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CHAPITRE CXIX

Commont le roi Louis envoya la fille du duc de Bourgogne ; el des lettres que le dit due en>oya devers le loi, cunleiiant plu.sieuis remoulraiiccs, et autres matières.

Le vingtième jour du mois de novembre, le roi de Siciic fit ramener en la cité de Beauvais Catherine, fille au duc.lean de Bourgogne, laquelle devoit être épousée à Louis, fils aîné du dit roi de, Sicile, ainsi comme par a\ant du consentement des deux parties avoit été traité ; et sur ce par le dit duc lui avoit été envoyée en très honorable état. Mais, comme dit est, après la renvoya , accompagnée du seigneur de Longny, maréchal de France , et aucuns autres jusqu’au nombre de six vingts chevauclieurs, chevaliers et écuyers, dames et damoiselles du dit duc de Bourgogne, pour cette cause là envoyés par lui. Et d’iceux fut reçue et ramenée en grand’ tristesse jusqu’à Amiens, et de là à Lille, devers son père le duc, qui de ce grandement fut troublé , et conçut pour cette cause grand’ haine à l’encontre du dit roi de Sicile, laquelle dura toute leur vie. Et depuis, sans avoir été mariée, mourut en la ville de Gand icelle dame Catherine de Bourgogne, laquelle étoit, selon sa jeunesse, une très gracieuse dame.

Auquel mois le dessus dit duc de Bourgogne envoya à Paris devers le roi une lettre missive contenant, après ses très révérentes salutations, les complaintes de lui et ses excusations et accusations qu’il faisoit contre ses adversaires, desquelles la teneur s’ensuit :

« .Tean , duc de Bourgogne , comte de Flandre, d’Artois et de Bourgogne.

« Mon très cher et très redouté seigneur, je me recommande à vous tant comme je puis, et suis désirant continuellement, comme droit est, de savoir de \otre bon état, que Dieu par son plaisir veuille toujours continuer et maintenir de bien en mieux selon votre bon dé ir et vouloir! Pourquoi je vous supplie très humblement , mon très cher et très redouté seigneur, que plus souvent j’en puisse être de vous et par vos lettres bien et duementacertené; car Dieu sait, mon très cher et redouté seigneur, comment je désirede vous voir en bonne prospérité; et ne puis avoir plus grand’ consolation ni plus parfaite joie en ce monde

(ju’ouir bonnes nouvelles de vous, que Dieu par sa sainte grâce me doint toujours ouir! el savoir telle si bonne que vous voudriez , el que je voudrois et desirerois pour nioi-ni6me.

» Très cher et très redouté seigneur, si de votre grâce el humilité vous plaît savoir de mon étal , i’élois au département de cette en très bonne santé de ma personne, grâce à Diim, qui toujours vous veuille semblablement octroyer. Très cher et très redouté sire, je liens bien être en votre bonne mémoire comment par votre ordonnance du conseil de mon très redouté seigneur monseigneur d’Acjuilaine , votre fils el le mien, de plusieurs seigneurs de votre sang et de votre grand-conseil , el à la grand’ el humble requête de votre fille l’université de Paris el des gens d’église d’icellc ville , du prévôt des marchands et des échevins, et généralement des autres bonnes gens de votre dite ville, certaines ordonnances, tant de votre dit grand-conseil comme de plusieurs autres grands seigneurs et conseillers des dits seigneurs et du mien de la dite université el de l’église de la dite ville de Paris, a avoir paix et union des seigneurs de votre sang pour le bien qui en peut advenir à vous cl à eux, et généralement à tout votre royaume , et mémemcnl pour la réparation de la misère et misérable étal de. votre dit royaume, qui éloil en étal de toute désolation, si ne fût la grâce de Dieu qui vous iti'ipira 'de la dite ordonnance , moyennant laquelle chacun votre loyal parent et sujet de votre royaume peut avoir espérance de dormir el reposer en paix, si comme il fut dit el exposé notablement par devant vous , où étoienl plusieurs , tant de votre sang comme autres, par un notable chevalier, conseiller de mon très cher seigneur et cousin le roi de Sicile.

