‹ [Chroniques du XVIIIe siècle]Chapitre 4 sur 47 · PRÉFACE XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XI

tout en étant sa maîtresse, elle lui donna des conseils plus sérieux et plus efficaces que ceux qu'il pouvait être en droit d'attendre dune femme à laquelle il n'avait demandé que de l'amour. Elle usa, en effets de son influence en qîielques affaires; mais rien ne prouve qu'elle ait exercé sur la marche des événements cette prépondérance que la chronique surtout a grandie outre mesure, lui donnant même une importance qu'elle n'a jamais eue. Ce qui est certain, c'est qu'elle suivit le roi à V armée lors de cette campagne de 1744 P^^àant laquelle Louis XV fit cette fanieuse maladie qui lui valut de son peuple tant de marques d* amour et de désespoir à la pensée qu'il allait peut-être mourir I Le roi était d'abord parti sans elle; mais, par un coup d'audace qui pouvait, selon l'humeur du monarque, tourner bien ou mal pour elle^ la duchesse quitta Paris presque en secret et rejoignit son royal amant au lendemain même de la prise d'Ypres, qu'on avait réduite en neuf jours. C'est à Dunkerque qu'elle retrouve le roi, et la liaison coupable s^ étale cette fois au vu et su de l'armée, et en présence des habitants de la province qui n'en pouvaient croire tous leurs yeux!... Puis survient cette maladie qui marque le point culminant de la popularité de Louis XV. Cette fois c'est la disgrâce et, mieux que cela, ^tst la honte d'un renvoi public, et d'une fuite qu'on ne peut déguiser au milieu d'une populace vengeresse, qui attribuait, dans sa colère, la maladie du roi à la maîtresse royale, Dieu voulant les punir tous les deux.

La mort de M"® de Chdteauroux suivit de prés le rétablissement du monarque. Elle mourut d'un transport au cerveau, et si inopinément, si rapidement, qu^on parla alors de poison, comme il était d usage à cette époque, chaque fois qu'un mal trop prompt enlevait quelque malade illustre, en dépit de la science médicale impuissante et aux abois. Et cependant Louis XV l'avait rappelée, sa faveur allait renaître. On a prétendu, ce

qui est m somme plus vraisemblable que le poison, que la joie de ce rappel inespéré avait tellement troublé le sang de la Châteauroux, « indisposa d'une simple fin de mois », que cette joie extravagante avait causé sa mort. Elle n'avait que vingt-sept ans,

La quatrième sœur^ M°® de Lauraguais, ne fut quHntérimairement la maîtresse du roi, qui la rencontrait soit che^ Àf"* de Mailly, soit cht:^ M"® de Vintimille. Elle ne compte donc que pour mémoire dans la liste des maîtresses royales, et son règne intime n'a pas^ à proprement parler, d'histoire. Quant à M°*® de Flavacourt, la cinquième sœur, elle osa résister, mais parce quelle ne put pas faire autrement. Elle aussi serait de^ venue volontiers la maîtresse du roi; mais elle avait un grand diable de mari qui, à l'inverse des maris de cette époque facile en matière de mœurs, tenait à l'honneur de son ménage et de son nom. Aussi, qtuind il eut vu ses chères belles-sœurs entrer successivement dans le lit du roi, il ne se trouva pas pour cela aussi comblé de gloire et de bonheur que tant d'autres qui s'étaient brusquement réjouis et congratulés de la chute de leurs filles, de leurs sœurs ou de leurs femmes, et qui en avaient recueilli de gros et riches profits. M. de Flavaconrt déclara tout simplement à sajemme, et sans grands discours, f imagine, mais sans doute à la hussarde, avec quelque propos bien net et bien catégorique, que s'il apprenait jamais qu'elle eût couché avec le roi, il la tuerait de ses propres mains et sans autre forme de procès. M^^ de Flavacourt savait bien que son mari ne parlait pas à la légère, et elle ne se le fit pas dire deux fois. Elle resta donc vertueuse obligatoirement.

En somme, deux des cinq demoiselles de Nesle sont intéressantes pour la chronique ou pour l'histoire, M"*^ de Mailly et de Chdteauroux; l'une parce qu'elle a été la première nuiîtresse

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