‹ [Chroniques du XVIIIe siècle]Chapitre 5 sur 47 · PRÉFACE XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XIII

du roi qui puisse être sûrement signalée, et que ses aventures amoureuses y terminées par un repentir sérieux et durable, rap^ prochmt en certains points son souvenir de celui de la douce La Vallière; Vautre parce qu'elle exerça sur le roi une influence qui eut y s'il en faut croire les annalistes du temps, quelques sérieux résultats.

Une bourgeoise, une simple bourgeoise, et, qui pis est, la fille d'un homme accusé de malversations dans l'entreprise de fournitures de vivres militaires, succéda dans le cœur du roi à toutes ces grandes dames. La fille Sun Poisson, la petite-fille d'un Lamoihe, employé subalterne aux vivres des Invalides, va devenir pendant vingt ans V arbitre de la France et de l'Europe I La chronique a même raconté qu'elle était la fille et la petite-fille de deux marchands bouchers, ce qui est inexact. La confusion provient de ce fait que son père et son grand-père avaient l'entreprise de la fourniture des vivres aux armées et aux Invalides, et que, par suite, ils étaient forcément en rapports continuels avec les marchands bouchers auxquels ils achetaient leur viande. On a fait encore, à ce sujet^ bien d'autres allusions d'une nature quelque peu grasse et sur lesquelles il est inutile d^ insister autrement. Il résulte de tout ceci que pour n'être point fille d'un boucher. Ai"® Poisson, devenue M"** d'Étiolés, puis créée marquise de Pompadour n'était pets non plus d'une extraction absolument relevée. Mais elle reçut une éducation première des plus brillantes ; elle avait l'esprit d'une grande dame, si elle n'en avait pas l'origine, et cet esprit fut développé outre mesure, en vue, assure-t-on, de la royale conquête à laquelle on la prépara dès qu'on put constater que sa beauté la mettrait à mime de V entreprendre. Les documents empruntés par Roger de Parnes, oit à Boisjourdain, soit à la Vie privée de Louis XV, donnent ici de suffisants détails sur la Pompadour; je me borne à citer

son portrait^ à V époque où naquit sa faveur, et qui a été peint de couleurs si vives et si brillantes par les frères de Concourt :

« Des aptitudes merveilleuses, une éducation savante et rarCy avaient donné à cette jeune femme tous les dons et tous les agréments qui faisaient d* une femme ce que le XVIII^ siècle appelait une virtuose, un modèle accompli des séductions de son sexe. Jeliotte lui avait appris le chant et le clavecin; Guibaudet, la danscy et son chant et sa danse étaient d'une chanteuse et d'une danseuse de l'Opéra; Crébillon lui avait enseigné, en ami de la maison, la déclamation et Vart de difCy et les amis de Crébillon avaient formé son jeune esprit aux finesses ^ aux délicatesses, aux légèretés de sentiment et d'ironie de Vesprit d'alors. Tous les talents de la grâce semblaient réunis en elle. Nulle femme qui montât mieux à cheval; nulle pour danser plus légèrement; nulle pour emporter plus vite l'applaudissement avec le son de sa voix ou l'accord d'un instrument; nulle pour rappeler d'une façon meilleure le ton de la Gaussin ou V accent de la Clairon ; nulle encore pour conter d'un tour plus piquant. Et là où les autres pouvaient lutter avec elle sur le terrain de la coquetterie, elle l'emportait sur toutes par son génie de la toilette, par la tournure qu'elle prêtait à un chiffon, par l'air qu'elle doûnait au rien qui la parait, par la signature que son goût mettait à tout ce qu'elle portait....

(( Pour plaire et charmer, M^^ Poisson avait encore son visage, un teint de la plus grande blancheur, des lèvres un peu pâles, mais des yeux d'une vivacité de feu, des regards qui semblaient une flamme et qui voilaient d^ éclairs l'air de langueur de sa nature lymphatique et le dessin de ses traits qui n'avaient rien de très pur. Puis c'était encore de magnifiques cheveux châtains, des dents à ravir, et le plus délicieux sourire, qui creusait à ses joues les deux fossettes que nous montre l'estampe de la fardinière ; c'était une

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