PRÉFACE XVII
OU plus adroite peut-itrCy dans tous les cas, et qui joua nurnientaniment un petit rôle dans la vie amoureuse du monarque.
Citait une demoiselle Romans, à laquelle on avait proposé de se rendre à la petite maison où le roi r attendrait. Mais elle fit des difficultés, résista aux offres d* argent comme aux intimidations qui lui furent faites^ et finalement elle écrivit au roi une lettre en apparence indignée, mais où elle laissait bien voir qu'elle consentirait à tout ce quon voudrait, ailleurs que dans la maison du Parc aux Cerfs, Le roi voulut la voir, et l'entrevue eut lieu dans un petit appartement de Trianon où Louis XV se rendait sans apparat et sans grande suite, deux ou trois fois la semaine. M^* Romans lui plut y et il s* attacha à elle d'une manière qui menaça un moment de devenir sérieuse. Comme Roger de Parnes n*apas cité Af ^® Romans dans le chapitre de ce volume consacré aux maîtresses royales^ je donnerai ici le passage de la Vie privée de Louis XV qui raconte cette petite aventure :
(r Entre la foule des beautés offertes à son choix, le roi avoit distingué une demoiselle Romans y fille point mal née, asse^^ bien éduquée, ingénue et qui, résistant à ses premières caresses, n'avoit voulu les recevoir quà condition de ne point entrer dans ce sérail infâme, où étoient indistinctement confmtdues ses semblables. Sa Majesté s^y étoit attachée, lui avoit acheté une maison à Passy, où la jeune personne étoit accouchée d'un fils. Le Roi, enchanté, lui avoit permis de le faire baptiser sous son nom, avec promesse de le reconnaître en tems et lieu, exigeant sur cel^ le silence jusqu'à ce qu'il lui plût manifester sa volonté. Af"* Romans avoit nourri elle-même cet illustre poupon, et, le considérant moins comme son enfant que comme celui de Louis XV, elle avoit la puérilité de lui rendre des hommages anticipés ; elle ne l'appelloit jamais que Monseigneur ; elle le mettoit sur le derrière de son carrosse et se tenoit sur le devant comme sa gouvernante; elle exigeoit les mêmes
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hommages, non-smltment de ses domestiques et de sa famille, mais de tous les étrangers qui venoient che^ elle. Longtems le Roi, flatté intérieurement de cet enfantillage^ Vavoit toléré, paru que, circonscrit dans les bornes de sa maison, il tCen transpiroit rien au dehors. D'ailleurs, cette sultane subalterne vivoit dans une retraite profonde, montroit beaucoup de modestie, édifioit même, autant que le comportoit son état, ses voisins et son curé, sefaisoit aimer généralement par sa bienfaisance et ses charités; surtout elle ne se méloit en rien des affaires. Cest ce qui avoit empêché Àf"® de Pompadour, et depuis les ministres, d'en prendre aucune jalousie. Mais quels asiles ne viole pas l'intrigant? quel repos ne trouble-t-il pas, quand dest utile à ses projets? Un certain abbé de Lustrac, homme de condition, voyant la maîtresse en titre morte sans are remplacée, crut le moment favorable, et s'impatronisa che^ M"* de Romans, sous prétexte de concourir à l'éducation de son fils. Elle a peu d'esprit; il gagna sa confiance; elle fut bien-aise de trouver en lui un conseil, un homme en état décrire ses lettres au Roi.
