LE PRINCE DE MONACO
LE jeune prince de Monaco fut accordé, de l'agrément du roi, avec M"* de Bouillon, au mois de février 1741. n y avait quelque temps que ce prince était en intrigue avec M"*« de Néry , dame d'honneur de M^^*^ de Sens ; cette dame, piquée de se voir sur le point de perdre sa conquête, mit à profit tout l'empire qu'elle avait sur le prince pour le déterminer à rompre ce mariage ; elle y réussit, car la veille du ]our pris pour les épousailles, au mois de mars suivant, il parvint à M"* de Bouillon une lettre anonyme qui l'informait de la passion du prince, et que Ton ne croyait pas qu'il songeât à d'autres engagements. Cette lettre alarma toute la famille ; M. le comte d'Évreux se chargea de s'en informer du prince lui-même. H lui représenta en eflfet qu'un gentilhomme n'avait que sa parole, qu'il ne lui était pas possible de reculer; il le vit hésiter sur sa réponse, et lui demanda l'éclaicissement des doutes qui se débitaient. Le prince se voyant pressé avoua tout, et dit qu'il n'aurait jamais d'autre femme que M°** de Néry. Toutes représentations furent inutiles. Les parents envoyèrent au roi lui en rendre compte, et Sa Majesté leur accorda une lettre de cachet qui exila notre amoureux à la citadelle d'Arras.
La cause de cette incartade étant trop connue, on engagea
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M"* de Sens à consentir à remercier M™* de Néry pour qui elle avait beaucoup d'amitié.
Toutes les portes de la famille furent fermées au prince, quand il voulut s'y présenter pour en prendre congé.
M** de Néry était, avant son mariage. M"* de... qu'avait épousée M. de Pierrecourt, marquis de Néry, mort il y a environ trois ans. On avait soupçonné sa femme d'avoir contribué à abréger ses jours, parce que l'on savait publiquement qu'il n'avait pas lieu d'être satisfait de sa conduite.
M. de Pierrecourt, son second firère, qui était capitaine au régiment du roi, n'a pas été plus heureux en femme^ Il avait épousé, en 1737, une fort jolie Suissesse dont il s'était emmouraché sur la fin de la dernière guerre. Cette dame de nouvelle création, peu reconnaissante de la sottise que son mari avait faite pour l'amour d'elle, écouta quelque autre amant. Un jour de l'été 1740, elle alla souper en ville ; le mari, inquiet de son absence, et qui avait quelque soupçon de la décoration de son front, se mit en embuscade autour de sa maison pourvoir arriver madame, qui ne lassa point sa patience, quoiqu'elle se retirât fort tard; et n'ayant vu personne qui l'eût accompagné, il monta derrière le carrosse pour descendre à sa remise, et fit tant par promeses ou par menaces, qu'il sut du cocher où il avait pris la dame qu'il venait de ramener. Le cocher le mit sur la voie, dont cet imprudent mari ne fut pas plus satisfait, mais plus éclaird selon ses soupçons. Il revint coucher chez lui; mais dès le lendemain matin, madame n'étant pas résolue d'attendre une explication de son mari, dont elle n'avait pas ignoré la démarche, elle alla implorer la protection de M"*" la duchesse du Maine, qui la reçut avec bonté, mais qui ne jugea pas à propos de la garder longtemps, dans la crainte
PORTRAITS ANECDOTIQDES I3I
que M. de Pierrecourt, s'il était informé de sa retraite, ne vînt redemander sa femme avec éclat. Précisément elle se trouva grosse, avec certitude que son mari n*y avait pas la moindre part; ce qui lui fit prendre le parti d'aller passer le temps de sa grossesse et de ses couches chez un accoucheur. Le mari en a été apparemment informé ; car se promenant au Luxembourg le 23 mai 1741, il rompit brusquement une compagnie de deux dames, en soufleta une, leva la canne sur un homme sans épée qui les accompagnait, et continua son chemin pour aller entendre la messe aux Carmes. On a su que cette fetnme était celle du chirurgien qui avait prêté ses secours à M°® de Pierrecourt. Quelques personnes voulaient qu'on arrêtât M. de Pierrecourt; mais le suisse dit qu'il n'avait rien vu, et qu'il ne croyait pas devoir le faire.
Cette dame, après ses couches faites, et avoir depuis resté quelque temps dans un couvent, s'est retirée chez ses père et mère en Suisse, où elle a vu arriver le temps de miséricorde. Son man étant retourné la chercher, il la ramena à Paris, où depuis ils vécurent ensemble (1742).
Dès le mois d'octobre 1741, M. le prince de Monaco avait aussi vu finir son exil, et il reparut à la cour dans ce temps-là.