‹ [Chroniques du XVIIIe siècle]Chapitre 10 sur 47 · PRÉFACE XXV · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXV

maligne.' La Faculté commençait à manifester son inquiétude; Bordeu et Lorry avaient bien vite prévenu la Du Barry et le duc d* Aiguillon que le roi allait être sérieusement malade; ceux-ci n'en voulaient rien croire encore^ et attribuaient aux menées du parti Choiseul le bruit d'une véritable maladie.

Lz samedi )0 avrils h dix heures du soir y le rai fut porté de son grand Ht dans un petit pour la commodité du service. Ses douleurs augmentaient toujours, il était plus lourd et en mime temps plus affaibli que jamais. Les médecins, fort inquiets, n'osaient pas se prononcer; ils ne parlaient qu'entre eux et restaient indécis sur le caractère exact de la maladie. Ce soir-lày après souper y la famille royale était revenue vers le roi, et désirait passer une partie de là nuit, dans là chambre qui précédait celle de Sa Majesté.

Tout à coup un des médecins ayant par hasard approché plu s près du visage du roi la lumière, qu'on en tenait toujours éloignée^ éclaira son front et ses joues, où Von aperçut des rougeurs. A la vue de ces rougeurs, qui étaient déjà des boutons élevés sur la peauy les médecins se regardèrent entre eux avec un commun accord et un étonnement qui fut l'aveu de leur ignorance. Aucun d'eux, même en tâtant le pouls du roi, ne s'était douté que Ut maladie pût être la petite vérole.

On explique diversement les causes de la maladie qui, en si peu de jours, a enlevé Louis XV. La version la plus accréditée est la suivante, que V histoire a accueillie comme définitive :

Un jour, à la chasse, près de Versailles, le rai avait rencontré la fille d'un menuisier ou d'un meunier y âgée d environ quatorze uns. Elle était jolie, et Louis XV ne cacha pas le plaisir que sa vue lui inspirait, La Du Barry, Payant appris, dépêcha Lebel, pourvoyeur des libertinages de Sa Majesté, auprès des parents de la jeune fille, et, moyennant une somme raisonnable, il amena

celle-à à Trianan, où le soir mime elle eut les honneurs de la couche royale. Or y la jeune fille couvait en u mommt le germe de la petite virole, qu^elle communiqua aussitôt à son iphimére amant.

Le roi avait donc la petite virole. Les midecins, n^en doutant plus, parurent tris heureux d'être sortis d'incertitude, et ils alliretit dire à la famille royale qu'on savait enfin ce qu^ était la maladie, que le roi était préparé à merveille, et que tout irait bien. Cette nouvelle fit fuir au plus vite le Dauphin, qui n'avait jamais eu la petite vérole^ le comte de Provence, le comte d'Artois et les princesses leurs femmes. Seules ^ les trois filles du roi. Mesdames Adélaïde, Victoire et Sophie, bien qu'elles n'eussent jamais eu la maladie, persistèrent à rester auprès de leur père ^ pour lui donner tous leurs soins. D'ailleurSy la manière un peu légère et presque gaie dont les médecins avaient annoncé la cause du mal enfin découverte leur semblait une assurance de guérison. Elles répétèrent que le roi était bien préparé, citant cinq ou six exemples de gens de soixante-dix ans qui avaient eu la petite vérole sans en mourir, et elles se couchèrent, persuadées^ ainsi que beaucoup de personnes de Vintérieur, que c'était l'affaire de huit à neuf iours et d'un peu de patience.

Mais Bordeu ne pensait pas de même. La maladie nouvelle allait en réveiller d^ anciennes y peu avouables et mal soignées y qu'on avait cru guéries, et que d'ailleurs on avait toujours traitées légèrement et comme en plaisantant. Ce mal invétéré aggravait la situation.