« Quoiquelle ne fût pas tourmentée de V ambition d^itre la favorite en titre, il la prit par son foible pour son enfant et lui fit sentir la nécessité de presser Sa Majesté d'effectuer sa parole royale à l'égard de ce gage précieux de son amour. Plus le monarque éludoit de la remplir, plus il lui faisoit sentir la nécessité de réveiller sa tendresse; il lui fit concevoir que le Roi ne pouvoit donner un état au jeune prince sans consolider celui de la mère et h rendre inébranlable. Il flatta tellement son orgueil, qu'elle se répandit plus au dehors, qu'elle affecta des airs de grandeur, et ne dissimula pas les titres sur lesquels ils étoient fondés. Elle croyoit par là forcer en quelque sorte l'auguste amant à accélérer l'instant désiré. Il en arriva tout autrement. Louis XV prit de l'humeur, et les ministres, qui se trouvoient très-bien d'être débar-
PRÉFACB XIX
tds'sis du joug d'une maîtresse impérieuse^ frétant pas disposés à en voir renaître une seconde, aigrirent le monarque. Un beau matin on vint enlever M^^ de Romans fort durement, on la con^ duisit dans un couvent par lettre de cachet. On la sépara de son fils y mis dans un collège, sans quelle sût quel il étoit, et le confident fut resserré étroitement dans un château fort. Ainsi se dissipa ce complot, et le public, qui ignoroit la cause secrète d'un tel événement, l'attribua d la résipiscence du monarque pécheur. >
Mais la marquise de Pompadour était morte avant la fin de la liaison du roi avec M"® de Romans, Elle voulut ^ jusquà sa dernière heure, rester grande dame, toujours jeune et belle, au moins d'apparence, la figure rajeunie et entretenue par mille artifices de toilette qui ne faisaient plus d'illusion qu'à elle seule ^ avec un éternel sourire sur les lèvres. Elle se confessa, fit amende publique honorable pour les scandales qu'avait causés sa vie, relut et compléta son testament, et mourut plus dignement, en somme, qu'elle n'avait vécu. Le jour qu'un fourgon emporta son corps du palais de Versailles à Paris, le roi était à sa fenêtre et le regarda partir, et, comme il pleuvait à torrents, ce sceptique couronné s'écria : « La pauvre marquise, elle a bien mauvais temps pour son dernier voyage!,., » Telle fut l'oraison funèbre de sa maîtresse prononcée par le roi Louis XV,
Quant à lui, sa fin fut moins digne et moins tranquille que la sienne, et le doigt de Dieu se fit voir, à ce propos, d'une façon que les contemporains considérèrent comme évidente et miraculeuse. Le roi mourut de l'excès mime de ses débauches, La relation de sa mort a été très curieusement écrite, en quelque sorte heure par heure, par le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, qui en fut le témoin oculaire, et par le baron de Besenval. f'ai rédigé moi-mime, d'après ces deux relations, un récit dans lequel je les
ai fondues touUs deux en les augmentant de renseignements empruntés à d'autres sources également authentiques. Voici les principaux passages de ce récit, que j'ai publié^ il y a une quin- :(aine à! années aujourd'hui, successivement chex^ les libraires Rouquette et Achille Faure :
« Le mardi 26 avril I774y le roi, déjà mal disposé, se rendit à Trianon avec la comtesse Du Barry pour assister à une chasse qu'il avait commandée pour le lendemain.
i( Le mercredi 27 au matin, le roi se sentit incommodé de douleurs de tête, de frissons et de courbatures. Il ne voulut pas cependant que la chasse fût contremandée^ et mémcy espérant que l'exercice pourrait lui être salutaire, il désira y assister. Il partit en voiture ; mais, n'éprouvant aucun mieux, il ne put monter à ehevaly resta dans son carrosse, et revint à Trianon vers cinq heures et demie, en se plaignant de plus en plus de violents maux de tête.
« Mais le roi s'obstina à ne pas se croire malade, et y refusant de voir ses médecins^ il s'enferma dans les appartements de ^mc Df^ Barry, où il prit plusieurs lavements , pensant que son malaise provenait d'une simple indigestion. Pendant la nuit, comme il allait plus mal, on fit chercher au plus vite Lemonnier, son premier médecin. Celui-ci trouva de lafiévre, mais ne parut pas inquiet. M"*" Du Barry fut plus rassurée, et elle résolut, de concert avec le duc d'Aumont, premier gentilhomme de la chambre, de garder le roi à Triawn jusquà sa guérison, sans faire prévenir la famille royale, qui était restée à Versailles. La favorite passait, par ce moyen, plus de temps seule auprès de son royal ainani, et surtout elle satisfaisait son aversion contre le Dauphin, la Dauphine et Mesdames filles du roi, quelle comproinettait en les tenant éloignées de Louis XV, Toutefois , elle 'fit part du parti qu'elle avait pris au premier