PRÉFACE XXV
de vérité; pratique continuelle de se faire un jeu de tçutes ^s choses; voluptueux autant qu^ ambitieux, voulant tout en tout genre, se comptant lui seul pour tout et tout ce qui n'était pas lui pour rien,, , avec cela doux, bas, souple,- louangeur,, admirateur, prenant toutes sortes de formes avec la plus grande facilité et revêtant toutes sortes de personnages et souvent contradictoires pour arriver aux différents buts qu'il se proposait, et néanmoins tris peu capable de séduire .. »
Le second portrait est de l'annaliste Duclos : a Le cardinal Dubois avait de l'esprit, mais il était inférieur à sa fiau, plus propre il l'intrigue qu^à l'administration , il suivait, un objet sans en embrasser tous les rapports. L'affaire qui VinUressait dans le moment le rendait incapable d'attention pour tout le reste. . . Voulant que rien m lui échappât et ne pouvant suffire à tout, on l'a vu quelquefois jeter au feu les lettres qu'il recevait pour se dispenser d'y répondre. « Voila ma correspondance faite » , disait-il alors. Ce qui nuisait le plus à son administration ^ c'était la défiance qu'il inspirait et la mauvaise opinion qu'on avait de son cœur. Il méprisait aussi profondément la probité qu'il dédaignait ouvertement l'hypocrisie, quoiqu'il fût pleinde fausseté. »
On sait comment il mourut, d^un mal bien « ironique » pour un homme d'église, d'une maladie de vessie qui promet, assure
V avocat Barbier, d^une v imuéîérée et qui fut aggravée par ks
excès de towt genre, ceux de l'amour aussi bien que ceux que donnent les préoccupations des grandes affaires, jointes àVahus de tous les plaisirs. Ce prince ie l'Église, cet archevêque fit une fin bien peu édifiante; il jura comme un beau diable pendant l'opirationquU dut subir, se confessa au milieu des gros mots quHl jetait à la feue des médecins qui le soignaient, et finalement^ il fit comme V abcès dont il mourut, il creva I C'est le terme dont on se servit dans le
public pour caractériser à la fois sa maladie et sa mort : tout avait crevé à la fois f
C'était le lo août 172} et y quatre mois plus tard^ le 2 décembrcy le Régent mourait à son tour; le maître suivait le valet à l'inverse du tour des choses habituelles de ce monde. Le duc d'Orléans finissait un peu comme a fini Dubois y victime lui aussi des excès de l'amour — ou pour mieux dire et ne pas profaner ce mot idéal et charmant y victime de ses débauches. On le trouva expirant dans les bras de sa maîtresse à la suite d'un trop copieux déjeuner l Et c'est ainsi que se termina cette cot^rte période de l'histoire de France qui porte le nom décrié de la Régence. Cependant les trois hommes qui la personnifient y Philippe d'OrléanSy Law et Dubois, avaient tous trois de grandes qualités jointes à une haute intelligence ; ils auraient dûy en recueillant la succession de Louis XIV y préparer insensiblement les voies qui auraient pu conduire plus tôt la monarchie au régime constitutionnel et éviter y au petit-fils de Louis XV, la catastrophe qui a précipité à la fois dans l'abîme le trône et le Roi.
Mais leurs vues n'allaient pas si loin; au lieu d'entourer la couronne du prestige et du respect qui s'amoindrissaient tous les jours, ils ouvrirent au jeune roi, par leur exemplcy la route des plaisirs faciles, où il allait si volontiers et si crapuleusementy lui aussiy s'engager à leur suite. C'est par euXy par eux seuls, par la déconsidération qu'ils ont jetée sur le pouvoir royal, qu'a diminué peu à peu l'affection des peuples et que, les idées d'affranchissement et de liberté se faisant jour y en raison de la misère toujours croissante et des abus sans cesse renouvelés y la Révolution est devenue possible.
Georges d'Heylli.