‹ Chroniques des petits théâtres de ParisChapitre 3 sur 40 · GRANDE TROUPE ITALIENNE · texte numérisé non relu

GRANDE TROUPE ITALIENNE

Avec les plus agréables et magnifiques vers, musique, décorations, changements de théâtre, et grandes machines; entremêlée^ entre chaque acte^ de ballets d'admirable invention»

Certes, cette annonce ne déparerait pas celles qui sont collées, chaque matin, sur les murs de Paris.

Les personnages des pièces italiennes s'appelaient toujours : Polichinelle, Arlequin, Pantalon, Scaramouche, Trivelin, Scapin, Pierrot, Pascariel, Mezzetin, Colombine, Isabelle, Spinette, etc.

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Louis XIII fit venir aussi des comédiens d'Italie pour amuser Louis XIV enfant. En 1645, il y avait encore de ces bouffons à Paris : c'est le cardinal de Mazarinqui les avait appelés. Ces bouffons jouaient au Petit- Bourbon.

Un comédien qui avait nom Tiberio Fiureli y remplissait le rôle de Scaramouche. La reine aimait beaucoup ce comédien. Un jour que Scaramouche était dans la chambre de la reine, le dauphin, qui n'avait que deux ans, était de très mauvaise humeur, rien ne pouvait calmer ses pleurs et ses cris. Scaramouche prit la liberté de dire à la reine que si Sa Majesté voulait permettre qu'il prît le

petit prince entre ses bras, il se flattait de

1 apaiser, La reine le permit, et Scaramouche fit alors au prince des grimaces ^t des figures si plaisantes, que cet inimitable pantomime fit non-seulément cesser ^ cris, mais lui excita Tenvie de rire. î-nSîn, après une scène des plus comiques et qui divertit extrêmement la reine, le ^^VLphin satisfit un besoin, qu'il avait dans

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le moment, sur les mains et Thabit de Scara mouche, ce qui redoubla les éclats de rire de la reine et des seigneurs qui étaient dans l'appartement.

A cette époque, un comédien servait d'amusement au roi sur le théâtre, ainsi qu'à la cour; aujourd'hui, ce n'est plus cela. Du reste, il semble que Louis XIV roi ait voulu réparer la faute de Louis XIV enfant, car, s'il poussa l'irrévérence jusqu'à salir les vêtements du comédien Tiberio Fiureli, plus tard il conversait gra* vement avec l'acteur Baron et admettait Molière à sa table.

En 1 682, des comédiens italiens jouèrent à l'hôtel de Bourgogne, rue Mauconseil, sur l'emplacement où est aujourd'hui la halle aux cuirs. Ces acteurs avaient le titre de comédiens italiens du roi, dans leur hôtel de Bourgogne^ mais ils ne représentaient que de mauvais canevas, des scènes détachées ou arrangées. Les premiers bouffons improvisaient beaucoup; on convenait d'un thème, on entrait en scène, l'un donnait la réplique, l'autre

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répondait, de là des choses d'une nullité, d'une sottise, dont le théâtre du temps n'ofiire que trop d'exemples.

Pour donner une idée des pièces de i époque, il suffira de mettre sous les yeux du lecteur l'analyse à' Arlequin, lingèrg du palais.

^rlequin, habillé moitié en homme, moi^ ^téen femme, paraît dans le fond d'une ^^tique de lingère, contigu'é à celle d'un limonadier. Quand il se montre du côté ^l'habit de femme, il crie : « Des che- ^ses, des torchons, des caleçons. » Puis ^! ^^^^nant du côté de Vhabit d'homme, il paraît dans la boutique du limonadier, ^« «/ crie: « Des biscuits, de la limonade, des macarons, du chocolat. »

Ainsi, il vend d'un côté de la toile, des ^I^Qoets, et de l'autre côté, du café, des ''^"eurs. Pascariel, dont il s'est moqué '^s les deux costumes, finit par deviner ^se, mais non sans avoir été long- ^emps mystifié, ans la scène suivante. Arlequin est "^è en nourrice, suivi d'un homme

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qui conduit un âne, sur lequel est un berceau; c'est encore Pascariel dont Arlequin se moque en lui amenant un enfant de nourrice : le vieillard jure, s'emporte, et dit qu'il y a trente ans qu'il ne fait plus d'enfant. Arlequin veut à toute force lui laisser le marmot; Pascariel donne un coup de pied dans le ventre d'Arlequin, qui crie : « Au secours I au secours ! je suis grosse de quatorze mois, > et il se sauve en se moquant de Pascariel.

