‹ Chroniques des petits théâtres de ParisChapitre 13 sur 40 · MES DERNIERS REPROCHES A MON AMI · texte numérisé non relu

MES DERNIERS REPROCHES A MON AMI

Euriale a-t-il fui Nisus i Pylade oublia-t*il Oreste?

Et Thésée, à Pirithoûs, Réserva-Nil un sort funeste ?

Que réponds-tu pour ton pardon, Lorsqu'un ami de trente années Te reproche ses destinées Qu'empoisonna ton abandon i

Des étrangers au cœur de marbre D'auprès de toi m'ont écarté, Et dévorent le fruit de l'arbre Que pour nous deux j'avais planté.

Cruel ami^ qu'il t'en souvienne.

Que nos deux noms n*en faisaient qu'un Et que cent fois avec la tienne J'ai mis ma pensée en commun.

Thémis^ trompée, a pu dissoudre Des actes garants de mes droits; Mais Thémis n'a pu mettre en poudre Des serments faits à demi-voix.

Théâtre des Tnmhadmtrt. 317

Je derais, selon ta promesse, Vivre libre dans mes penchants; Le calme et le plaisir des champs Auraient rafraîchi ma vieillesse.

Mais loin de là!... ma muse en deuil Sera des cités habitante.

Et le trarail, jusqu*au cercueil , Fatiguera ma main tremblante.

Heureux de perdre alors le four»

Puisque j'aurai l'expérience Que l'amitié comme Tamour A tôt ou tard son inconstance* !

Piis est mort en 1 834 ^^^ un état voisin de rindigence; c'est triste l la commissioa des auteurs se chargea de lui dresser une pierre tumulaire.

On a vu dans les strophes qui précédent, à travers les reproches que le chansonnier adresse à son collaborateur, tout ce qu'il y

^ Est-ce que ces stances ne sont pas pleines de larmes et de poésie î

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a encore de bienveillance pour l'ancien ami. Le caractère bien connu de Barré le met à Tabri de tout soupçon d'ingratitude envers Piis. S'il n*eût tenu qu'au vieux directeur du Vaudeville de rendre à son ami la pension dont il jouissait avant l'ouverture du théâtre des Troubadours, il l'eût fait certainement et sans récrimination aucune. Barré n'était pas un homme d'argent; une foule de faits généreux l'attesteraient au besoin; j'en prends un entre mille, Dorvigny, qui se trouvait souvent dans la gêne, portait quelquefois à Barré de vieux canevas composés dans sa jeunesse, et qui n'étaient pas jouables. Barré, devinant le motif qui guidait Dorvigny, lui disait avec sa brusquerie accoutumée :

t Ta pièce est détestable, elle est bète ff comme toi! mais tiens, voici un ou- « vrage que tu peuxarranger, travaille. » Et en disant cela il lui mettait un vieux manuscrit et cent francs dans la main, et j amais ne lui reparlait de la pièce.

Lorsque Barré mourut, M. Etienne Arago, directeur du Vaudeville, pro-

Thiitre det Troubadours. 119

nonça sur la tombe de son prédécesseur quelques paroles touchantes qui retrouvèrent des échos dans le cceur des assistants, et composa plus tard ce joli quatrain sur le trio vaudevilliste * :

La Trinité dooi on rit sur la terre, Grice à voui troîi o'éuit plut un mjiiire; Peines, plaisirs, tout vous ftait commun. Vous étiez trois et tous ne formiez qu'un.

Le théâtre des Troubadours, ouvert le i3 âoréal an vu, fut fermé vers le milieu de l'an IX.

* Barré, Rtdet et Desfontaînes.

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