dit, il a y cinquante ans, au comparse qui revètissait la peau de Tours des Deux Chasseurs (où feu Doztainville était si drôle) ; si Ton avait dit aux figurants chargés défaire les pieds du chameau dans la Caravane du Caire :
« Un jour, on se passera au théâtre de comparses et de figurants pour tenir l'emploi de bêtes ?... un jour on rira envoyant pendus dans un coin de magasin votre peau d'ours^ votre tête de lion^ vos pieds d'éléphant^ vos bosses de chameau^ vos cornes de cerf... » Figurants et comparses auraient répondu avec indignation: «Qui donc nous remplace?... — Qui vous remplacera?... des bêtes !... — Des bêtes ?...
— Oui, des bêtes !... — Jamais !... jamais !... » eussent répondu comparses et figurants... Eh 1 bien, le règne des bêtes est venu... J'ai peur qu'il soit long.... car
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leur intelligence confond celle de beaucoup d'hommes, qui se croyaient des gens d'esprit.
Dans la nuit du i5 au 1 6 mars 1826, un incendie, dont rien ne put arrêter les effets, a détruit la salle et le théâtre. Dès le 17 et le 18, les théâtres de Madame et deTAmbigu ont donné des représentations au bénéfice de MM. Franconi ; cet exemple honorable a été suivi par tous les autres spectacles de Paris et des principales villes de France ; indépendamment de cela, des souscriptions ont été ouvertes et Ton s'est empressé de venir au secours du directeur, ainsi que des acteurs et employés. Le roi, les princes, les princesses du sang, le ministre de Tintérieur, celui de la maison du roi, monsieur le préfet de la Seine, leur ont alloué des sommes qui, réunies au montant des représentations et des souscriptions, les ont mis à même de réparer le désastre dont ils avaient été victimes. Ils ont de plus obtenu du ministre d(^ l'intérieur un nouveau privilège de dix ans, avec l'autori-
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sation de faire construire une salle nouvelle sur un emplacement très favorable^ boulevard du Temple, entre Tbôtel Foulon et l'ancien Ambigu.
Alors les frères Franconi mirent leur entreprise en actions; MM. Ferdinand Laloue, Vilain de Saint-Hilaire et Adolphe Franconi furent chargés des destinées de la nouvelle administration.
Le 3i mars 1827, le nouveau Cirque fut ouvert ; une pièce en trois actes, le Palais^ la Guinguette et le Champ deBa-^ taille* ,^ indiquait assez par son titre que le genre de ce spectacle serait le genre héroïque, les tableaux populaires et les scènes de bataille. De nouveaux comédiens vinrent en aide aux anciens; d'abord Francisque, vieil acteur qui avait eu quelques succès au théâtre de la Cité ; Demouy, qui «vait débuté à la Comédie- Française ; Edouard et Chéri, Thibouville,
* De MM. Carmouche, Dupeuty et Brazier.
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Signol ; mesdames d'Hautel, Caroline de Larue, Valmont, Gratienne, Tigée et mademoiselle Millot, cette belle et grande personne qui avait débuté toute jeune au théâtre de la Gaîté, et qui chantait ce couplet du Marquis de CarabaSy que le gamin et la grisette ont su par cœur.
Vous souvient-il d'une prairie,
Où nos moutons allaient paissant ?
Petite fille assez jolie
Avec vous les gardait souvent.
C'était moi qui voulais vous plaire,
Vous retrouvant dans ces cantons^
Je suis la petite bergère
Qui s*en revient à ses moutons.
La petite bergère avait depuisabandonné houlette et moutons, pour porter le casque du dragon ou le bonnet du grenadier.
Mademoiselle Millot a bpîllé dans beaucoup de mimodrames ; nous Tavons^vue souvent en vivandière, versant la goutte aux vieux soldats, et les suivant à Moscou, à Vienne, à Berlin, comme dit la chanson de Béranger... Nous l'avons vue dans
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les insurrections populaires (du Cirque- Olympique) montée sur TafFût d'un canon, chantant la Marseillaise et la Carmagnole ; elle était si belle sous le costume d'une femme du peuple, que nous serions volontiers devenu révolutionnaire avec elle.
Le Cirque-Olympique n'est pas un spectacle comme les autres, c'est une exception, une excentricité ; sous ce rapport, je pense qu'il devrait être encouragé.
