‹ [Chroniques du XVIIIe siècle]Chapitre 32 sur 47 · LA MARQUISE DU CHATELET · texte numérisé non relu

LA MARQUISE DU CHATELET

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MADAME du Châtelet, si célèbre par ses liaisons avec Voltaire et par ses prétendus ouvrages, se nommait Gabrielle-Émilie de Breteuil, marquise du Châtelet; elle était fille du baron de Breteuil, introducteur des ambassadeurs, et naquit en 1706.

Son mari, le marquis du Châtelet, était fils du comte de Laumont, lieutenant général des armées du roi.

Elle avait été assez bien dans sa jeunesse; mais l'âge, l'étude et les plaisirs lui ôtèrent le peu de grâces qu'elle avait reçues de la nature ; son mariage avec le marquis du Châtelet-Laumont ne l'empêcha pas de se livrer à l'étude des sciences et surtout des mathématiques.

Aidée de quelques savants qui la fréquentaient, elle fit paraître plusieurs ouvrages qui en traitaient, notamment ses Institutions de Physique^ où elle explique les principes de Leibnitz. Elle dédia ce livre à son fils, qui était son élève et qui ne fut jamais mathématicien. Elle traduisit ensuite les Principes de Newton, qu'elle préféra à ceux de Leibnitz, après avoir adopté les premiers ; inconstance de femme qui n'était pas la seule du goût de M™^ du Châtelet.

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Elle mourut à l'âge de quarante*troi$ ans» d'une suite de couches, le lo septembre 1749, au palais de LaniviUe.

Cette femme était savante par manie ; cela ne l'empêchait pas de se livrer aux plaisirs et aux amusements. En sortant de table ou du lit, il lui paraissait piquant d'aller causer de philosophie ou d'histoire naturelle ; comme elle accueillait bien les hommes de lettres et les personnes instruites, il lui était facile de se contenter à cet égard et de raisonner de toutes sortes de choses.

Ses liaisons avec Voltaire l'ont rendue célèbre plus que tout son savoir; mais l'on ne savait quelle couleur donner à leur commerce. Voici comme l'auteur de la Fie de Voltaire en parle : « Us furent inséparables pendant près de vingt ans. Cette liaison eut pour Voltaire de grandes douceurs, mais on*^ignore ce qu'elle coûta à sa tranquillité. Us se querellaient souvent ; mais ils se supportaient, parce que l'habimde de vivre ensemble les rendait nécessaires l'un à l'autre. Emilie lui pardonnait se$ bruyantes humeur$ ; lui, de son côté se montrait indulgent pour ses caprices et ses infidélités ; quoique cette femme aimât les sciences et l'étude, ses deux passions dominantes étaient le jeu et l'amour, i»

La première lui coûta beaucoup d'argent, ^t la seconde troubla le repos de Voltaire en excitant sa jalousie.

Elle parlait bien et avec feu; mais elle ne rendait pas, comme tant d'autres femmes, sa conversation piquante en relevant les ridicules de ses rivales en esprit et en beauté. Quand on lui disait que quelqu'un ne lui avait pas rendu justice, elle répondait qu'elle voulait l'ignorer.

La marquise du Châtelet, au désespoir de ce que le marquis de Guebriant, qu'elle aimait, l'avait quittée, lui écrivit une lettre par laquelle elle lui disait un étemel adieu, et

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qu'elle allait mourir, puisqu'il ne vivait plus pour elle. Comme il connaissait les emportements de la dame» il courut chez elle» Le suisse, suivant l'ordre qui lui en avait été donné, voulut lui refuser la portç. Le marquis entra de force, vola à l'appartement de la dame, qu'il trouva couchée et déjà endormie d'une forte dose d'opiiim qu'elle avait prise. D la fit secourir si promptement qu'il lui sauva la vie. Elle vit sa sottise, et, ne pouvant regagner le cœur de son amant, malgré cette forte preuve d'amour, elle se consola de sa perte avec plusieurs autres. Le baron de Breteuil, son père, en premier lieu premier commis du bureau de la maison du rçi, sous Mt de Seignelay qui le menait avec lui dans toutes ses parties de plaisir, acheta par la suite la charge d'introducteur des ambassadeurs.

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