LE DUC DE BOURBON
;rsailles, en 1692, naquit le duc de
)urbon, que l'on nomme aussi quelquefois Monsieur le Duc; il s'appelait Louis-Henri, duc de Bourbon et d'Enghien, et était fils de Louis, duc
de Bourbon-Condé, et petit-fils du
grand Condé.
1 fut nommé chef du conseil royal la régence sous la minorité de
XV, époque où le duc de Bourbon
inça à avoir de l'importance; il devint surintendant de l'éducation du roi, et
iremier minisu'e, après la mort du duc
d'Orléans, régent, arrivée le 2 septembre 1723, « Il était jeune, disent les mémoires de Noailles rédigés par Tabbé Millet ; il aimait les plaisirs, et donnait sa confiance à des personnes qui devaient en abuser. Il fit des fautes, et ses bonnes qualités ne suffisaient pas pour qu'on pût se promettre un gouvernement heureux. Le mariage de Louis XV avec l'infante d'Espagne, qu'on avait fait venir à Paris, fut rompu d'abord sans consulter la cour d'Espagne, sans négocier une afiaire si délicate. La plus grande faute du duc de Bourbon a peut-être été de s'être laissé conduire par la jeune marquise de Prie, fille de M. Pleneuf, entrepreneur des vivres. Cette jolie femme, intrigante, spirituelle et ambitieuse, disposa de tout et vendit presque tout. Ce qu'il y eut de plus étrange, c'est qu'elle ravit à la maison du prince son amant l'honneur de donner une reine à la France. On cherchait parmi les princesses de l'Europe une épouse pour le jeune roi. M'^* de Vermandois, sœur du duc de Bourbon, pleine d'esprit, de grâces, de vertus, vivait dans un couvent à Tours. La marquise de Prie part sous un nom emprunté, pour pressentir la princesse sur le mariage projeté. Ses réponses franches et naïves prouvèrent à la marquise que ses mœurs avaient inspiré à M"* de Vermandois de l'éloignement pour une union traitée par une telle négociatrice. Elle se retira furieuse, en laissant entendre ces mots : « Va, tu ne seras jamais reine de France ; » et en efiet Louis XV épousa la fille du roi de Pologne.
Cependant la marquise continua de braver les jalousies et les clameurs élevées contre elle. Lisant avec dédain des chansons faites pour la satiriser, elle disait : « Voilà conmie sont les Français quand ils sont trop bien, » mot qui con-
tient de l'exagération et de la vérité, comme nous Tavons bien appris depuis.
Cette dame, dont l'histoire se confond avec celle du duc de Bourbon, puisqu'elle prit part à tout ce qu'il fit, était en panie l'instrument de Paris du Vemay, qui, sans avoir le titre de ministre, dirigeait les affaires générales des finances. Ce fut ce du Vernay qui proposa la levée du cinquantième des biens en nature sur tous les fonds nobles, ecclésiastiques ou roturiers, une taxe pour le joyeux avènement, une autre appelée la ceinture de la reine, et divers autres édits bursaux qui irritèrent la noblesse et le peuple. L'on murmurait d'être pour ainsi dire gouverné par ce financier, qui s'était emparé de l'esprit du prince premier ministre; presque toute la cour se récriait contre le duc de Bourbon; et le cardinal de Fleury, qui avait un grand ascendant sur l'esprit de Louis XV, le fit exiler en 1726 à Chantilly; c'est dans ce même château qu'il mourut en janvier 1740, âgé de quarante-huit ans. Il avait servi dans la dernière guerre de Louis XIV; il soutint sa disgrâce avec dignité, et fut estimé comme homme presque autant qu'il avait été blâmé comme ministre.
Madame de Bavière, mère du régent, dit dans ses lettres, en parlant du duc de Bourbon, que ce prince était très poli, et savait très bien vivre; que quoique son génie ne fût pas très étendu^ il avait l'âme noble, et que quoique vu de fort près il eût bien des petits défauts, néanmoins il avait d'excellentes qualités qui lui ont fait des amis.
Il était borgne. M. le duc de Berri lui avait crevé un œil en jouant avec lui.