» Et néanmoins, mon très redouté seigneur, jù soit ce que j’eusse juré en votre présence de bonne foi cl bonne intention, el tant cordialement, comme plusieurs adonc assistants présents devant vous pouvoicnt voir, el pour ce que j’ai douté que pour mon département plusieurs puissent prendre aucune étrange imagination sur la rompure el infraction de votre dite ordonnance, le plus tôt que j'ai pu après mon département, je vous ai envoyé mes lettres à vous certifier de la volonté et in¬

tention que j’avois et ai à l’enlretènement de votre ordonnance ; el encore à plus grand’ confirmation , j’ai envoyé devers vous mes gens pour cette cause principalement, comme tiens être en votre 1 onne mémoire. Mais ce nonobstant, mon très cher et très redouté seigneur, et que je n’ai rien fait contre votre dite ordonnance, quelque charge qu’aucuns m’ont voulu donner contre vérité, sauve l’honneur et révérence toujours de vous, moult de choses sont dont été semblablement contre la teneur de votre ordonnance, au conlernpt, préjudice et vitupère de moi et des miens, qui étoienl dedans icelle ordonnance déclarés. El pour ce suis-je moins tenu de procéder de votre volonté el de votre fils, mon très cher étirés redouté seigneur, ou d’aucuns autres prud’hommes de votre sang et lignage, ou aussi plusieurs autres de votre grand-conseil ; mais je suis tenu de procéder à l instigation et pourchas et grandes importunités d’aucuns qui ont longuement contendu cl contendent à étianges voies et matière, lesquels Dieu par sa sainte grâce veuille réduire et ramener à bien, ainsi qu’il sait que métier est, et que je désire.

» Et pour la déclaration des causes dessus dites, il est vrai, mon très redouté seigneur, qu'à l’instigation el procuration d’aucuns, assez tôt après le serment fait sur votre dite ordonnance, ont été faites plusieurs chevauchées, armées el congrégations, par le moyen de votre dite ville de Paris, par spécial ernprès mon hôtel, de mes logis el à l’environ, lesquelles semblablement étoienl faites au conlernpt et préjudice de moi, car depuis que je suis parti de Paris n’ont pas là été faites telles armées, chevauchées el assemblées; et qui pis est, qui cul adonc cru aucuns, la main eût été mise sur moi devant mon département, qui n’éloit pas signe d’avoir paix cl union.

» Item, est vrai que devant et après plu sieurs de vos l ons et anciens serviteurs, et plusieurs des miens, qui n’avoienl rien forfait, furent pris et emprisonnés, et les autres con traints par foi ce cl par voies obliques à eux départir hors Paris.

» Jtem , que tous ceux qu’on savoil qui avoienl aucun amour el faveur à moi, furent destitués de leurs étals , honneurs et ofiiees, par telle inauiùre qu’aucuns, par élection et

3ü4 CHKOÎNIQUES lyE^GüERRA!ND DE MOiNSTRELET [1413]

sans autrui préjudice, les eussent eus, et sans que sur ce on sùl ou pût savoir aucun mal ni quelque autre cause, fors tant qu’ils éloient trop Boiiri;uignons, et encore tous les jours se fait ainsi ; et ce par adventure dissent, ou fissent dire, ou voulsissenl dire, que cela avoit été fait et se faisoit pour ce que moi étant devers vous et en votre service à Paris, j’avois fait semblablement. A ce peut être répondu bien et vraiment; car, supposé qu’ainsi fût, si peut-on clairement aperçevoir et connoîlre, considérés les termes de votre ordonnance, qui sont principalement fondés sur bonne paix, amour et union, que ce n’est fors vengeance que d’avoir fait ce que dit est, laquelle chose est signe de division et non pas de paix, amour ou union, et eût été plus expédient, pour la confirmation de votre dite' ordonnance et bien de votre royaume, de pourvoir par bonne et vraie élection à vos offices, non aux personnes, sans avoir regard à la dite vengeance.

