CHAPITRE XI
Commcnl messire Jacques de Bourbon, comlede La Marche, et ses deux frères furent envoyés de par le roi de France en l’aide des Gallois, et autres inaiièrcs.
Messire Jacques de Bourbon , comte de La IMarchc , en cet an , accompagné de ses deux frères , c’est à savoir Louis et Jean , cl douze cents chevaliers et écuyers , furent envoyés de par le roi de France au port de Brest en Bretagne, pour aller en Galles à l’aide des Gallois contre les Anglois : et là monta au navire qui apprêté lui étoit, très bien garni de toutes besognes nécessaires. Si cuida aller arriver au port d’Armue , mais le vent lui fut contraire , par quoi il n’y put aller. Et adonc vit icelui comte partir sept nefs qui éloient pleines de diverses marchandises , cl alloient au port de Pleinemue. Si les suivirent hâtivement; et tant que les hommes qui éloient dedans les sept nefs dessus dites entrèrent dedans leurs petits bateaux et se sauvèrent au mieux qu’ils purent. Et le comte et ses gens prirent et emmenèrent icelles nefs et tous les biens ; puis alla au dit port de Pleinemue, et l’exilla par feu et par épée ; et de là alla en une petite île nommée Sallcmue i, laquelle fut pareillement dé-
ble et amiral d’Angleterre, fils d’Edmond de Langey, duc d’Vork.
' Je ne vois pas quelle peut cire celle île. Si le nom ne se rapprochoil de celui de la ville de Falmoulh, à la
truile , à laquelle île prendre furent faits nouveaux chevaliers les deux frères du dessus dit comte, c’est à savoir : Louis comte de Vendôme, et Jean de Bourbon, qui étoit le puîné, avec plusieurs autres de leur compagnie. En après, quand ledit comte de La IMarche et ses gens eurent lô séjourné par trois jours, doutant que les Anglois, qui pour les combattre s’assembloicnt, ne vinssent à trop grand’ puissance sur eux, se partirent de là pour aller et retourner en France /Mais quand ils furent entrés en mer, une grande tempête se leva, qui dura par trois jours ; de laquelle furent péries douze de scs nefs et ceux qui étoient dedans. Et le dit comte atout le surplus s’en vint à grand péril pour la dite tempête arriver au port de Saint- Maclou, et de là s’en alla à Paris devers le roi de France. En cet an, le duc Philippe de Bourgogne fit la fête, et solennisa très authentiquement les noces et le mariage de son second fils, Antoine, comte de Bethel, qui depuis fut duc de Brabant, et de la seule fille de Waleran, comte de Saint-Pol ; laquelle il avoit eue de la comtesse Mehault, sa première femme, sœur jadis au roi Richard d’Angleterre. Laquelle fêle fut moult notable, et y eut plusieurs princes et princesses, avec très noble chevalerie; et soutint le dessus dit duc de Bourgogne tous les frais et dépens d’icelles.