Il manquait d'application et de patience dans l'examen
des affaires ; il était peu instruit» quoiqu'il estimât les personnes qui avaient du savoir.
Madame dit encore dans ses lettres qu'il gagna avec sa mère au moins vingt millions au jeu des actions de la banque de Law. L'infidélité de M"* de Prie, qui le quitta pour M. d'Âlincourt, lui fit un très grand chagrin, et l'on ne saurait douter que cela n'ait abrégé beaucoup ses jours.
Le duc de Bourbon était grand ami de Law; aussi, lorsqu'il passait, le peuple criait-il après lui; il en était de même de son frère, le comte de Clermont. Un jour qu'il allait au Palais-Royal, la populace lui cria : « Va, chien, tu ne vaudras pas mieux que tes frères. » Son gouverneur sortit du carrosse pour haranguer les criards; mais ils s'armèrent de pierres, et le gouverneur fut obligé de se réfugier bien vite dans le carrosse.
LA MARdUISE DE PRIE
CETTE femme gouverna despotiquement M. le duc de Bourbon, très incapable de se gouverner lui-même. Elle avait plus que de la beauté, dit Duclos dans ses Mémoires secrets; toute sa personne était séduisante. Avec autant de grâces dans l'esprit que dans la figure, elle cachait sous un voile de naïveté la fausseté la plus dangereuse. Sans la moindre idée de la vertu, qui était à son égard un
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mot vide de sens (c'est toujours Duclos qui parle), elle était simple dans le vice, violente sous un air de douceur, libertine par tempérament ; elle trompait avec impunité son amant, qui croyait ce qu'elle lui disait contre ce qu'il voyait lui-même. Elle en a donné des exemples fréquents, et entre autres elle lui persuada une fois qu'il était coupable d'une suite de libertinages dont il n'était que la victime.
Elle était fille de Berthelot de Pléneuf, riche financier, qui, étant un des premiers commis du chancelier Voisin, avait fait une fortune immense dans les entreprises des vivres, et tenait une maison opulente.
Sa femme en faisait les honneurs; avec de l'esprit, de la figure et un ton noble, elle s'était formé une espèce de cour dont elle se faisait respecter, entourée d'adorateurs qui s'empressaient à lui plaire ; elle eut beaucoup d'amis distingués qui ne l'abandonnèrent jamais dans les temps de disgrâce. Elle se fit une occupation, durant l'enfance de sa fille, de lui donner Téducation la plus soignée, et s'applaudissait de ses soins ; mais à peine la fille commença-t-elle à fixer sur elle les regards, qu'elle déplut à sa mère. L'aigreur de celle-ci excita les plaisanteries de l'autre ; une haine réciproque s'alluma entre elles, et bientôt devint une antipathie. Pléneuf, pour avoir la paix chez lui, maria sa fille au marquis de Prie, parent du roi, et qui fiit nommé à l'ambassade de Turin, où il emmena sa femme. Au retour, la fille, se prévalant de son état, traita sa mère comme une bourgeoise, et ne voulut voir de l'ancienne société que ceux qui abandonneraient totalement sa mère. Plusieurs désertèrent et s'attachèrent à la fille, qui, ne voulant point de partage, étendit son animosité contre sa mère sur ceux qui lui restaient attachés.
6 ÉPOQPE LOUIS XV
C'est à M"* de Prie qu'est dû le mariage de Louis XV avec la fille de Stanislas Leczinki, roi de Pologne, détrôné et retiré alors à Veissembourg, en Alsace.
Pour entendre cette intrigue, dont les résultats, au reste n'eurent rien qui pût la faire blâmer, il fiaut se rappeler que, pour faire honneur à Stanislas, on avait placé à Veissembourg plusieurs régiments dont les officiers lui composaient une espèce de cour. Parmi eux, le comte d'Estrée, depuis maréchal, se distinguait par sa bonne mine, ses manières aimables et son assiduité chez le prince. U avait plu à sa fille, et Stanislas s'en était aperçu. Il le prit à part et lui dit que, quoiqu'il pût la marier avec quelque souverain, surtout par l'expectative des grands biens qui lui revenaient en Pologne, néanmoins, comme il désirait le bonheur de sa fille, il consentirait volontiers à la lui donner en mariage, s'il pouvait joindre à sa naissance déjà illustre quelque dignité marquante, comme celle de duc et pair. Le jeune colonel ne manqua pas de se rendre auprès du régent, pour obtenir de sa bonté la dignité que l'on mettait pour condition à une alliance aussi avantageuse; mais le prince, qui n'aimait point la famille des d'Estrée, écarta cette demande en disant que le comte n'était pas assez élevé pour épouser la fille d'un souverain, quoique sans couronne et électif.
