‹ ChroniquesChapitre 102 sur 562 · CHAPITRE CH · texte numérisé non relu

CHAPITRE CH

Comment le roi envoya les mamlemenls de la paix à ses oITî ciers pour publier par tout son royaume ès ümjx accomuniés, et d’autres matières qui advinrent en ce temps.

'< Charles , par la grâce de Dieu , roi de France, au bailti d’Amiens ou à son lieutenant, salut. Entre les cures des besognes que nous avons et devons avoir pour le bien et utilité et conservation de notre domination , le souverain désir que nous avons, c’est de nourrir paix , amour et union entre nos sujets, et d’eux préserver de tout notre pouvoir des griéves oppressions et inconvénients, lesquels par dissensions et grandes guerres sont advenus, afin que dessous nous ils puissent vivre en bonne paix et tranquillité. El pource que plusieurs discords et inconvénients ont été en notre royaume entre plusieurs de notre sang et lignage et autres complices et adhérents , dont plusieurs grands dommages se sont ensuivis à nous et à nos sujets , et étoient encore en aventure de devenir plus grands , si par nous n’ètoit sur ce pourvu de remède convenable , de laquelle chose nous avons eu au cœur déplaisance tant que plus ne pouvions :

» Pourquoi, faisons savoir que, parla grâce du souverain roi des rois, qui est notre créateur et sauveur et créeur et donneur de toute paix, et par le moyen et bonne diligence de notre très cher et très amé premier fils , duc d’Aquitaine, dauphin de Vienne, et de plusieurs autres, qui en ce ont mis peine et labouré de tout leur pouvoir, nous avons mis et ordonné bonne paix entre les devants dits de notre sang et lignage, par certaine forme et manière contenue et déclarée és traités et accords sur ce faits. E quels est expressément contenu (jue les devant dits de notre sang et lignage ont porté et fait toute la rancune et malivolence qu’ils pouvoient avoir contre tous ceux qui s’éloienl entremis des débats tant d’un côté comme d’autre. Laquelle paix les devant dits de notre sang et lignage, en la présence de notre dit fils et de plusieurs prélats et autres notables personnes , ont juré à tenir et garder fermement et slablemcnl, sans en aucune manière l’enfreindre , et aussi de h maintenir et observer perpétuellement, comme autrefois ils

ont juré, si comme ce peut aiiparoir par nos autres lettres sur ce faites.

» Pour cpioi nous le mandons et expressément enjoignons que la dite paix, de par nous, solennellement, à son de trompe, en notre ville d’Amiens, par tous les carrefours, et ès autres villes et lieux accoutumés ù faire proclamations en tout le bailliage, lu fasses crier et publier , en faisant commandement de par nous à tous nos sujets que la dite paix ils tiennent feiine et gardent sans enfreindre, sur toutes les choses qu’ils peuvent envers nous méfaire ; en eux défendant de par nous, sur peine de perdre corps et biens, que nul, de ([uelconque état , dignité ou condition qu’il soit , ne soit tant hardi qu’il ose la dite paix enfreindre, ni faire chose ou dire qui puisse être au contraire d’icelle.

» En outre , par la teneur d’icelle te mandons , et comme dessus enjorgnons que tous ceux qui enfreindront la dite paix, soit de fait ou de parole, et qui ne se seront trouvés coupables par information ou autrement duement chargés , tu les punisses et corriges , ainsi comme violeurs et enfreigneurs de paix doivent être punis publiquement , tellement que ce soit exemple à tous autres.

» Df.nné à Melun, le septième jour de septembre l’an de grâce 1412, et de notre régne trente-deux.

» Ainsi signé par le roi, à la relation du conseil tenu par monseigneur le duc d’Aquitaine, messeigneurs les ducs de Berri, de Bourgogne, Orléans , Bourbon et les comtes de Vertus et d’Alençon , et Jean de Bar et autres présents.

