PRÉFACE VII
(T avoir été le propre artisan de ses longues infélicités conjugales. Il est certain que la froideur de ses relations et de sa tenuCy l'exagération de sa piété, Véloignement dans lequel, en diverses circonstances intimes, elle affecta souvent de tenir le roi y concoururent à jeter le jeune et ardent monarque dans cette voie crapuleuse où il s'aventura d^ abord d'un pas timide et incertain, secrètement mime dans les premiers temps, et où il se précipita ensuite avec la fougue de lapassion, et sans respect ni souci des apparences y de son devoir et de sa dignité. Eh oui, la reine Marie Lec:;inskà fut certainement coupable delà chute première de son mari; mais eût-elle été V épouse la plus passionnée et la plus tendre, il 'est permis de croire, et de dire à sa décharge, qu'elle n'eût pas réussi à retenir toujours le royal débauché dans la fidélité qu'elle lui garda elle-même, et qu'il eût fini, un peu plus tard seulement, par céder à ce penchant entraînant de l'amour des femmes qu^ avaient développé intentionnellement les éducateurs de sa jeunesse et de ses mœufs. « Il y avait alors en lui, ont dit les frères de Concourt, une vague aspiration au plaisir, des besoins physiques impérieux et dont l'emportement rappelait les premiers Bourbons, un sentiment dévide, de solitude, un grand embarras de la volonté et de la liberté, le désir y V appel, l'attente inquiète de la domination d'une femme passionnée ou vivCy tendre ou spirituelle. Il demandaity sans peut-être se l'avouer à lui-même, une liaison qui r enlevât à la profondeur de ses tristesses, à la monotonie de ses ennuis, à la paresse de ses caprices; qui remplît ses pensées, qui réveillât et étourdit sa vie, en lui apportant l'excitation de la passion ou le chatouillement de la gaietéy en occupant et caressant comme un malade son esprit et son cœur. Voubli de son personnage de roiy la délivrance de lui-même, voilà ce que Louis XV demandait à V adultère; voilà ce que toute sa vie il devait y chercher. »
vin ÉPoauE LOUIS xv
Et tout le monde Vy poussait, à la consommation de cet adultère qui était si bien de mise dans cette cour dissolue à laquelle il tardait que le roi joignît Pexemplcy en quelque sorte officiel, du sien. Tout le monde connaissait, en effet, la froideur de plus en plus accusée et bientôt presque publique des relations du roi et de la reine; si bien que lorsque Louis XV tomba dans Vautres bras que ceux de sa femme, cela sembla presque naturel, tant les événements et les encouragements de la cour avaient préparé cette chute depuis longtemps prévue.
Quelle fut, aujuste, la première infidélité de Louis XV à là foi si solennellement jurée à la reine? On ne le saurait affirmer à coup sûr; mais la première maîtresse officiellement connue fut Vune de ces demoiselles de Nesle qui allaient devenir, F une après Vautre, les favorites en titre, et qui tiennent, en somme, en dehors des complaisantes et obscures maîtresses de passage, la tête de colonne dans la liste des passions illégales du roi. Elles étaient cinq sœurs, toutes les cinq belles, brillantes, ayant un grand établissement à la cour, et disposées à se disputer dans le cœur du roi la place que la reine allait laisser si imprudemment vacante. Et maintenant, comment et en quelles circonstances se produisit l'événement? La chronique du temps raconte que Bachelier, le valet de chambre du roi, servait habituellement d^ intermédiaire entre son maître et la reine ;qu à diverses reprises, chargé par Louis XV de prévenir la reine que le roi, au retour d'un bal ou d'un souper, allait se rendre che:^ elle, elle avait refusé de le recevoir, prétextant ses devoirs de piété ou des indispositions qui par le fait n* existaient pas. Le roi, mécontent, dépité, s'en allait « tout grognon » dans sa chambre solitaire; puis peu à peu il voulut forcer la porte qu*on s'obstinait à fermer si bien et si fort malgré ses désirs si honnêtement exprimés ; puis il cessa de revenir, jurant qu' « il ne demanderait plus jamais le devoir