‹ [Chroniques du XVIIIe siècle]Chapitre 33 sur 47 · LE CARDINAL COSCIA · texte numérisé non relu

LE CARDINAL COSCIA

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COMME tous ceuY qui lui ressemblent, le cardinal Coscia passait une partie de son temps et employait son revenu en intrigues de femmes et en libertinage. U s'en vantait lui-même; mais une chose dont il ne fit pas parade, fut la mystification que nous allons rapporter.

Ce prêtre, entrant un jour dans l'église, aperçut une tort jolie personne qui sortait; il la fit suivre par un de ses

valets, avec ordre de lui porter deux mille écus, et de la prévenir que Son Éminence la viendrait voir dans deux heures. L'estafier fit son ambassade avec succès; le cardinal y alla à Theure dite; mais au lieu de la jeune fille, il n'y trouva que sa mère, qui lui dit, les larmes aux yeux, que sa fille venait d'entrer dans un cloître ; qu'il y avait longtemps qu'elle voulait être religieuse; que jusqu'alors elle n'avait pas été assez riche pour y être reçue; mais que Dieu, par le canal de quelque bonne ânie, venait de lui faire tenir de quoi suivre sa vocation, dont elle n'avait pas voulu différer d'un moment l'accomplissement. La mère ajouta au cardinal qu'elle voyait bien que c'était de lui que ce secours venait, et qu'elle et sa fille prieraient Dieu pour sa santé et sa prospérité. Mais comme ce n'était point des prières que le cardinal attendait, il eut tout lieu d'être mortifié de cette ruse, et il dit en sortant : « Voilà la première qui m'ait échappé. »

Ce cardinal Coscia était au reste un mauvais sujet. Sorti de parents obscurs, il ne montra jamais d'autres talents que le mensonge et la fourberie, en quoi il excellait. Il s'était attaché, étant prêtre, au cardinal Ursini, archevêque de Bénévent, qui fut élu pape en 1730 : celui-ci récompensa l'abbé Coscia du chapeau de cardinal, et le fit en quelque sorte son premier ministre ; mais ses concussions et sa vie scandaleuse le rendirent odieux. Après la mort de son protecteur, il y eut une sentence contre lui en 1733, par laquelle ce digne cardinal fut condamné à dix ans de prison au château Saint- Ange, et privé de voix active et passive, s'il y avait lieu à l'éleaion d'un pape, c'est-à-dire, à ne pouvoir ni être élu, ni donner son suffrage.

Il mourut comme il avait vécu, en 1751.

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PALISSEAU

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LE sieur Palisseau, fils d'un fameux architecte de S. A. R. le duc d'Orléans, était très riche, et du caractère que Molière attribue au héros de sa pièce intitulée le Bour-çeois gentilhomme.

Il fut d'abord en butte à des jeunes gens de Nancy, où il faisaitsademeureordinaire, qui, pour se réjouir à ses dépens, lui persuadèrent sans peine que, sous le nom et l'équipage d'un grand seigneur, avec la dépense qu'il ferait en quelque lieu éloigné de Nancy, il se ferait considérer, et connaître sa qualité. Le dessein lui ayant plu, il se transporta avec un grand cortège dans la ville de Toul, en l'année 17 19 ou 1720, et, moyennant la grande chair et les autres plaisirs qu'il procurait aux auteurs d'un si beau dessein, on lui donna avec profusion le titre de Monseigneur^ et même celui d'Excellence. Mais par malheur, ayant été reconnu par quelqu'un qui n'était pas du complot, il fallut déloger sans trompette, de peur d'être exposé aux insultes de ceux qui, trompés par les faux dehors du prétendu grand seigneur, lui avaient fait des honnêtetés qu'il ne méritait pas.

Le peu de réussite de cette première entreprise ne dégoûta pas le sicur Palisseau. Il crut avoir trouvé une occasion favorable de se procurer les honneurs qu'il ambitionnait, et cela sans sortir de chez lui et dans sa propre

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patrie. Son Altesse Royale avait créé une chambre des requêtes du palais dans la cour souveraine de Nancy, à la tète de laquelle il y avait une charge de président. Cet emploi lui donna dans la vue, puisqu'il le mettait au-dessus du commun, et que du moins il aurait droit d'exiger de quelqu'un la qualité de Monseigneur qu'on ne pourrait pas lui refuser. L'achat de cette charge ne lui était pas difficile, il avait de l'argent plus qu'il n'en fallait pour cela ; mais il s'agissait de s'y faire recevoir : la cour souveraine de Lorraine et Barrois, qui ne voulait pas d'un pareil membre^ s'y opposait, et alléguait sa folie notoire à toute la ville. Cela ne rebuta pas le sieur Palisseau ; il sut mettre des courtisans de la première considération dans ses' intérêts, qui importunèrent si fort Son Altesse Royale, qu'elle ordonna que le sieur Palisseau serait reçu dans la charge du président aux requêtes du palais, mais à condition qu'il ne l'exercerait de sa vie. Ce qui ne laissa pas que de contenter la vanité de celui qui croyait tout gagner en occupant un poste honorable, et qui lui donnait lieu de s'attribuer des titres dans lesquels il mettait toute sa gloire.

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