» Item, que parles dites procurations et inductions, à peine étoit nul, fût de vos serviteurs, mon très cher et très redouté seigneur, de ma dite dame la reine, de mon très redouté seigneur votre fils, des gens de votre conseil, de votre sang, de ceux de l’université de Paris, qui osât parler et communiquer avec aucuns, puisqu’on sentoit et savoit, s’ils voulsissent mon bien et honneur, qu’ils ne fussent grièvement punis et corrigés.

» Item, qu’en plusieurs serments, propositions ou assemblées, ont été dites paroles contre mon honneur et état, contre vérité, sauve l’honneur et révérence de vous, en disant des paroles non pas si étranges qu’on n’entendit bien notoirement qu’on les disoit pour moi, en venant directement contre la paix ordonnée et par vous faite, tant à Chartres comme à Auxerre, et contre les termes de la dite cédule dernièrement jurée et promise; lesquelles choses sont de très mauvais exemple et contre l’enseignement de Caton, et promouvant à toutes tensons, débats et dissensions qui pourroient tourner, que Dieu ne veuille ! en grand préjudice et détriment de votre royaume.

» Item, ont été faites plusieurs lettres en plusieurs lieux, tant en votre royaume comme Jehors, grandement faisants mention, qui bien

les entend, contre l’honneur de vous, de mon très redouté seigneur mon dit seigneur d’Aquitaine et de plusieurs autres de votre sang et lignage, de votre grand-conseil, de votre fille l’université, de l’église de Paris, et aussi d icellc voire ville de Paris ; et si aucuns disoient ou vouloient dire que ce fût pour le recouvrer de leur honneur, dont par les lettres ils avoient été vitupérés, à tout moins dussent-ils avoir exprimé la vérité ès dernières lettres, sans donner charge à autrui, qui a bien voulu tenir les termes de votre dite ordonnance.

» Item, que plusieurs m’ont voulu donner charge contre vérité, sauve l’honneur et révérence de vous, mon très redouté seigneur, que j’ai tenu, contre votre ordonnance et défense, gens d’armes, qui grandement ont opprimé et dommagé votre peuple. La vérité est telle, comme autrefois je vous ai dit et fait dire, que par votre commandement j’ai eu charge d’avoir mille hommes d’armes avec monseigneur de Berri, mon oncle, et autres aussi, auxquels vous avez donné charge de gens d’armes à obvier à plusieurs dommages que faisoient plu • sieurs gens de compagnie, et à plusieurs entreprises qu’ils vouloient faire devant votre dite ville de Paris en grand déshonoration et vitupère de vous. Et incontinent après votre dite ordonnance jurée, je les contremandai, qu’oneques puis ne mandai pour gens d’armes, ni n’ai tenu aucuns sur le pays; et si aucuns se sont là tenus eux avouants de moi, ce n’a pas été par mon ordonnance ni de commandement, ne sais si ce a été leur volonté, pource qu’ils voyoient les dites gens de compagnie, qui faisoient et encore font tant de maux que chacun sait.

» /<cî7i,cst vrai, mon très redouté seigneur, comme il est assez notoire qu’aucuns ont tenu longuement et encore tiennent les dites gens de compagnie entre la rivière de Loire, les rivières de Seine et Yonne, et ailleurs, en venant contre votre dite ordonnance, qui est à la totale destruction de votre peuple, où ils ont été et sont, sans différence des personnes, de quelconque état qu’ils soient, gens d’église, nobles et autres, en moi donnant charge que les tiennent pour doute de ce qu’on dit que je fais assemblée de gens par tous mes pays pour aller à Paris à grand’ puissance, et en ce et

LIVIU^: PREMIER.

autrement faisant font contre votre dite ordonnance ; laquelle chose, sauve votre honneur et révérence, mon très redouté seigneur, il n’est pas vrai, car je ne l’ai pas fait ni pensai oneques à ce ni à autre chose quelconque qui vous dût déplaire en quelque manière, ni je ne fis oneques ni veuil faire le contraire, mais serai tant comme je vivrai votre bon et loyal parent et très obéissant sujet.