V événement justifia ces craintes. L'espérance des autres médc" cins ne tarda pas non plus à s' évanouir y et ils passèrent tout à coup y avec tout le monde y de la plus grande sécurité à un presque découragement. En effet y F affaiblissement du royal malade continuait; il se ùlaignait de douleurs sourdes de tête, et l'agita-

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tion était excessive malgré son abattement. Il ne parlait pas, et avait les yeux fixes et hagards. La fièvre, qui était toujours très considérable^ augmentait fréquemment et par bouffées, et Lemonnier, qui le veillait ^ en disant qu'il était comme il devait être, avait bien F air de ne pas penser ce qu'il disait.

La nouvelle attitude des médecins terrifia le parti de la Du Barry. On essaya de faire approcher la favorite de Louis XV, pour ranimer son attention tour elle et prouver ainsi que sa faveur durait toujours. Mais Laborde, le valet de chambre de quartier, l'ayant conduite près de la couche royale, le monarque, soit accablement ou indifférence, montra peu d'empressement et de plaisir à voir sa maîtresse.

Le lendemain le roi allait de plus en plus mal; mais y par prudence aussi bien que par intérêt et par raison d'État, les médecins ne publiaient que des bulletins de santé relativement satisfaisants. Cependant le bulletin qui fut affiché le j mai au matin annonçait que, dans la nuit, le roi avait eu le délire. M. d'Aiguillon, furieux, vint trouver les tnédecins, et leur fit une scène dont le bruit arriva jusqu'à Louis XV. Celui-ci ayant demandé la cause des récriminations du ministre^ on n'osa la lui dire, et, comme d'habitude, le duc se présenta che^ le roi sans qu'il en fût reparlé. Le vieux monarque lui demanda des nouvelles de sa maîtresse dans les termes les plus tendres et même les plus légers ; il voulait la revoir, et il fut décidé que le soir même la comtesse lui serait amenée par Laborde.

Le soir, comme il avait été convenu, Laborde introduisit la Du Barry che^ le roi. Il était très abattu; entouré de ses médecins, dont fun lui tdtait le pouls, il interrogeait avec anxiété La Martinière, qui ne répondait que par quelques hochements de tête tristetnent significatifs. Se tournant alors vers sa maîtresse, le roi la fit approcher tout à fait auprès de lui.

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« MadanUy lui dit-il à voix basse, je suis fort mal; je sais ce que fai à faire. Je ne veux pas que la seine de Met:^ recom-menée. AlleT^ à Rueil, che^ le duc d'Aiguillon, attendes^-y mes ordres, et soye:^ toujours assurée de mon affection. » • On peut juger de l'effet produit par ce discours sur la courtisane, qui s'attendait à un plus tendre accueil. Son trouble, en quittant la chambre royale, en apprit beaucoup plus aux courtisans groupés sur son passage, que les propos mêmes du roi, diversement répétés. Le bruit de son renvoi se répandit au plus vite; mais chacun, selon son ambition, le craignait ou le désirait tant, que personne n'en voulut d^ abord rien croire.

Le lendemain, vers trois heures de V après-midi ^ la comtesse Du Barry monta en voiture avec la duchesse d'Aiguillon, et quitta la cour.

Le vendredi 6, à six heures du matin, le roi reçut la communion des mains du cardinal archevêque de Paris, M. de Beaumont, en présence de la cour et de ceux dés membres de la famille royale qui n'avaient rien à redouter ou ne voulaient rien redouter de la maladie. Quand Louis XF eut communié, le cardinal, se tournant vers l'assistance, prononça tris haut la formule de repentir concertée entre r archevêque, les évêques et le confesseur :

« Quoique le roi ne doive compte de sa conduite qu'à Dieu seul, il déclare qu'il se repent d^ avoir causé du scandale à ses sujets, et quHl ne désire vivre encore que pour le soutien de la religion et pour le bonheur de son peuple. »

Sur quoi, le maréchal de Richelieu, d'une voix asse^i haute pour être entendue de tout le monde, gratifia le cardinal de l'épithéte de jean-f. . .

Dés cet instant, les intrigues cessèrent; on ne pouvait plus rien attendre, selon les intérêts des uns et des autres, que de la

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