‹ [Chroniques du XVIIIe siècle]Chapitre 3 sur 47 · PRÉFACE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE IX

à la reine! » Et un beau soir, à Compiigne, au mois de juillet 1738^-- la légende a bien précisé la date y pour lui donner l'authenticité de l'histoire, — le roi^ rentrant che^ lui après un nouveau refus de la reine, trouva installée dans sa chambre une femme encapuchonnée avec précaution, et qui n'était autre que la belle M"* de Mailly,

C*était la première des cinq sœurs ^ et elle avait été choisie avec habileté et après sérieux examen par ceux qui avaient ourdi l'intrigue. Elle était d^une beauté surtout provocante, et bien faite pour allumer dans ce jeune cœur encore si neuf à V amour adultère cette passion débordante et continue qui ne devait plus jamais s'éteindre. C'était une femme de « grande expérience amoureuse » et prête à tout u que Von voudrait exiger d'elle. Qui pourrait même dire si elle aima ràllement le roi? Elle était toute heureuse et toute fier e d'être la première maltresse officielle; mais elle était d*un caractère aimable et facile, toujours gaie, toujours sur la brèche, soupant tant qiion voulait et menant jusqu^au bout toutes les sortes d'orgies par lesquelles il lui fallut passer. Elle poussa métne la complaisance jusquau sacrifice de son amour et de sa position en faveur de sa sœur M"® de Vintimille, qui venait de se marier et que le roi avait trouvée si fort à son gOîU qu'il la dota d'abord pour être sûr de sa reconnaissance... après.

De celle-là, le roi eut un fils des suites de la naissance duquel la malheureuse femme mourut d'une fièvre miliaire survenue moins d'un mois après l'accouchement. Ce fut le premier grand chagrin — on pourrait mime dire le seul chagrin de la vie de Louis XV. n avait en effet aimé M°*® de Fintimille Jusquà F adoration. Il fut pendant quelque temps véritablement inconsolable, et il ne trouva quelque adoucissement à son affliction que dans les soins que lui donna M""* de Mailly, revenue à lui.

X ÉPOaUE LOUIS XV

et dans l'affection nouvelle quUlle lui montra. Le roi se confina mime tout d'abord dans les appartements privés quHl avait donnés à sa maîtresse^ vivant à sa table et ne la quittant plus guère le jour ni la nuit^ pour mieux et plus souvent parler de la chère morte. Mais ula dura peu, et Louis XV trouva bien vite la satiété et V ennui dans l'exagération et V excès même de ses regrets.

C'est à ce moment qu'intervient, dans les amours royales, une troisième sœur de Nesle, Af"® de La Tournelle, qui va devenir la favorite en titre sous le nom bien vite octroyé à son ambition de duchesse de Châteauroux. Mais M^^ de Mailly, qui s'était asse^facilement prêtée à son premier remplacement par sa première sœur, Af"* de Vintimille, conçut un desespoir horrible en se voyant obligée de céder de nouveau sa place à sa troisième sœur, M"® de La Tournelle. Et ce desespoir elle ne put le cacher; elle le montra à tout le monde : elle pleura son royal amant en public^ elle cria partout son humiliation et ses regrets; elle voulut même mourir, et elle ne partit définitivement de la cour qu'au dernier moment, quand il fut bien clair que sa faveur était finie, tout à fait finie, et qu'il n'y avait plus moyen pour elle de rester une heure de plus, à moins de se faire jeter plus ou moins décemment à la porte I

Enfin Àf"* de La Tournelle, après bien des difficultés qui n'étaient en quetque sorte que des manœuvres d'adresse pour se faire désirer davantage et aussi se faire acheter plus cher, enfin M"* de La Tournelle entre en scène à son tour. Celle-là était belle, admirablement belle, plus grande dame que ses sœurs, d'une tenue presque royale, et vraiment digne à tous ces points de vue plastiques de cette place qui n'était pas une sinécure. On lira plus loin rhistoire détailla de son règne. On assure qu'elle joua un peu auprès du roi le rôle d'Agnès Sorel, c'est-à-dire que.

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