A Rome, il y avait des cirques, des amphithéâtres pour le peuple ; on y représentait des scènes de gladiateurs ; je voudrais voir construire à Paris une salle qui contiendrait dix mille personnes, une scène vaste en proportion, mais où l'on ne représenterait que des sujets nationaux ; ce serait le lycée où le peuple irait faire sion cours d'histoire.
A la révolution de juillet, M. Ferdinand Laloue avait bien compris l'époque ; aussi a-t-elle été la plus brillante entre toutes celles que ce genre a traversées. On doit
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Tavouer, jamais spectacle plus grand, plus beau, plus national n'avait été offert au public. La Prise de la Bastille^ VEmpe-»
reur et les Cent^Jours^ les Polonais^ V Homme du 5/èc/e..., ont surpassé en dé« cors, en magnificence, en mise en scène, tout ce que Ton avait eu jusqu'alors. Ces ouvrages ont ressuscité le grand homme, ils nous Tont montré à Brienne, au pont d'Arcole ; nous avons failli le voir sauter rue Saint-Nicaise ; nous l'avons suivi en Egypte, à Marengo, à Wagram, à Austerlitz, à Moscou ; nous l'avons retrouvé à Champaubert, aux buttes Chaumont ; nous Tavons escorté à Fontainebleau, à l'île d'Elbe, à Sainte- Hélène; nous avons assisté à ses funérailles, à son apothéose : nous ne l'avons quitté que dans le ciel...
Le Cirque-Olympique nous a saturés de gloire... étouffés sous les lauriers... Plus on montrait le grand homme au peuple, plus le peuple battait des mains ; il était ivre de son empereur, ce pauvre peuple, qui lui avait donné, pour faire des bulletins, tout son or et tout son sang; partout
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OÙ l'on montrait Thomme du destin, le peuple criait : Encore ! encore... toujours 1 toujours...
En i8i2, Napoléon était loin de prévoir qu'il serait apothéose vingt ans plus tard sur presque tous les théâtres de son ancien empire.
A l'apogée de sa gloire, en i8o8, on avait risqué de le mettre en scène aux Jeux-Gymnastiques*, dans un tableau militaire de M. Apdé, intitulé : le Passage du Mont-Saint-Bernard. Un acteur, nommé Chevalier, avait endossé la capote grise et le chapeau du petit caporal. Le succès fut prodigieux, éclatant ; pendant quatre mois, la salle était comble, on croyait que cela ne finirait jamais. On a dit, à cette époque, que le vainqueur de l'Italie avait assisté, dans une petite loge grillée, à l'une des représentations de cet ouvrage... Si cela est vrai, Napoléon a dû se montrer satisfait de l'accueil qu'il re-
* Salle de la Porte Saint-Martib.
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cevait par procuration ; l'enthousiasme que produisait cettç grande figure, quand elle apparaissait sur le sommet glacé du Saint-Bernard, ne peut se décrire. Il faut avoir vu cela pour s'en faire une idée...
Après la révolution de juillet, Napoléon sembla reconquérir un moment sa popularité ; on aurait dit que le prestige dont ce nom avait été environné voulait se réveiller Alors, directeurs et auteurs se mi«
rent en tête de ressusciter le grand homme ; on le tira de son tombeau de Sainte-Hélène , on le montra de nouveau à la foule, avec sa pose silencieuse, méditative... avec son front chauve, son regard d'aigle... Il semblait dire : Qu'est-ce que ce bruit?... ces pavés?... ces barricades?... la France estelle donc encore menacée ?... Qu'on me donne une épée ? Oh I rendez-moi mon épée du pont d'Arcole... Et ma garde? où est-elle ?... Mais le peuple lui disait :
Non... tu ne peux plus rien faire pour moi... ton rôle est fini pour la France...
mais tu as été si grand acteur que nous voulons te voir encore... t'applaudir
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encore... te faire un dernier adieu.
Alors, nous avons vu les empereurs surgir de. tous les côtés... J'aurais peine à vous en dire le nombre 1... L'acteur Chevalier a été empereur aux Jeux-Gymnastiques ; Frédérick-Lemaître à l'Odéon ; Cazot, empereur aux Variétés; Génot, empereur à T Opéra-Comique ; Gobert, empereur à la Porte-Saint-Martin ; Béranger, empereur au Vaudeville ; Joseph, empereur à la Gaîté ; Francisque, empereur à l'Ambigu ; Edmond, empereur chez Franconi; le petit Isidore, empereur chez M. Comte ; enfin, notre folle à nous, nos amours, Virginie Déjazet, a été aussi empereur aux Nouveautés et au Palais-Royal.