Un peu après la sortie du jeune colonel, le duc de Bourbon, depuis ministre, entra, et voyant encore le prince tout ému, en demanda et en apprit la raison. Le régent fit en même temps une ouverture au duc, et lui dit que ce mariage pourrait lui convenir ; mais, avant de se décider, il était bien aise de voir comment les affaires du roi de Pologne tourneraient; enfin l'attachement qu'il avait pour sa maltresse, M"** de Prie, le retenait.
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Le régent étant venu à mourir à cette époque, et le duc de Bourbon fait premier ministre, ce surcroît de grandeur porta M"* de Prie à ne rien négliger de tout ce qui pourrait conserver au prince son autorité le plus longtemps possible. Le mariage du roi avec Tinfante d'Espagne pouvait en rapprocher le terme, ou du moins donner lieu au partage du pouvoir de son amant. Elle travailla donc au renvoi de la princesse d'Espagne, qui eut lieu en 1725, et persuada au duc de faire épouser au roi une des princesses ses sœurs. Le duc trouva l'expédient très bon, et en parla ,à M*°* la duchesse de Bourbon, sa mère, qui traita M"* de Prie avec plus de douceur, et lui montra plus d'égards qu'elle n'avait fait jusqu'alors. Mais sitôt que la rupture du mariage promis à l'infante d'Espagne eut éclaté, et que l'espoir de donner au roi une demoiselle de Bourbon parut assuré. Madame de Bourbon, changeant de conduite vis-à«-vis de la maîtresse de son iils, et sa fille ayant témoigné du mépris à la marquise, celle-ci pensa à s'en venger, et en trouva le moyen en proposant la fille de Sunislas pour reine de France/
« Monsieur le duc, dit M"* de Prie, nous avons mal combiné les arrangements du mariage du roi en lui donnant mademoiselle votre sœur ; vous élevez votre maison, sans doute ; mais vous détruisez votre autorité, votre puissance, qui est sans bornes aujourd'hui. Vous avez une mère qui ne manquera pas d'avoir l'ascendant le plus absolu sur l'esprit de sa fille, et vous en êtes d'autant mieux convaincu que vous connaissez celui qu'elle prend sur vous, et la peine que vous avez à vous y soustraire- Je pense que si vous voulez conserver votre pouvoir, il faut renoncer à cette alliance glorieuse, et tout simplement donner au jeune
monarque une princesse qui, tenant de vous sa fortune, en soit toujours reconnaissante. »
C'était assez lui désigner la fille du roi de Pologne : aussi le duc Tentendit-il très bien; il adopta d'autant mieux ce projet, que la princesse, douce, bonne, peu spirituelle, lui convenait fort ; il le proposa au Conseil et le fit agréer au roi, qui d'ailleurs fut fort satisfait de ce qu'on lui dit de la fille de Stanislas, et n'eut pas à se repentir du choix que l'on fit d'elle pour en faire sa femme, qu'il épousa le 4 septembre 1725.
Au reste, M°** de Prie se trompa dans ses calculs d'ambition, et ne profita pas des arrangements pris pour assurer longtemps la souveraine puissance de son amant. L'année suivante, M. le duc fut remercié de ses services par le roi, et obligé de se retirer par son ordre à Chantilly.
Ce prince avait moins de capacités et de talent que son prédécesseur le régent; mais il était presque aussi débauché que lui. C'était un grand homme, maigre, d'une figure peu aimable, d'une humeur brusque et peu commode; curieux et aimant les choses rares et précieuses; possesseur d'une très belle femme , dont il ne connaissait pas tout le prix ; cherchant ailleurs des plaisirs qu'il était peu en état de goûter ; faisant une grande dépense, mais n'ayant aucune des qualités d'un homme d'État.
