‹ [Chroniques du XVIIIe siècle] (volume 2)Chapitre 6 sur 61 · PRÉFACE XVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XVII

de passage comme Noce ou Clermont, dont le Régent ne s'inquiétait guère, n se bornait à en rire, en appelant Noce son beau- Jrére. Mais la Parabère ayant eu plusieurs enfants pendant sa liaison avec le Régent, celui-^i se refusa toujours à les reconnaître, en raison du trop grand nombre de pères auxquels ils auraient pu avoir le droit de prétendre.

'C'est à propos de cette liaison avec la Parabère que la Palatine gourmandait surtout son fils : « . . ,Che:i^ mon fils et che:i^ ses maîtresses y écrit-elle le 19 janvier 17 19, tout va tambour battant sans la moindre galanterie. Cela me rappelle les vieux patriarches qui avaient beaucoup de femmes. Mon fils a beaucoup de courage et de V esprit ; il est musicien, petit y brave, et il couche volontiers avec toutes les femmes. .. » Et dans une lettre du 18 mars 1720 ; « ...Je soutiens à mon fils que de sa vie il n'a été amoureux et que son amour ne consiste que dans la débauche. Il répond : il est vrai que je ne saurais être comme un héros de roman, ou passionné comme Céladon, mais j'aime à la mode. Je réponds : Votre mode est d'aller comme à votre chaise percée... »

Mais il faut dire, à la décharge de la Parabère, qu'elle aimait surtout le plaisir y qu'elle ne chercha jamais à user de son influence sur le Régent pour mettre la main dans les affaires de l'État y et quelle n^ avait, à ce point de vue, ni calcul intéressé, ni ambition» « Mon fils, disait encore la Palatine, a une maudite maîtresse qui boit comme un trou et qui lui est infidèle, mais comme elle ne lui demande pas un cheveu, il rien est pas jaloux ; il dit quil s'est attaché à elle parce qu'elle ne songe à rien, si ce n^est à se divertir, et qu'elle ne se mêle d'aucune affaire. Ce serait très bien si elle n'était pas ivrognesse... Elle est capable de manger et boire et de débiter des étourderies ; cela divertit mon fils et lui fait oublier tous ses travaux, »

XVIU LA RÉGENCE

// faut atténuer ces citations en disant que les portraits de la Palatine sont tous peints à F aide de couleurs trop vives, souvent in^ustes^ toujours exagérées, La Parabère ne fut, en somme, qu'une grande dame^ mains livra peut-être aux basses voluptés que ne le donne â entendre Madame^ bien qu'on Vait^ comtne nous l'avons dity surnommée la reine de Vorgie. Madame traite toujours un peu à la hussarde cette brillante maîtresse de son fib ; elle la représente sans cesse une coupe à la main, se grisant — se saoulant même — comme un soldat ! Une faut pas prendre tout ula au pied de la lettre. La Palatine était brutale dans ses expressions, et il n'est pas de maîtresse de son fils qu'elle ait plus couverte d'invectives et mime d'injures.

La Parabère devint veuve au plus beau temps de sa faveur, mais die fut consolée tout de suite et, le soir même, elle soupait en galante compagnie avec la duchesse de Berry. Sa faveur n'en fut bailleurs que plus grande ; elle amusait tant le Régent I Elle supportait si bien V assaut de toutes les orgies, leurs fatigues et leurs excès ! Puis, quand sa faveur diminua, elle en prit habilement son parti. Elle régnait encore, pendant que d'autres maîtresses paraissaient la devoir supplanter; mais elle laissait passer ces courtes et éphémères infidélités de son amant pour reprendre de nouveau son empire. C'est ainsi qu'elle lutta contre la Phalaris, qui ne parvint jamais à la remplacer définitivement. Dans ses dernières années le Régent eut, par le fait, une sorte de sérail, un Parc-aux^erfs anticipé où se pressaient les maîtresses connues et inconnues. Enfin, en 1721, Madame de Parabère tombe pour toujours ; elle entre alors en dévotion, tente de se convertir, puis revient à l'amour, retourne ensuite à la piété et finit, on ne sait trop ni quand, ni comment, dans la même obscurité que les autres maîtresses qui l'avaient précédée.

Madame deSabran, qui la remplaça, ne fit que passer, mais

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