‹ [Chroniques du XVIIIe siècle]Chapitre 11 sur 47 · PRÉFACE XXIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXIX

mort ou du rétablissement du roi, dont, d'ailleurs^ Vétat emfnrait d'heure en heure. On se partait à l'oreille de pourpre et de gangrène, et le corps du monarque s'en allait littéralement en lambeaux. L'infection dans sa chambre était affreuse; un valet mourut asphyxié, et plusieurs personnes se trouvèrent mal. D'autres gagnèrent la maladie, et les princesses filles du roi en furent les premières atteintes. La journée du lundi ^ mai fut horrible; Louis XV la passa tout entière dans le délire le plus ardent; il voyait devant lui les flammes vengeresses de l'enfer; il appelait tour à tour Dieu et son confesseur; il repoussa plusieurs fois de son lit ses draps et ses couvertures, et^ demandant de l'eau bénite, il s'en jetait par tout le corps. On voyait alors à travers la chair crevassée les os de ses cuisses, et Von se demandait, si la maladie n'emportait le malade au plus vite, qui pourrait jamais le soigner plus longtemps.

La nuit fut plus calme, mais le mardi lo mai V agonie corn-mença, plus terrible encore que la veille. Vers une heure, cependant, le roi cessa de crier : il s^ affaissa, respira plus lentement; ses mains purulentes s'étendirent et se raidirent; ses yeux restèrent fixes et sans mouvement; à deux heures, il était mort.

Aussitôt tout le monde s^ enfuit, à l'exception de . ceux que les devoirs de leurs charges retenaient absolument au palais. Ou se dépêcha d'entourer le corps du roi de grands linges aromatisés^ et on l'enferma dans deux cercueils de plomb, remplis de son, mais sans pouvoir songer a l'embaumer. Une chapelle ardente fut édifiée à la hâte, et quelques prêtres y prièrent et y gardèrent cette royale pourriture jusqu'au jeudi 12 mai.

Le soir de ce jour, à huit heures, on mit le cercueil du roi dans un carrosse; deux autres voitures, contenant les ducs d'Ayen et d'Auniont, le cardinal grand aumônier et le curé de Versailles y suivirent le convoi. Le cortège était fermé par une vingtaine dé.

XXX ÉPOaUE LOUIS XV

pages tt une cinquantaine de palefreniers à cheval^ portant des torches. On avait été si pressé de tout terminer y qu'on n'avait pas eu le temps de draper les équipages, ni de faire prendre le deuil à la livrée. Une foule immense bordait le chemin, et le funèbre convoi y passa au grand trot, au milieu des brocards et des plaisanteries de tout ce peutle, unanime à flétrir la mémoire du feu roi.

On arriva à on^e heures h la basilique royale de Saint-Denis, où un très court service fut dit pour le repos de l'âme de Louis XV. Puis, le cercueil fut descendu dans le caveau provisoire, où chaque roi mort attendait son successeur, pour prendre alors sa place définitive au milieu des princes ses ancêtres.

Le caveau de Saint-Denis ne devait pas être la dernière demeure de Louis XV.

En 179}, les cercueils de tous les princes et personnages inhumés dans la royale abbaye furent brutalement extraits de leur couche de pierre, et les restes quils contenaient jetés pêle-mêle dans un lit de chaux destiné à consumer leurs moindres vestiges.

J'ai publié le curieux procès-verbal de cette extraction, et voici ce qu'on y peut lire sur Vétat dans lequel furent retrouvés le cercueil et le cadavre de Louis XV:

« Le mercredi 16 octobre 1793, à on^^e heures du matin, au moment même où la reine Marie-Antoinette montait sur l'échafaud, on sortit de son caveau provisoire le cercueil de Louis XV.

(( On ne V ouvrit que dans le cimetière, sur le bord de la fosse. Le corps, bien enveloppé de linges et de bandelettes, paraissait tout entier et bien conservé; mais, dégagé de tout ce qui l'entourait, il tomba aussitôt en putréfaction, et il en sortit une odeur si infecte, qu'il ne fut pas possible de rester présent : on brûla de la poudre, on tira tlmieurs coups de fusil pour purifier l'air, et

PKËFACB XXn

on jeta bien vite dans la fosse commune ces misérables restes sur un lit de chaux vive. »

En 1816 la Restauration fit retirer tous les ossements royaux du lit de chaux de i J^j ; on les réunit pêle-méîe dans une sorte de caveau qui se trouve sur la gauche de là crypte de TégUse abbatiale de Saint- Denis. C'est là que sont encore aujourd'hui les restes du plus « paillard « de nos rois, non loin du caveau qui contient le cercueil de ses descendants, le duc de Berry et Louis XFIII.

Georges d'Heylu.

ÉPOaUE LOUIS XV

Page 1