» Jtein, est vrai, mon très cher et très redouté seigneur, que plusieurs, si comme je suis informé pleinement, ont dit publiquement et contre vérité, sauve toujours l’honneur et révérence de vous, que j’avois à Paris meurtriers et tueurs convenables pour eux tuer et meurtrir. Sur quoi , mon très redouté seigneur, je vous afiirme en vérité que je ne fis oneques ce, mais, qui plus est, ne pensai, et ce ne sont point les premières charges qu’ils m’ont voulu donner.

» lietn, que plusieurs ont été bannis au contempt de moi, dont aucuns disent qu’ils ne l’ont point desservi ; et cela montreront-ils bien, si comme ils disent, si pouvoient être sûrs de leurs corps et avoir bonne et vraie justice, lesquelles choses je ne dis pas ni entends ù empêcher la punition et correction des mauvais ou de ceux qui vous ont fait déplaisir ni à ma dame souveraine, et à mon dit très redouté seigneur d’Aquitaine, mais pour ceux qui au contempt de moi ont été ainsi déposés.

» Item, que par aucuns ont été ès hôtels de mes pauvres serviteurs que j’ai en votre dite ville de Paris, entour et environ mon hôtel d’Artois, les dits hôtels chargés et retournés, pource qu’on disoit que lettres avoiont été portées ès dits hôtels de par moi jrour bailler à plusieurs des quartiers des halles pour faire une commotion de votre ditiî ville de Paris, et par spècial au dit quartier des halles; dont plusieurs des lemmes de mes dits serviteurs ont été durement traitées, et en votre Clultelel examinées sur ce. Pourquoi, mon très redouté seigneur, plaise vous savoir qu’oneques je n'écrivis ni fis écrire aucunes lettres en enfreignant votre dite ordonnance ; et font mal et pèchent ceux qui me baillent telles charges, de quoi vous i\i autres puissiez ou puissent avoir mauvaise imagination contre moi, et

bien doivent connoître ceux de Paris, tant ceux du dit quartier comme des autres, que pour mourir ne feroient ni voudroient faire pour moi ni pour autre quelconque quelque chose qui dût tourner à votre déshonneur et déplaisance , et tant qu’est à moi, Dieu ne me prête jà tant vivre que je fasse le contraire.

» Item, et qui pis est, on dit, comme j’ai entendu, contre vérité, sauve l’honneur et révérence de vous, que j’ai traité un mariage on Angleterre , auquel mariage j’ai promis les châteaux de Cherbourg et Caen, avec plusieurs autres choses faites au dit traité au grand préjudice de vous et de votre dit royaume : laquelle chose je ne fis oneques ni pensai, et plût à Dieu que tous ceux de votre royaume vous eussent été et fussent toujours aussi loyaux à la conservation de votre personne et progénie et conservation de votre seigneurie et domaine de votre dit royaume, comme j’ai été et serai toute ma vie.

» Item, que contre votre ordonnance ont été faites et poursuivies plusieurs autres choses à déclarer en temps et en lieu, qui sont contre l’état et honneur de ma personne et des miens, lesquelles choses devant touchées et autres â déclarer, comme dit est, ne sont tenir les plus principaux termes de votre dite ordonnance, mais faire plus dure guerre et plus mauvaise qu’homme ù peine pût faire, c’est à savoir de controuver toutes les voies qu’ils puissent trouver, par ce que dit est, de moi faire éloigner de l’amour et grâce de vous et de mon très redouté seigneur monseigneur d’Aquitaine, et aussi de ma très redoutée dame. Lesquels, ensemble lesbiens, l'honneur et état de vous et d’eux, j’ai désiré toute ma vie, et désire sur toutes les choses qui sont en ce monde. Toutefois, mon très redouté seigneur, je ne vous écris pas ni fais savoir les choses devant dites afin que je veuille aller contre votre ordonnance, ni icelle enfreindre de réintégration ou réparation de votre état ni de votre royaume, (pii tant a à souffrir en tous états cl en tant de manières, qu’il n’est homme tant pervers ni cruel auquel il ne doit prendre pitié.