Lorsque M. le duc de Bourbon fut ministre, l'évêque de Fréjus lui fit entendre que la feuille des bénéfices ne pouvait point rester à sa disposition ; et soit que le duc ne connût pas l'importance de cette branche d'administration, soit qu'il n'osât mécontenter un homme cher au roi, il laissa l'évêque s'en emparer, sans cesser d'entrer dans les autres afiaires.
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M"* de Prie fut outrée de se voir enlever la disposition des biens ecclésiastiques ; car elle comptait bien, sous le nom de son amant *, gouverner l'État et l'Église. En eflfet, à l'exception du dernier article, elle fut, pendant deux ans et demi de ministère, maîtresse absolue du royaume.
A son retour de l'ambassade de Turin, où elle avait accompagné son mari, elle avait entrepris déplaire, au régent, ou du moins à quelqu'un qui pût lui faire jouer un rôle ; le régent n'y eût pas été insensible, mais il était inconstant. En comblant ses maîtresses de galanteries et de grâces de toute espèce, il ne leur donnait point de part dans les affaires d'État; la marquise de Prie se rabattit donc sur M. le Duc.
Cette dame avait trop d'esprit pour ne pas connaître l'incapacité de son amant, et pour imaginer qu elle avait elle-même tout ce qu'il lui fallait pour y suppléer dans le gouvernement. Elle résolut de se choisir des guides qui ne pussent exister que par elle. Les frères Paris lui parurent propres à remplir ses vues ; elle en forma son conseil intime, et les produisit auprès de M. le Duc ; quoique ce prince eût déjà la plus haute idée du mérite de sa maîtresse, le comité des Paris y ajouta beaucoup.
Chaque projet, avant d'être présenté au prince, était concerté avec elle. On avait soin d'y laisser à dessein quelques rectifications à faire, qui passaient la portée de M. le Duc, et que la dame, endoctrinée d'avance, ne manquait pas de faire observer. Les Paris, comme frappés d'étonnement, ne manquaient pas d'admirer sa sagacité, et corrigeaient le plan sur ses remarques ; et le prince, plus naïf, se félicitait de trouver
^ Dudos, tome VI, page 190.
dans une maltresse qu'il idolâtrait un adjoint aussi utile au ministère.
M»< de Prie, sachant que le roi d'Angleterre faisait une pension de quarante mille livres sterling, près d'un million de France, au cardinsd Dubois, s'en assura, afin de continuer d'être agréable à une puissance qui payait si généreusement ceux qui la servaient.
On rapporte un mot de M"* de Prie qui prouve qu'elle connaissait toute son influence, et qu'elle se moquait des dévotions populaires. En 1725, les pluies furent si abondantes qu'elles perdirent la récolte. Le peuple crut trouver un remède à ce malheur, et arrêter ce déluge d'eau qui ne cessait d'inonder la France, en faisant porter la châsse de sainte Geneviève en procession. La marquise ayant appris cette nouvelle : « Le peuple est fou, se mit-elle à dire ; ne sait-il pas que c'est moi qui fais la pluie et le beau temps ? »
Son peu de croyance aux usages catholiques ne l'empêcha pas de seconder le duc dans l'injuste mesure qu'il prit contre les protestants de France. Il fit publier une déclaration qui renouvelait les anciennes ordonnances de Louis XIV contre eux. Il y en avait une entre autres qui défendait aux médecins, chirurgiens ou apothicaires protestants l'exercice de leur profession^ en sorte qu'il aurait fallu plutôt mourir que de se faire soigner par un hérétique.
Il est ridicule d'attribuer aux intrigues de l'Angleterre toutes les sottises que l'on fait en France^ comme la mode est venue de le donner à penser, depuis une vingtaine d'années surtout ; mais quand M""^ de Prie aurait voulu donner aux Anglais une preuve de sa reconnaissance et de son zèle à les servir, elle ne le pouvait mieux faire qu'en provoquant des rigueurs qui forçaient une partie des Fran-
çais à s'éloigner, et à aller ailleurs porter leur industrie et leur haine pour un gouvernement aussi injuste.