Notez que je ne vous parle pas des empereurs de Belleville, de Montmartre, du Mont-Parnasse, ni de ceux des arrondissements de Sceaux et de Saint-Denis.
Dans cette recrudescence de napoléonisme, on négligeait l'emploi des Trial, des Brunet, des Potier; on demandait aux correspondants des théâtres, des figures graves, des fronts découverts. Bon nom-
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bre de comédiens oubliaient l'ancien répertoire pour apprendre le Petit-caporal à Brienne^ Bonaparte à Toulon^ Napoléon en Egypte^ etc. Gobert marchait sur le boulevard les deux mains derrière le dos; lorsque Francisque vous disait bonjour, sa parole était brève et saccadée ; Frédérick-Lemaître se passait gravement la main sur le front... Edmond ne prenait plus de tabac que dans la poche de son gilet qu'il avait fait doubler en cuir !...
Cazot même... le bon Cazot tirait quelquefois l'oreille du costumier, comme Napoléon faisait quand il était satisfait d'un de ses généraux. Enfin, nous étions partout encombrés d'empereurs, partout de grands hommes au théâtre et de nains dans le monde.
Eh l bien, ce que le Cirque a fait pour Napoléon, ne pourrait-il le faire pour tout ce qui serait noble et grand ?... Nos fastes sont intarissables; notre histoire, un puits sans fond, c'est le tonneau des Danaïdes. Je le répète, je voudrais voir un théâtre national dans le genre du Cirque ;
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mais établi sur une plus grande échelle.
Malheureusement, cette entreprise aura toujours de la peine à se soutenir par ses seules ressources. Son budget ressemble aux nôtres, il est énorme... Pour y produire de l'effet, il faut cent personnes dans le Cirque : ajoutez à cela trente chevaux à nourrir, des écuyers à payer, des décorations brillantes, des costumes éblouissants... Vous verrez qu'il est impossible que les recettes suffisent à un luxe pareil. Un succès tel grand qu'il soit ne couvrirait jamais les dépenses ; ensuite, on ne peut guère espérer dans Tannée qu'une seule pièce à vogue extraordinaire. Eh ! bien, si vous en rejouez deux qui battirent pas la foule, vous reperdez ce que vous avez gagné ; c'est donc, à mon avis, une exploitation fort difficile à soutenir. Le Cirque-Olympique, fermé depuis deux mois, vient de rouvrir.
Le ministre de l'intérieur a donné à M. Dejean, propriétaire de la salle, le privilège de ce théâtre. Ce privilège durera jusqu'au 3i décembre i85o. Cette autori- L 8
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sation sera personnelle à M. Dejean, et il ne pourra la céder. Les pièces qu'il fera représenter pourront être en un, deux, trois ou quatre actes, mêlées ou non de chant ; mais sous la condition expresse que des exercices équestres entreront toujours dans l'action des ouvrages, même des vaudevilles, et que les représentations théâtrales devront toujours être précédées ou suivies de manœuvres de cavalerie et d'exercices de manège. M. Dejean jouit, en outre, du bénéfice de la décision ministérielle du 26 mai i835, qui accorde au directeur du Cirque-Olympique Tautorisation de donner aux Champs-Elysées des exercices de chevaux et des scènes de cavalerie. •
Ce privilège assez étendu, peut fournir au directeur-propriétaire des moyens d'utiliserun théâtre qui a coûtédes sommes immenses à bâtir ; nous félicitons l'autorité de son bon vouloir, et nous faisons des vœux pour que cet établissement, aussi utile qu'intéressant, triomphe des obstacles que son grandiose et ses dépenses
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nécessitent. L'existence de plus de cent personnes s'y trouve attachée, il serait malheureux de ne pas le voir prospérer...
M. Ferdinand Laloue reste chargé de la mise en scène, la direction du manège est confiée à M. Adolphe Franconi.
Allons, courage, mon vieux Cirque- Olympique, tu peux avoir encore de brillantes destinées.. Ecuyersau manège !..
acteurs, sur vos planches !.. Cirque-Olympique, que les hommes et les chevaux te soient en aide !...
PANORAMA-DRAMATiaUE.