•> Item, si aucuns m'ont donné ou veulent donner charge de reculer, et éloigné d’i'xaucer votre ordonnance, je vous alfirme qu’oneques n’y pensai, ni icelle n’ai voulu empêcher, mois

nOG CHRONIQUES DENCUERRAND DE MONSTREl.ET. [1413]

l'ai voulu aillant que gens de voire royaume, soil de voire sang ou aulres, exaucer. Mais il est Lion vrai que je quérois |jro\ isioiis à niet- (ro bonne paix, ferme etslablo on voire royaume, doulaul les choses dessus diles à venir. Pour quoi je vous supplie, mon Irùs redoulé soigneur, lanl luunblemenl et cordialement que, puisqu’il vous plaise à pourvoir aux inconvcmienls devant dils, par telle manière que ceux qui de ce sont blessés ou empêchés n’aient cause d'eux plus douloir, et que votre dite ordonnance soit tellement enlrelenue que ce soit au bien et honneur de vous, et salut et restauration de votre dit royaume, et que chacun puisse dormir, ainsi qu’on cuidoit, et reposer en paix ; et à ce faire et exposer tout mon coiqis, le mien, mes amis et tout ce que Dieu m’a prêté en ce et en toutes autres choses à votre bon plaisir et commandement d’accomplir, je suis prêt et appareillé, et, mon très cher et redoulé seigneur, je supplie au benoit lils de Dieu qu’il vous ait en sa sainte garde, et vous donne bonne vie et longue.

» Ecrit en notre bonne ville de Gand, le seizième jour de novembre. »

Lesquelles lettres furent présentées au roi par le roi d’armes de Flandre ; lequel roi de France les reçut assez agréablement, nonobstant que ceux qui le gouvernoient alors n’en furent pas bien contents, et ne souffrirent pas que le roi fît réponse ni autrement par écrit ; mais fut dit à icelui roi d’armes, par le chancelier de France, que le roi avoit bien vu ce que son maître le duc de Bourgogne avoit envoyé, et auroit avis sur ce de lui faire réponse en temps et lieu. Et après le dessus dit roi d’armes s’en retourna de Paris en Flandre devers son maître.

Nonobstant les lettres qu’avoit envoyées le dessus dit duc de Bourgogne pour ses excusalions , ne demeura pas que ceux qui gouvernoient le roi, comme dit est, ne procédassent contre lui en toute rigueur. El en dedans briefs jours ensuivant fut faite à Paris une grande assemblée de maîtres en théologie par l’évêque de Paris et l’inquisiteur de la foi, afin qu’ils déterminassent sur aucunes propositions pro- Iiosées devant les seigneurs du sang du roi, et du duc de Bourgogne , et pour lui autrefois proposées contre feu Louis d’Orléans, par maî¬

tre .Ican Petit , à savoir si les dites propositions sont hérétiques et erronées. Pour laquelle assemblée furent aucuns moult troublés , doutants que le dit duc de Bourgogne pour celte cause ne les eût en son indignation , et qu’en temps à venir autre chose n’en vînt.

S’ensuit la copie des cédules sur cette matière baillées à aucuns maîtres en théologie , desquelles la forme est telle :

« De la partie de l’évêque de Paris et de l’inquisiteur et conseil de la foi solennellement assemblés, maîtres révérends, on vous fait à savoir et vous envoie-t-on la cédule contenant aucunes assertions avec leurs réprobations , pour quoi nous vous requérons, sur peine de droit, que vous donniez votre délibération publiquement, par écrit ou par paroles, si icelles assertions , desquelles est venu notoirement scandale, si comme dit le conseil du roi et de la foi , sont erronées et à condamner, afin que nous puissions conséquemment procéder si comme ordre de droit le requiert, et ce dedans mercredi vingtième jour de ce mois de décembre. La première assertion est : Chacun tyran doit , et peut être loyalement et par mérite occis de quelconque son vassal ou sujet , et par quelque manière, mêmement par aguets, par flatteries ou par adulations , nonobstant quelconque jurement ou confédération faite envers lui , sans attendre la sentence ou mandement de juge quelconque. Cette assertion ainsi mise généralement pour maxime , et selon l’acception de ce mot tyran , est erreur en notre foi et en doctrine de bonnes mœurs, et est contre les commandements de Dieu : Non occides {glosa) i^ropr ta auctoritate : Tu n’occiras pas (glose) de ton autorité. El Matth. 26 : Om~ nés gui gladium accipiunt (glosa) propria auctoritutc.

