MADAME DESMARES
Comédienne
Le duc d'Orléans £t connaissance de cette actrice vers 1700. Elle était belle, et ses aventures avaient fait du bruit. On sait que son mari Desmares l'avait enlevée de chez son père, qui était un conseiller en l'élection de Senlis; ill' épousa sans son consentement. Le père poursuivit Desmares, qui fut bravement condamné à mort. Pour ne pas être exécuté il s'enfuit en Espagne, où il fit de la musique; c'était un excellent compositeur; il fut rappelé en France vingt ans après, lorsque quelques amis eurent obtenu sa grâce. Il est mort à Lunéville âgé de près de quatre-vingts ans, en 1741.
Pendant que le mari mettait sa tête à l'abri des dangers que la justice lui avait préparés en France, sa femme, dont le mariage avait été déclaré nul, faisait des enfants avec le duc d'Orléans et ceux qui pouvaient la payer : c'était une rouée adroite.
Le duc d'Orléans en eut une fille, née en 17 01; elle l'aurait volontiers chargé d'un second enfant; mais, lorsqu'elle lui en parla, il lui répondit : « Non, cet enfant est trop arlequin. — Qu'entendez-vous par là, dit la Desmares? — C'est, répliqua-t-il, qu'il est de trop de pièces différentes. » Elle fut obligée de le garder. Cependant le duc généreux ne l'abandonna pas entièrement; il fit aussi présent à la
mère d'une superbe tabatière enrichie de gros diamants, estimés des sommes considérables.
L'enfant fut mise dans un couvent à S^int-Denis> où «lie fut élevée; elle ne voulut pas se £iire religieuse. Lorsque le prince la fit sortir du couvent, elle ne savait pas encore qui elle était ; quand il lui dit qu'il était son père, elle se crut fille de la Sery et sœur du chevalier d'Orléans ; elle s'attendait qu'il allait la légitimer dans le moment; dès • qu'il lui eut appris que cela ne se ferait pas, qu'elle était fille de la comédienne Desmares, elle se mit à pleurer amèrerement, et le prince eut beaucoup de peine à la consoler.
Elle a été mariée par la suite très avantageusement à un marquis.
ce La Desmares n'avait point vu sa fille depuis qu'elle l'avait mise au monde, dit Madame. Les religieuses de Saint-Denis n'auraient pas souffert qu'une comédienne vînt dans leur couvent; d'ailleurs ses visites auraient nui à la fille : ainsi la Desmares n'a vu la jeune personne qu'après son mariage; et lorsque du théâtre elle l'aperçut dans ma loge, continue Madame, elle en pleura de joie ; il lui fut impossible d'achever son rôle. La fille est fort jolie; mais elle ne l'est pas à beaucoup près autant que sa mère. »