PRÉFACE XIX
elle fut, dit Lescure^ « la plus coquette et la plus ambitieuse des maîtresses du Régent. Aussi sa vie est-elle un perpétuel chassécroisé. Le Régent Paime un moment, puis la quitte ; peut-être même prit-elle les devants... Mais y ne pouvant demeurer la maîtresse avec un homme qui changeait d'amour comme de chemise, elle eut V esprit de choisir elle-même ses héritières et de les choisir de telle sorte qu^ elle put encore régner sous leurs noms. ))
Elle ne fut donc pas une maîtresse comme les autres; elle se partagea le Régent^ comme Madame de Parabére, d'ailleurs, dans ses derniers temps ; mais elle eut sa part d'influence dans les affaires et, momentanément, un réel crédit. Quand le Régent la quitta elle fut reprise par Richelieu, puis elle devint, un peu plus tardj la pourvoyeuse même du duc d^ Orléans, à qui elle procurait des amours passagers. Enfin, elle était là, ,dans un salon voisin, quand le Régent mourut, et elle vint mime l'assis» ter, en quelque sorte, à ses derniers moments.
Madame d* Avertie fut, en rrUme temps qu'elle, la maîtresse du Régent. Richelieu l'a peinte en quelques lignes : a Elle était fille de M. de Brégis, conseiller au parlement ; son mari était militaire. Elle plut au Régent, qui mit d'abord asse:^^ de mystère à cette intrigua : mais quand on vit M. d^Averne nommé cordon rouge et gouverneur de Navarreins, avec 12,000 livres d* appointements, à défaut de mérite, on en chercha che^i sa femme et l'on s'aperçut, en effet, qu'elle méritait le cordon rouge et les 12,000 livres... Le Régent la traita en reine à Saint-Cloud, fit illuminer le parc et donna un magnifiqtie feu d'artifice en son honneur... Elle avait aussi, rien que pour sa table, ),ooo livres par mois. . . » L'avocat Barbier constate, en ces termes, dans sa Chronique delaRégence (Tomei" — maii'/2i), l'avènement de la nouvelle maîtresse : « ...Le Régent a pris Madame d'Averne, jeune et belle femme de M. Ferrand d'Averne, lieutenant aux
gardeSy maîtresse auparavant du jeune marquis cCAlincourt, second fils du duc de Villeroi. Le Rigent lui a envoyé loo^ooo livres pour avoir un habit d^ài. »
Le Rigent racheta donc; elle se donna à lui^ c'est Mathieu Marais qui l'affirnUy moyennant une grosse somme payée comptant et une compagnie de régiment pour son mari. Ce d*Averne était y d^ailleurs, un mari facile^ et son infortune conjugale lui paraissait presque honorable, eu égard à la haute qualité de celui qui la lui infligeait. Quant à Madame d'Avernc, elle menait grande vie et grand train et elle faisait parade d'un luxe presque royal. On la voyait partout ^ brillante et parée ^ en luxueux équipagCy entoura d^une cour empressée, jouant ^ et paraissant le jouer avec un vif plaisir et sans réserve ^ le rôle des Lavallière et des Montespan. Voltaire lui-mime, bien jeune encore, fut à ses pieds et lui dédia des vers.
Après le Régent^ elle passa à Richelieu, puis à bien d'autres, pour finir, comme avait fini Madame de Sabran, elle aussi à son heure de disgrâce, on ne sait trop où ni comment, augmentant sans doute le nombre de ces tardives repenties à qui Dieu a bien fait de pardonner paru qu'elles avaient beaucoup aimé!
La dernière maîtresse, et la plus connue parce que ce fut dans ses bras que le Rident mourut, fut c£tte duchesse de Pha* laris ou Fallari, femme de Gorge d'Entragues, qui était par alliance de la famille de Valençay. Son mari l'avait abandonnée de bonne heure pour ien aller courir à ff autres amours; elle était donc quasi veuve quand le Régent la prit, passagèrement Sabord, puis bientôt tout à fait. Ce qu'apprenant le mari, il reprit la route de Paris pour y participer, s'il se pouvait, à la grande bonne fortune qui venait d' échoir si royalement à sa femme. Mais une lettre de cachet V arrêta