» Item, celte assertion tourne à la subversion de toute chose publique et de chacun roi ou prince. Item donne voie et licence à plusieurs autres maux, comme à fraudes et violations de foi, de serments et de Irahi.mn, mensonges et déceptions , et généralement à toute inobédience de sujet à son seigneur, à toute déloyauté et difidence des uns aux aulres, et conséquemment à perdurable damnation.

» Item, celui qui affirme obstinément telle

erreur et les autres qui s’ensuivent , est hérétique , et comme hérétique doit être puni , et mêmement après sa mort. Notatur in decrctis in quœstione quinta.

» L’autre assertion : Saint Michel, sans mandement ou commandement quelconque de Dieu ni d’autre , mais tant seulement mu d’amour naturelle, occit Lucifer de mort perdurable , et pour ce il eut des richesses spirituelles autant comme il en put recevoir. Cette assertion contient plusieurs erreurs en la foi , car saint Michel n’occit pas Lucifer, mais Lucifer s’occit soi-rnème par son péché, et Dieu l’occit par la mort de la peine perdurable. Item, saint Michel eut mandement de Dieu de bouter Lucifer hors de paradis : Quia omnis fotestas est a Deo, et hoc sciebat Michael, quia constitutus erat a Deo jirinceps . quem honorem non sibi assiimpsit. Nota quomodo Michael non est ausus inferre auditium blasphemiæ , sed dicit : Imperat tibi Dominas; in epistola Judœ.

» Item . Dieu eût pu bailler plus de richesses spirituelles, et il en eût pu plus recevoir, et ainsi il ne desservit par telles richesses spirituelles par amour naturelle,

» L’autre assertion : Phinées occit Zambry sans quelconque mandement de Dieu ou de Moïse, et Zambry ne fit pas idolâtrie. Cette assertion est contre le libelle oû est cette histoire, selon l’entendement des choses et des saints docteurs, notée: Nam., cap. 25, dicit Moises ad judices Israël : Occidat unusquisque proximos suos , qui initiati sunt Beelphegor. Et ecce anus, etc. Glosa. Josephus dixit quod Zambrij et principes in tribu Simeon duxerant fdias , etc.

» L’autre assertion : Moïse , sans commandement ou autorité quelconque, occit l’Égyptien. Cette assertion est contre le texte de la Bible : , 7; selon l’entendement des

choses des saints docteurs et de raison. Texius : Æstimabant autem intelligere fratres, quoniam Deus per manutn ipsius darct salutem Jetusalem, etc.

» L’autre assertion : Judith ne pécha point en flattant Ilolopherne, ni Jéhu en mentant qu’il vouloit honorer Baal. Cette assertion est favorisant l’erreur de ceux qui ont dit (pi’en aucuns points on peut loyalement mentir, contre laquelle erreur saint Augustin écrit à saint

Jérôme ; Si, inquit, admissa fuerint vel officiosa mendacia, tota scripturæ divince vacillabit auctoritas.

» L’autre assertion : Joas occit Abner depuis la mort d’Absalon ; et celte assertion est contre le texte exprès de sainte écriture : 2 Regum. 3, c., on récite que, long temps avant la mort d’Absalon, Joas tua Abner.

» L’autre assertion : Toutefois qu’aucun fait aucune chose, jâ soit ce qu’il ait juré le non faire, ce n’est parjurement, mais à parjurement est contraire. Et cette assertion ainsi généralement mise est fausse, et ne profite rien à ceux qui jurent sciemment fausses alliances ; car c’est fraude et déception et parjurement clair; et dire que ce faire soit chose licite , c’est erreur en la foi . »

Lesquelles besognes , après qu’elles eurent été diligemment visitées, comme dit est, furent les dits articles condamnés comme hérétiques et contre la foi.

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