‹ [Chroniques du XVIIIe siècle] (volume 2)Chapitre 8 sur 61 · PRÉFACE XXI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXI

en chemin et Vohligea à se diriger -^ malgré lui — sur la Bastille.

t/a faveur de la Phalaris, comme celle de Madame d^Averne, et de tant d'autres connues et inconnues, eut des intermittences, des abandons, des retours de passion, et des abandons nouveaux, mais elle dura relativement longtemps, puisque, commencée dés i72f, elle ne se termina définitivement qu'à la mort du Régent,

On conçoit qu'il fallait à cette cour du prince le pluf débauché du mondcy pour l'entretien et le luxe des maîtresses, pour les indemnités aux maris, pour toutes les dépenses des bals, des fà^ et des soupers, des sommes incroyables auxquelles le trésor da l'État ne pouvait suffire. D'ailleurs y dés les premiers jours de la régence, Philippe d'Orléans s'était trouvé aux prises avec les plus grandes difficultés, plus encore financières, qu^ politiques. Les caisses publiques étaient vides et il fallut commencer pour subsister par vivre d'expédients, de réductions de toutes sort^ et, pour ainsi dire, un peu dans la famine.

C'est alors que Lato apparut comme le Deus ex machina qui devait prévenir l'inévitable banqueroute. Ce n'est pas que son système fût mauvais dans son principe; le tort de l'aventureux financier, à qui d'ailleurs on eut la faiblesse coupable de laisser c0rte blanche, fut d'exagérer les effets mimes de ce système, en élevant indéfiniment l'émission des billets, et par conséquent de donner lieu à un agiotage insensé et sans base raisonnable ni possible, La%u révolutionna la France; c'est par lui qu'elle prit le goût de la spéculation jusqu'alors à peu près inconnue pour elle; il éveilla des appétits énormes, fut la cause de ruines incalculables et de fortunes paiement imprévues; par lui, du four au lendemain, le riche devint pauvre et le pauvre devint riche, et ce n'est point par paradoxe qu'on a pu montrer dans le mime jour le laquais subitement enrichi, descendant du siège de la

voiture où son maître entièrement ruiné venait prendre sa place!

Donc u fut un enthousiasme effréné pour le nouveau système, tant quil favorisa ou parut favoriser V épanouissement de la fortune publique; mais quand « la dégringolade » arriva y que là dépréciation des billets et des actions se produisit et que, malgré le cours forcé, ils ne purent ni se relever, ni reprendre même la moitié de leur valeur nominale, ce fut une série de récriminations, de plaintes, de batailles dans la rue, cette rue Quincampoix, où Law avait établi sa banque, d'émeutes journalières au milieu desquelles plusieurs personnes trouvèrent la mort, toutes circonstances qui amenèrent rapidement la suppression définitive de la banque elle-même (mai 1720), et l'expulsion de son fondateur qui s'en alla mourir obscurément, huit ans plus tard, dans les Etats de Venise.

Ce système de Law, bien qu'il ait ruiné tant de gens, ouvert la voie à la spéculation et à l'agiotage, corrompu les mœurs publiques, jeté le trouble dans toutes les fortunes, n'a cependant pas trouvé moins d'admirateurs que d'ennemis. Le système était bon, si bon qu'il a été l'origine de notre banque nationale actuelle; âest ^'abus excessif où on l'a poussé qui l'a rendu fatal, « Il est difficile, a dit Champfort, d'avoir un meilleur maître que Law; il était doué d!un génie à la fois très profond et très étendu. Appliqué de bonne heure à cette science déjà très avancée en Angleterre par les écrits de Locke, Child et plusieurs autres, Law s'était montré l'élève et le- rival de ces hommes célèbres. Il paraît que les fautes qui perdirent le système, la banque et l'auteur, étaient toutes contre ses principes et même contre sa volonté, mais on sait qu^il ne fut pas longtemps maître absolu, qu'il eut souvent la main forcée et qu'il fut entraîné par delà ses mesures : c'est ce qui ne surprendra pas dans une cour telle que celle du Régent, gouverné par l'abbé Dubois ».

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