‹ [Chroniques du XVIIIe siècle]Chapitre 19 sur 47 · DESMARETZ · texte numérisé non relu

DESMARETZ

NICOLAS Desmaretz, marquis de Maillebois, ministre et secrétaire d'État, est mort le 4 du mois de mai 1721, dans la soixante-deuxième année de son âge. Il

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avait été directeur générai des finances, ensuite contrôleur général au mois de février 1708, et grand trésorier et commandeur des ordres du roi en 17x3.

Louis XIV n'avait recommencé à se servir de lui que par rapport au besoin qu'il en eut, à cause du dérangement des finances du royaume.

Ce ministre ne les rétablit pas, ne les ayant pas conduites assez longtemps pour cela ; mais au moins il trouva les moyens, dans les temps les plus difficiles, de fournir de l'argent pour les dépenses les plus indispensables et les plus pressées.

La forme du gouvernement ayant changé à la mort de Louis XIV, il ne fut plus contrôleur général, et même on parla de le rechercher du temps de b chambre de justice. On avait même fait des tentatives sur ce sujet auparavant.

Il parut dans ce temps un mémoire imprimé, qu'on pouvait croire être de lui, par lequel il faisait connaître que, s'il avait établi pour le roi diâférentes caisses dont les billets n'avaient pas été régulièrement acquittés, il avait été obligé de se servir de cet expédient pour fournir aux besoins de l'État.

Les choses étaient dans un si grand dérangement lors de la mort du roi, que cette même année. Sa Majesté voulant encore faire le voyage de Fontainebleau, il fut obligé de jeter deux millions de billets de la caisse sur la place, dont il n'eut que deux cent mille écus, qui furent destinés pour cette dépense.

Ce ministre était hardi et entreprenant; car quoique le roi fût âgé, que les gages et appointements des officiers ne fussent point payés, il changea le denier des rentes sur la ville, qu'il porta au denier vingt-sfat, au lieu du denier vingt, et il fit

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perdre les deux tiers à tous ceux qui avaient constitué des rentes en billets de l'État, quoique c'eût été la monnaie avec laquelle le roi avait payé les gages et appointements des officiers, et les fournitures qui lui avaient été faites.

Il fut dit sur cela un assez bon mot. Un poète se plaignait dans im café du mauvais goût du public^ par rapport à une pièce de théâtre qu'il avait faite et qui avait été siffiée. Un homme qui se trouva là lui dit qu'il avait tort de s'embarrasser du public, et qu'il fallait le forcer à la trouver bonne ; qu'il connaissait une personne qui en agissait de cette manière. Ce poète lui répondit qu'il y avait longtemps qu'il n' avait paru de nouvelle pièce sur le théâtre^ et qu'il ne concevait pas de laquelle il voulait lui parler; à quoi l'autre lui répliqua que c'était de l'édit des rentes sur la ville, que le public était déchaîné contre cette pièce, et que, malgré cela, elle passerait.

L'affaire des pièces de quatre sous qui est arrivée à ce ministre est assez particulière pour rapporter ce qui s'est passé à ce sujet.

M. Colbert fit faire en 1693 1& fabrication des pièces de quatre sous dans la commune de Lyon. Elle fut entreprise par M. Indret de Beaulieu, qui avait épousé M*** de Beauvais, sœur de la belle Beauvais; par M. de Camp, directeur des gabelles à Lyon, et M. Claustrier, employé dans différentes affaires à Lyon, et originaire de Saint-Chaumont-^n* Forest.

Ces trois associés donnèrent intét et dans cette affaire à M. Desmaretz, qui était conseiller au Grand Conseil, et qui travaillait aux affaires de finances sous M. Colbert, son oncle; à M. le marquis d'Âlincourt, qui par la suite est devenu maréchal de Villeroy, et à M. Fronde.

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Cette fabrication se fit, et ces pièces rie se trouvant ni du poids ni de Taioi qu'elles devaient être, et en ayant été fabriqué douze mille livres de plus qu'il n'avait été porté par l'édit, cela fit un grand bruit, et le roi en fut instruit d'abord par M. de Louvois.

M. Colbert, qui ne doutait point du tour que ce ministre lui jouerait, fut au roi pour lui en rendre compte^ lui découvrit toute la manœuvre de son neveu, et lui demanda la permission de lui faire faire son procès, et de le faire pendre et ses adhérents.

Cette manière dure de M. de Colbert radoucit le roi; il lui dit qu'il allait trop vite et qu'il suffirait de ne se plus servir de lui. Il le sauva par ce moyen. M. Pronde fut sauvé aussi. On ne parla point du marquis d'Alincourt. MM. de Camp et Claustrier furent les plus maltraités : on vendit tous les biens qu'ils avaient dans le Lyonnais; on fit leur procès par contumace, et ils furent condamnés au bannissement. Ils étaient cependant les moins coupables, n'étant point entrés dans toute la mauvaise pratique qui s'était faite dans cette a£Faire.

M. Indret, qui l'était le plus par rapport au -manque d'aloi et de poids, se sauva en Angleterre, et ne fut point pour^ suivi, n remplissait dans ce temps une des charges d'affineur à Lyon, et fournissait la matière ; la connaissance qu'il avait de ceux qui travaillaient dans la monnaie lui donna les moyens de les pratiquer, et de £aire faire les espèces plus légères qu'elles ne devaient l'être.

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