M. DE PONTCHARTRAIN
LOUIS Phelipeaux, comte de Pontchartrain, commandeur des ordres du roi, ci-devant chancelier et garde des sceaux, est mort le 22 décembre 1727, en son château de Pontchartrain, âgé de quatre-vingt-neuf ans; il était né le 29 mars 1643.
Il avait été peint en abbé en 1652. Il fut conseiller au Parlement en 1 661, premier président du parlement de Bretagne en 1667, intendant des finances en 1687, contrôleur général des finances en 1689, ministre et secrétaire d'État de la maison du roi et de la marine en 1690, chancelier de France et garde des sceaux en 1699, et commandeur des ordres en 1700.
Le 2 juillet 17 14, U obtint du roi la permission de se retirer.
Il avait épousé M""^ de Meaupou (Marie), de laquelle il a
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eu le comte de Pontchartrain, père de M. le comte de Maurepas.
Il fut porté le 23 décembre à Saim-Germain-rAuxerrois, et inhumé, à neuf heures du soir, dans la chapelle et sépulture de sa famille.
M. de Pontchartrain était passé à la première présidence du parlement de Bretagne, où sa charge, qui l'obligeait à la dépense, avait fort altéré ses facultés. Il vint à Paris pour y régler quelques affaires, lorsque M"* de Maintenon, qui avait formé le projet de l'établissement de Saint-Cyr, cherchait partout un homme capable et qui lui fût dévoué, pour en former et administrer le temporel. Elle avait proposé à M. de Caumartin, intendant des fmances, et alors l'homme à la mode, de vouloir bien prendre ce soin; et il l'avait refusé, de même que bien d'autres. M"** de Maintenon, fort embarrassée du choix, rencontra M. de Pontchartrain dans une des cours de Versailles, un jour d'hiver qu'il neigeait beaucoup; elle le fit appeler, et le président, lui parlant à genoux sur le marchepied du carrosse, resta nu-tête pendant route la conversation. La marquise, charmée de trouver un homme aussi capable et d'aussi bonne volonté, et tout occupée de ses idées, lui ôtait elle-même la neige qui tombait en abondance sur sa perruque, et lui dit en le quittant : « Monsieur le Président, je suis fort contente, et vous vous en trouverez bien. » Il entreprit en effet l'établissement^ et travailla utilement pour sa grande et sojide fortune, dont on voit les eflFets. Elle le fit venir pour être intendant des finances, etc.
Il avait quatre amis (dont M. Raudot, ci-devant intendant du Canada, depuis intendant général des classes de la marine, mort en 1737, était un), qui s'étaient engagés par serment à le forcer de remettre les sceaux, dès qu'ils s'aper-
cevrûent qu'il baisserait. Il les avait demandés lui-mè me au roi Louis XIV, qui, pour ne les lui pas donner, lui disait que cela Téloignerait de sa cour. M. de Pontchartrain lui dit que la cour était la demeure d'un chancelier. Le roi forcé lui dit : «Voilà la cassette, prenez-la.» Le roi le rappela un instant après: «Je n'ai pas scellé vos provisions, lui dit ce prince. — Je les scellerai moi-même, » reprit le chancelier. Depuis ce temps il ne voulut plus aller à Marly, disant que la maison de plaisir d'un prince n'était pas la demeure d'un chancelier; et les autres chanceliers l'ont suivi en cela. Qjiand M. le duc d'Orléans, après la mort des princes, eut fait arrêter Hombert, son apothicaire, M. le comte de Pontchartrain vint lui dire qu'il en venait d'expédier l'ordre, et courut aussitôt chez le roi le faire déchirer. Il dit au roi que ce serait un titre éternel d'infamie pour sa maison, qu'il y aurait des confrontations, etc.; le roi déchira l'ordre.
C'était un homme de mérite. Quand il remit les sceaux au roi, le prince s'attendrit jusqu'à pleurer; il pleura aussi. Depuis il ne vint plus à la cour que pour demander une pension pour ses secrétaires. Le roi répondit que cela était sans exemple. Il répUqua qu'il était aussi sans exemple qu'un chancelier de France eût quitté les sceaux. II ne tint qu'à lui d'être favori de Louis XV, et de reprendre les sceaux sous le régent, qui savait les obligations qu'il lui avait. Il disait que dans un État où le roi est le maître absolu, un ministre ne peut vivre qu'au jour le jour, et que les arrangements sont inutiles.