PRÉFACE XV
taille moyenne et ronde, admirablement coupée, des mains parfaites, un jeu des gestes et de tout le corps vif et passionné, et pardessus tout une physionomie d*une mobilité, d'un changement, d'une animation merveilleusey oU F âme de la femme passait sans cesscy et qui, sans cesse renouvelée, montrait tour à tour une tendresse émue ou impérieuse, un sérieux noble ou des grâces fri-ponnes. »
La Pompadour eut Fart de conserver longtemps sa faveur, et de la faire durer même au delà de la satiété d'elle-même que ressentit le volage Louis XV bien avant la mort de sa maîtresse. Non seulement, pour garder son pouvoir, elle supporta les infidélités du roi, sans jamais s'en plaindre, mais elle alla jusqu'à les favoriser. Ce fut là qu'éclata sa grande habileté. Elle eût perdu son influence en peu d^ années, si elle n'avait su faire à temps toutes les concessions nécessaires. Elle se fit donc quelque peu entremetteuse — le mot n'est pas de trop — pour le compte du royal débauché, auquel, par un raffinement de sa déhauche même, il fallait des amours plus jeunes au fur et à mesure que lui-même avançait en âge. Oest alors que la Pompadour imagina r installation de cette petite maison, voisine du château de Versailles, connue sous le nom de Parc aux Cerfs, et dont la légende a si singulièremeni exagéré l'importance. A en croire d'ailleurs ce que le gros du public croit encore aujourd'hui, cette maîtresse bien avisée aurait rassemblé dans ce lieu, singulièrement embelli et agrandi par l'imagination des chroniqueurs, une sorte de sérail oà le monarque blasé n'avait quà choisir au milieu de jeunes et fraîches beautés journellement renouvelées. M. Le Roiy le savant bibliothécaire de Versailles, a réduit à leur juste proportion les exagérations de cette anacréontique légende, qui a été fabriquée par les libellistes du temps et répandue surtout à Londres et à Amsterdam, du vivant même de la favorite et du roi. La vérité
est que le roi ne pouvant recevoir che:^ lui y au vu et su de toute la cour, les jolies filles que sa maîtresse lui procurait, se rendait pour se rencontrer avec elles dans la petite maison dont nous par^ Ions plus haut y maison de tris ordinaire apparence et insuffisante surtout pour contenir plus d^une ou deux pensionnaires à la fois.
Mais écoutons à ce sujet M. Le Roi. Voici quelques passages bien topiques empruntés à l'étude quHl a consacrée au Parc aux Cerfs dans ses Curiosités historiques (i vol. in- 8^, chez^ Pion, 1864) :
« V ignorance où Von était généralement sur cette maison, sa grandeur et son arrangement, le nom de Parc aux Cerfs toujours donné à cette habitation, tandis que c'était celui du quartier ou elle était située, lui ont fait attribuer beaucoup plus d^ importance qu'elle n'en avait réellement y et sont la cause des exagérations dans lesquelles sont tombés à ce sujet plusieurs historiens.
« La maison était petite; il était impossible qu'il y séjournât plus d'une demoiselle à la fois y avec la dame chargée de la garder et le domestique nécessaire pour les servir.
« ... Cette fameuse maison (revendue en 1771 par le roi moyennant 1 6 yOOO francs) était placée au n^ 4 de la rue Saint- MéderiCy à Versailles. »
Quoiqu'il en soit, le bruit public colportait partout les histoires les plus inouïes sur ce fameux Parc aux CerfSy et Von allait jusqu'à dire que la favorite faisait enlever par ses agents les filles qui lui étaient signalées pour leur beautéy quand elles ne voulaient pas condescendre de leur plein gré à ce qu'on attendait d'elles. Quelques filles firent même grand scandale des proposions qu'on leur avait faites, et Inattention du roi se trouva un jour appelée, par une réclamation de ce genre qui parvint jusquà luiy sur une bellcy de meilleure famille que les autreSy plusfiére.