>' Mauregvrd. »

Or est ainsi que les Anglois dessus dits , qui étoient venus pour secourir la cité de Bourges, comme dessus est touché , lesquels furent par toute la marche de Constantin épandus, vinrent là és pays du Maine et de Touraine , et de par tout le pays à l’environ, tout gâtant par feu et par épée. Pour quoi fut ordonné à I\Ielun, au conseil du roi, auquel présidoit le duc d’Aquitaine, lieutenant du roi son père , et si y étoient le roi de Sicile, les ducs d’Orléans, de Berri , de Bourgogne et de Bourbon , le comte de Vertus, h's chanceliers de France, d’Aquitaine et d’Orléans , les seigneurs de Torsy et d’OITemont , et aucuns autres , le

prévôt des marchands, les échovins, et le conseil de Paris , que tous les nobles et non nobles, atout bal illeinents de guerre, fussent mandés à Chartres , et que là fussent le huitième jour d’octobre prochain ensuivant ; auqu(“l lieu ri‘çurent leurs g ges et soldes pour la défense du royaume , atin que les anciens ennemis du roi fussent mis dehors. ])e laquelle ordonnance furent faites leltres-royaux et signées par notaires , cl scellées du grand scel du roi ; et après, par tous les bailliages et sénéchaussées du royaume de France , furent envojées et publiées ; et les devants dits princes et autres , chacun à part lui , firent leur mandement au dit huitième jour d’octobre.

Ceux de Paris, qui plus étoient affectés que les autres, tantôt et hâtivement firent leur assemblée d’hommes d’armes et de trait à Paris ; les aucuns à ]\Ielun, et les autres ailleurs en leurs marches : cl ainsi vues et reçues les lettres-patentes du roi , chacun fil son mandement de gens ; mais par le duc de Berri et les autres de son parti, qui étoient tenus aux Anglois d’une grand’ somme d’argent pour leurs gages, c’est à savoir en la somme de deux cent mille écus, lesquels si on leur eût payés , comme on leur avoil promis, ils étoient tout prêts d’eux retourner en Angleterre, fût par le pays d’Aquitaine ou de Bordeaux : mais iceux seigneurs , qui avoienl tout épuisé en leurs pays, ne pouvoient trouver finances pour quelconques traités ni moyens qu'ils pussent faire : et par ainsi fut tout rompu et éloigné. El ce pendant, le roi Louis s’en retourna en Anjou pour assembler gens et puissance à défendre ses pays contre les Anglois, qui fort l’approchoient.

En lesquels jours aussi le duc d’Aquitaine remit et restitua en l’office de son chambellan l’aîné fils de fou Monlagu , jadis grandrnaître-d’hôlel du roi ; et à la prière du duc d’Aquitaine lui furent rendues et restituées, de par le roi , toutes ses terres et possessions , qu’il avoit de son patrimoine héréditablernent de son père ; et avec ce lui fut rendu le chef de son dit père, nonobstant quelconques confiscations : et ainsi reçut l’hoirie paternelle de scs père et rnére. El un certain jour du vépro, le prévôt de Paris et son bourrel, accompagné de douze hommes ou environ , tenant fiainbcaux allumés , et portants réchollc, avec un

prfiire v6lu d’une aube et paré de fanon ol élolo, ^inrenl ès halles : el lantôl le bourrel par la di'(! éch. lle monta où le dit chef étoil , lequel il ôta de la lance où il éloii fiché, et lù fut mis en un moult bel suaire que le prêtre tcnoit : lequel , enveloppé dedans par le dit prêtre, fut mis syr son épaule , et de là porté en la compagnie dessus dite, les dits flambeaux ardant , en l’iiôtel du dit feu IMonlagu , grand-maître-d’hôiel dessus dit. Et pareillement fut son corps ôté du gibet de IMontfaucon, le dit prévôt présent et son 1 ourrel , et fut rendu et apporté à Paris : lequel fut joint avec le chef et enclos en un sercus , et porté en la compagnie des enfants de lui et de ses amis , à grand’ compagnie et triomphe de prêtres chantant et de luminaire, à .Marcoussy. Et là en l’église d(>s célcstins, laquelle quand il vivoit avoit fait fonder et fait un couvent de religieux, mouit honorablement fut enterré. Et entre les autres biens qu’il fit quand il vivoit, il donna à l’église do Notre-Dame de Paris celle grande cloche, huiuelle il fit nommer Catherine, comme il appert par scs armes et son timbre, qui sont autour d’icelle.

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