Lorsque Tabbé de Fleury fut parvenu au ministère, en gagnant la confiance du roi, M""* de Prie s'aperçut bien que le pouvoir de M. le Duc allait disparaître. Elle fit donc sa cour au prélat, et ne négligea rien pour l'engager à la distinguer de M. le Duc, qu'on regardait, disait-elle, comme son amant, quoiqu'elle n'eût jamais été que son amie ; mais qu'elle cessait de l'être, voyant l'inutilité des bons conseils qu'elle lui donnait.
D est sûr que la meilleure preuve qu'elle eût pu donner de son peu d'amour pour M. le Duc était les infidélités qu'elle lui faisait; mais il ne lui était pas aussi aisé de tromper le vieil évêque qu'un jeune prince. L'ordre de se retirer à sa terre de Courbe-Épine, en Normandie, ne lui fut pas moins signifié le même jour que M. le Duc reçut celui d'aller à Chantilly; mais elle regarda d'abord cette disgrâce comme un nuage passager. Soit que l'espérance la soutînt, soit que le chagrin n'étouffât pas en elle tout autre sentiment, une heure avant de partir, elle passa dans un cabinet où elle avait fait venir son amant, dont elle prit congé. Bs étaient apparemment trop occupés l'un de l'autre, ou trop pressés, pour songer à fermer les fenêtres ; de sorte que de celles d'une maison voisine quelques personnes furent témoins de ces tendres adieux. Elles n'en gardèrent pas le secret ; et comme elles n'étaient pas assez près, pour distinguer exactement le rival de M. le Duc, et qu'elles étaient fort éloignées d'en soupçonner le secrétaire du mari, on en fit honneur à un autre homme que l'on sut être le seul qui avait dîné avec elle ce jour-là.
La fermeté de M°* de Prie ne se soutint pas long-
temps; à peine était-elle à G)urbe-Épine qu'elle apprit que sa place de dame du palais de la reine lui était ôtée et donnée à la marquise d'Alincourt ; elle vit clairement alors que c'était être chassée de la cour pour n'y jamais reparaître. Le désespoir la saisit, le chagrin la consuma, sans qu'elle eût même la consolation de persuader au médecin qu'elle fit venir, et à Silvo, médecin de M. le Duc, qu'elle fût réellement malade. Us prétendaient toujours que ce n'était que des vapeurs ou des attaques de nerfs, maladie qui commençait à être à la mode ; enfin leur ignorance se manifesta en cette occasion, comme dans mille autres où les maux de l'âme détruisent les forces du corps, et y arrêtent les ressorts de la vie. Ils la traitaient de malade imaginaire, le jour même qu'elle mourut de désespoir de sa disgrâce, à Tâge de vingt-neuf ans, après avoir séché quinze mois dans son exil.
M"* Aissé rapporte dans ses lettres une anecdote plaisante sur le mari de M™* de Prie.
Étant dans la chambre du roi Louis XY, appuyé sur une table, la bougie alluma sa perruque ; il fit ce que bien d'autres auraient fait en pareil cas : il l'éteignit avec les pieds ; l'incendie fini, il la remit sur sa tête. Cela répandit une odeur très forte. Le roi entra dans ce moment ; il fut frappé du parfum, et, ignorant ce que c'était, il dit sans aucune malice : « Il sent bien mauvais ici, je crois qu'il sent la corne brûlée. « A ce discours chacun rit ; le roi et la noble assemblée firent des éclats de rire désordonnés. Le pauvre cocu n'eut point d'autre ressource que ses jambes, et il s'enfuit bien vite.
Agnès Berthelot de Pleneuf, femme du marquis de Prie, chevalier des ordres du roi, lieutenant général de la pro-
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vince de Languedoc, précédemment ambassadeur en Sardaigne, mourut le 6 octobre 1727, dans son château de Courbe-Épine, en Normandie, âgée de vingt-neuf ans. Elle était fille d'Etienne Berthelot, directeur général de l'artillerie de France, et d'Agnès Rioult-Douilly. Elle avait été dame du palais de la reine; elle laissa deux filles, dont Tune a épousé le fils du duc de Tallard. Elle est peinte par Valor, et gravée par Chereau le jeune, tenant sur son doigt un serin, à qui elle apprend à parler.