D'après cette analyse, on peut juger du théâtre italien d'alors; tous les canevas sont taillés sur le même patron.

Dans un canevas intitulé : Arlequin^ chevalier du soleil^ Pascariel engage Arlequin à se faire médecin.

Pascariel. — Ecoute, Arlequin 1 je vais te montrer comment on se fait médecin : on achète une mule, on se promène dessus par tout Paris ; un homme vous rencontre et vous dit : Monsieur le médecin, venez vite voir un de mes parents qui est très malade. (Ici Arlequin se met à trotter devant Pascariel,)

Thédire de$ iUUetu. 3i

Pascariel. — Que fi|is>tu donc là ?

Arlequin. — Je îm la mule, \t trône...

Pascariel. — On arrive au logis du

malade; le médecin descend de sa mule,

on le fait entrer dans la chambre à cou*

cher.

Arlequin. — Et la mule, entre-t-elle aussi?

Pascariel. — Hé non, animal ! la mule reste à la porte. Voilà le médecin dans la chambre du malade. {Ici Pascariel fait semblant de marcher sur la pointe du pied.)

Arlequin. — D'où vient que vous marchez si doucement ?

Pascariel. — C'est à cause du malade.

Nous voilà dans la chambre, et tout auprès de son lit.

Arlequin. — Auprès de son lit ? prenez

donc garde de renverser le pot de chambre.

Pascariel* — Alors, le médecin dit au

malade : Montrez-moi votre langue ; le

malade la lui montre en lui disant : Ah !

docteur! je suis bien malade I (Ici

Pascariel tire la langue devant Arlequin.)

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Arlequin. — Ah ! la vilaine langue !

Pascariel. — Voilà une langue bien sèche, bien échauffée...

Arlequin. — Il faut la faire mettre à la glace.

Pascariel. — Voyons le pouls ? (// fait comme s'il tdtait le pouls.) Voilà un pouls qui va diablement vite.

Arlequin. — Ça me surprend, car d'ordinaire les poux vont bien doucement.

Pascariel. — Tâtons le ventre. {Il fait semblant de tâter le ventre du malade.) Voilà un ventre diablement dur!...

Arlequin. — Il a peut-être avalé du fer!...

Toutes les pièces recueillies par Ghérardi sont dans le même goût. Telle est la seconde période de la comédie italienne. Ou chantait déjà dans ces pièces des airs italiens et français*

Les Italiens eurent toujours de la peine à demeurer longtemps en France. Le mardi 4 mai 1697, M. d'Argenson, lieutenant-général de police, muni d'une lettre de cachet du roi, se transporte à T hôtel

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de Bourgogne, accompagné de commissaires, d'exempts et de toute la robecourte, appose les scellés sur les portes du théâtre, rue Mauconseil et rue Française, sur celle des acteurs et des actrices, avec défense à ces derniers de se présenter pour continuer leur spectacle, le roi ne jugeant pas à propos de les garder à son service. On n'a jamais connu le motif d'une suspension si brusque.

De 1697 à 17 16, aucune troupe italienne ne vint à Paris; mais le 18 mai de cette dernière année, le duc d'Orléans, régent du royaume, rappela en France les acteurs italiens. Ils débutèrent à l'hôtel de Bourgogne. Dans les premiers temps, ces comédiens ne parlaient qu'en italien ; peu à peu ils parlèrent moitié italien, moitié français. Enfin, la langue française prévalut. Ce fut vers cette époque que Ton joua des ouvrages plus réguliers.

Colalto,Riccoboni, Morand, Fagan, Le-

grand, Lafont, Boissy, Goldoni, Saint-

Foix, Florian y donnèrent des comédies

assez agréables. Marivaux y fit repré-

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