‹ [Chroniques du XVIIIe siècle] (volume 2)Chapitre 30 sur 61 · CHANSON SUR LA CONVERSION DE LAW · texte numérisé non relu

CHANSON SUR LA CONVERSION DE LAW

Law est catholique à la fin ; C'est la grande nouvelle ; Le voilà donc dans le chemin

De la vie étemelle.

H a fait abjuration, La faridondaine, la faridondon,

L'abbé Tencin l'a converti, Biribi, A la façon de Barbari, mon ami.

Je voudrais bien pour son salut

Et celui de la France, Qju'au plus tôt le Seigneur voulût.

Pour digne récompense De tant de bonnes actions, La faridondaine, la faridondon,

Le mettre dans son Paradis, Biribi, A la façon de Barbari, mon ami.

— On a apporté au Palais-Royal, chez Madame, mère du Régent, le portrait de Baron, comédien, qui, à l'âge de près de soixante-dix ans, est rentré à la comédie, après avoir cessé de la jouer pendant trente ans. Roscius en fit autant à Rome, et fut sifflé ; mais celui-ci a été admiré de tout Paris, et tous ceux qui ne l'avaient jamais vu jouer ont avoué que jusque-là ils n'avaient point vu jouer la comédie. Il triomphe dans les rôles de Nicomêdcy dé Mithridate, du Misanthrope. Son portrait, fait par Coypel le jeune,

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le représente sous T habit de Nicamide. Sa déclamation est simple, naturelle, et toas ses gestes et ses traits jouent quand même il ne joue point.

— Monseigneur de Forbin-Janson, archevêque d'Arles, a fait un mandement contre les sauterelles dont son diocèse est afHigé. Il attribue ce fléau du ciel à la résistance de ceux qui ne veulent pas recevoir la Constitution, et dit que ces animaux, par leurs sauts et leurs intercadences successives, marquent l'inquiétude de ces gens qui ne veulent pas se fixer aux sentiments du pape et de la Bulle, et qui se laissent emporter à tout vent de doctrine. Trait d'éloquence provençale et moliniste.

— On a Eût une devise sur l'archevêque de Reims (François de Mailly) qui vient d'être tait cardinal, après que le Parlement a fait brûler par arrêt plusieurs de ses lettres et libelles. Le corps de la devise est une écrevisse rouge et cuite. L'âme est dans ces mots : Ex igné rubescit, Rabelais dit quelque part que les écrevisses se cardinalisent à la cuite.

— Il y a eu un duel dans la rue de Seine entre Gardel, cadet aux gardes du corps, et Sagette, mousquetaire, gentilhomme poitevin. Sagette a été tué. Quinze jours auparavant, ils avaient eu un démêlé dans un jeu de paume. Les maréchaux de France en avaient pris cotmaissance, Gardel mis au For-l'Evêque et un garde donné à Sagette; cependant ils se sont battus. On dit que Gardel était garni et qu'il a tué l'autre pendant qu'il raccommodait son épée qui était faussée. Ce Gardel est fils d'un ancien trésorier des fortifications, gascon, et qui s'est fait bien des afiiaires pour des maîtresses, et avec M. Pelletier de Souzy qui était ministre des fortifications sous Louis XTV et qui ne lui a jamais pardonné.

— M. le Duc aime une des plus jolies dames de la cour, femme de M. le marquis de Prie, qui a été ambassadeur en Savoie. Elle est fille de Berthelot de Pléneuf, célèbre trésorier de la guerre et des vivres sous le Roi défunt, et qui a été ruiné par la chambre de justice. Elle a beaucoup d'agrément dans le visage, dans l'esprit et dans toutes ses manières, parle italien à merveille et le chante de même, M. le Marquis de Prie est parrain du Roi. Le Roi est aussi parrain du fils du marquis de Prie, et l'a tenu sur les fonts le 13 de ce mois avec la duchesse de Ventadour. Quand le duc de Bretagne fut mort, on crut que l'autre enfant, attaqué du même mal, allait aussi mourir; on le fit promptement baptiser, et on prit pour son parrain M. de Prie, parent de la duchesse de Ventadour, sa gouvernante, et pour marraine, la duchesse de la Ferté, sa sœur Cet enfant est le Roi d'aujourd'hui, que Dieu conserve. Madame de Sabran, femme de qualité, fort galante, trouvant M. le Duc au Palais-Royal, le prince lui dit : ««Eh bien! comment te trouves-tu de D'Isanghien depuis qu'il est remarié ? — Comme vous vous trouvez de la Prie depuis qu'elle a pris le comte de Livry. M. de Prie, qui est bon homme, dit qu'il ne se mêle point de donner des chevaux à sa femme lorsqu'elle va à la chasse à Chantilly, parce que M. le Duc la monte. Il veut dire qu'il la fournit de chevaux. Il dit à tous moments : Je suis ravi de ça, et on lui a donné le nom de M. Ravi de ça,

— En ce mois, M. de Harlay-Celi, intendant à Metz, se brouille avec les troupes, prend querelle avec le fils de M. de Saillans, ancien brigadier. Le père prend le parti du fils; ils se disent de grosses paroles. Chacun écrit en Cour. Saillans, dans sa lettre, marque qu'il s'en est peu fallu qu'il

n'aie donné vingt coups de bâton à l'intendant. Le R^ent fait arrêter Saillans le père pour avoir mal écrit. L'intendant triomphe au milieu des officiers à un diner, et dit qu*il est au poil et à la plume, et qu'on ne l'offensera pas impunément. Un officier, capitaine de carabiniers, lui dit que ce triomphe n'était pas décent^ que d'ailleurs on savait que Saillans n'avait été arrêté que pour avoir perdu le respect dans sa lettre. L'officier le suit dans son cabinet après dîner et lui dit que comme il s'était vanté d'être à deux mains, il reviendrait sur les cinq heures pour lui parler et lui apporter de quoi se battre. L'intendant dit qu'il était l'honmie du Roi. L'autre lui dit : « Oui, jusqu'à cinq heures. » A cinq heures, l'officier revient avec une épée sous son justeau*corps ; l'intendant refuse. Le reste s'étant passé entre eux deux, on ne sait pas où les choses ont été portées, mais on soupçonne quelques coups donnés à l'intendant; cependant, le soir, il parait plus fier et plus insultant à son souper, n raille les officiers devant les dames. Toute la garnison se soulève et espère en Cour. Il est rappelé de son intendance. C'est un homme d'esprit, mais piquant et satirique comme tous les Harlays, et peu propre avec les gens de guerre. H est fils de M. de Harlay de Bonneuil, plénipotentiaire à Ryswich, et sur lequel on avait fait la chanson :

Harlay, dilleres et Créd Ne sont-ils pas tous bien habiles?

Harlay, Cailleres et Créd N'ont-ils pas toujours réussi?

Ils ont rendu plus de cent villes N'ont-ik pas gardé Paris ?

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