‹ [Chroniques du XVIIIe siècle]Chapitre 8 sur 47 · PRÉFACE XXI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXI

ministre, le duc d'Aiguillon, sa créature, qui accourut anssitôt.

Cependant, malgré les précautions prises, l'état du roi fut bien vite connu à Versailles. La famille royale ri osa point venir sans être appelée; mais le Dauphin^ qui voulait voir le roi quitter Trianon pour se faire soigner à Versailles, lui dépécha son premier chirurgien^ La Martinière, qui avait beaucoup d'influence sur Sa Majesté^ et qui, de plus, jouissait auprès d'elle d'une <^rande liberté de paroles et d'allures.

La Martiniére n aimait pas M°® Du Barry, et il n'avait pas, d'ailleurs, les mêmes intérêts que Letnonnier pour ménager la favorite. C'était un honnête ^homme^ brusque, mais fermey et qui résolut de forcer le roi à partir.

Il arriva à Trianon dans la journée du 28 avril.

Il vit aussitôt le roi, et, malgré sa résolution de ne pas quitter cette résidence, il lui conseilla fortement de revenir à Versailles.

Louis XVy qui n'avait jamais eu dans sa vie que la volonté des autres, se laissait presque toujours persuader par celui qui lui parlait le dernier. Il écouta son médecin, et, malgré les cris et les plaintes de M""* Du Barry, il décida quon partirait pour Versailles dés que les carrosses seraient arrivés. La Martiniére commanda lui-même qu'on les apprêtât, et il veilla de sa personne à r exécution de cet ordre.

Quand les voitures furent prêtes^ le roi fut porté dans la sienne en robe de chambre, emmcillotté de toutes façons^ et on du^ aller au pas de Trianon à Versailles. Il se mit au lit aussitôt qu'il fut arrivé, et reçut la famille royale, mais pendant un instant seulement; en le congédiant, il dit au Dauphin de ne revenir que quand il le ferait appeler. Puis il passa avec M^^Du Barry le reste de la soirée.

La nuit fut mauvaise, la fièvre augmenta^ et les douleurs de

Me devinrent plus fortes. Le roi ne dormit pas et eut mime quelques hallucinations.

Le lendemain vendredi 2^ avril au matin^ Lenumnier et La Martiniére entrèrent en conférence^ et ils décidèrent qu'il fallait saigner le roi. Us demandèrent ensuite à Sa Majesté de leur adjoindre d^ autres médecinSy pour ouvrir une consultation permanente. Le roi, conseillé par Af°** Du Barry, fit indiquer Lorry et Bordeu, médecins de la courtisane et du duc d'Aiguillon. De son côté, Lemonnier demanda Tadjonction de Lassonne, médecin de la Dauphine.

Vers midi, les médecins appelés pour la consultation étant arrivés, une partie de ceux qui avaient leurs entrées pénétra avec eux dans la chambre du royal malade. Louis XV, inquiet, interrogeait successivement ses docteurs, leur donnait à tour de rôle son pouls à tâter, parlait remède et médecine ,et, tâchant de s'illusionner lui-mime, il leur demandait presque de ne point l'effrayer en lui disant trop crûment la vérité sur sa position. Ceux-ci, ne connaissant pas encore la véritable maladie, n'osaient trop se prononcer. Ils parlèrent de faire une deuxième saignée dans l'après-midi. Mais cette seconde saignée ne produisit pas tlus d'effet que la première. La fièvre était toujours trèsforte^ le mal de tête persistant, et le roi tris abattu. Néanmoins, vers cinq heures, il envoya chercher ses enfants et les garda pendant une demi-heure autour de son lit, mais sans leur dire une seule t>arole. La soirée ne fut pas bonne; la fièvre augmenta, et le roi fut plus effrayé que jamais. M. d'Aumont voulut en ce moment amener Af°' Du Barry auprès du lit de son royal amant, mais les grands officiers et les médecins s'y opposèrent inergiquement, et il y eut mime une scène asse^ vive entre eux et lui; il fut obligé de céder, et la favorite, furieuse, s'en alla narrer ses mécomptes au duc d'Aiguillon, aussi inquiet et contrarié qu'elle, et redou-

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