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CHAPITRE eXXL

Comment le dessus dit duc de Bourgogne alla à puissance devers Paris, et se logea à Saint-Denis, et de tout ce qui advint, durant ce voyage, à cause d’icelui.

Or est vérité que le duc de Bourgogne, pour parfournir son entreprise à aller à Paris partant d’jVrras, se tira vers Péronne pour avoir le droit passage ; mais ceux de la ville , qui déjà avoient eu défense, de par le roi, de le non laisser passer, envoyèrent devers lui le seigneur de Longueval , leur capitaine , pour eux excuser en déniant icelui passage. Et ii\ soit ce que le dit duc ne le prît pas bien en gré, néanmoins feignant que de ce ne lui chaloitv s’en alla par dehors, et passa la rivière de Somme à Esclusier, et s’en alla ù Roye on Vermandois ; et de là en voy a devant, à Compiègne , le comte de Nevers, son frère, qui déjà s’étoit joint avec lui atout belle compagnie. Lequel de Nevers traita tant avec eux, nonobstant qu’ils avoient défense au contraire de par le roi , qu’ils furent contents de livrer

passage au dit duc de Bourgogne. Et la cause qui plus les inclina à ce faire fut ce qu’on leur montra la copie et vidimns des lettres que avoit envoyées le duc d’Aquitaine au duc de Bourgogne , contenants qu’il allât devers lui , duquel vidiimis et copie la teneur s’ensuit mot après autre sous scel royal :

« A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Jean Clabaut, écuyer, garde , de par le roi, du scel du bailliage de Vermandois, établi à Roye, salut.

» Sachent tous que le vingt-troisième jour do février de l’an présent mil quatre cent et treize, de par très haut et puissant prince monseigneur le duc de Bourgogne , nous avoient été exlrbées et montrées trois paires de lettres closes, et signées de très excellent et puissant prince monseigneur le duc d’Aquitaine , lesquelles nous avons vues, tenues et lues de mot à mot, et desquelles la teneur s’ensuit :

» Très cher et bien aimé père , nous vous » mandons que incontinent ces lettres vues, » toutes excusalions cessants, vous veniez de- » vers nous bien accompagné pour la sûreté » de votre personne ; et en ce sur tout que » vous doutez à nous courroucer ne nous dé- » faillez pas.

» Écrit de notre propre main , à Paris , le » quatrième jour de décembre » , signées de sa main , « Louis » ; et en la suscription : « A » notre très cher et bien aimé père te duc de » Bourgogne. »

« Très cher et très aimé père , je vous ai » autrefois écrit que vous vinssiez devers moi » très bien accompagné ; pour quoi je vous » prie et mande encore que le plus tôt que » vous pourrez vous veniez à moi très bien ac- » compagné ; et pour cause , et ne doutez, car » je porterai votre fait tout outre qui le veuille » voir.

» Écrit de ma propre main, à Paris, le trei- » zième jour de décembre » , signées de sa main, « Louis ». En la suscription ; « A notre » très cher et très aimé père le duc de Bour- » gogne. »

« Très cher et très aimé père , je vous ai » mandé par deux fois que vous vinssiez à » moi , dont vous n’avez rien fait ; toutefois » nous vous mandons encore derechef que, » toutes choses arrière mises , le plus tôt que

»> vous pourrez , vous veniez à nous ti cs bien Il accompagné pour voire sûreté , et en ce ne » défaillez point pour quelconques lettres que » vous ayez de nous au contraire, sur toute l’a- » mour que nous aimez, et surtout quant que » vous nous douiez à courroucer, et pour cer- » taines causes qui tant nous touchent que plus » ne nous peuvent loucher. Écrit de ma pro- » pre main, le vingt-deuxième jour de décem- » bre, » signées de sa propre main, « Louis. » Et la suscription d’icelles lettres ; « A notre » très cher et bien aimé père le duc de Bour- » gogne. »

» En témoins desquelles lettres dessus dites écrites, par nous vues, lues et tenues, comme dit est, nous avons mis à cesles le scel du dit bailliage, sauf le droit du roi notre sire et l’autrui, et fait à l’original, la collation faite en la présence de Jean Billarl, écuyer, garde de par le roi de la prévôté de Roye et des terres exemples, de Charmy et des ressorts de Roye, ès présences de Pierre de La Beaune, grénelier du dit lieu de Roye, de Nicolas d’Ardel-Chanons de Roye, .lean Pelle-Hasle, maître Guillaume de La Garde, maître Godefroy Baudun , Brissart, tabellion royal, l’an et le Jour dessus dits, ainsi signé Briss vrt. »

Et au troisième jour alla de Roye le dit duc de Bourgogne à Compiègne.

Et après qu’il eut eu convenance des plus notables de la ville de tenir son parti , prit son chemin pour aller é Senlis , où il avoit déjà envoyé le seigneur de Roubaix , pour savoir s’ils le recevroient ; mais ils le refusèrent à mettre en leur ville , pour la défense du roi que ils avoient eue : pour (juoi le dit duc de Bourgogne prit son chemin par Barron à Dammartin, là où étoienl jà venus audevant de lui les seigneurs de Bourgogne, à grosse compagnie.

Et tandis que le dit duc de Bourgogne approchoit ainsi Paris, en allèrent les nouvelles au duc d’Aquitaine et autres seigneurs du sang royal; lequel duc d’Aquitaine dînoit à riiôtel d’un chanoine, au cloître de Notre- Dame de Paris. l.,esquellcs nouvelles ouïes, s’assemblèrent au cloître le roi Louis, le duc d’Orléans , le comte d’Eu , le comte d’Armagnac et plusieurs autres grands seigneurs . atout grand’ compagnie de gens d’armes ; el

là monta à cheval le duc d’Aquitaine. Lesquels tirent et ordonnèrent trois batailles : c’est à savoir l’avant-garde , la grosse bataille et l’arrière-garde ; et ce fait , vinrent devant le portail de Notre-Dame , el de là devant l’hôtel de la ville, et là s’arrêtèrent. L’avant-garde conduisoient trois comtes, c’est à savoir de Vertus, d’Eu el de Richemonl, qui chevauchoient tous trois de front, et leurs gens les suivoient au dos, et la grand’ bataille les suivoit un peu après; de laquelle ètoient devant le roi Louis, le duc d’Aquitaine el le duc d’Orléans , lesquels ensuivoient grand’ multitude de gens d’armes ; et l’arrière-garde gouvernoient le comte d’Armagnac , Louis Bourdon el le seigneur de Gaule , qui tous trois chevauchoienl de front devant leurs gens, lesquels on estimoit en tout environ onze mille chevaux. Et eux èlanis devant leurs dits hôtels , commenga à sonner une trompette -, el tantôt le chancelier d’Aquitaine vint, après le duc d’Aquitaine, qui dit au peuple de Paris, qui suivoit , afin qu’il vît que ce vouloit être : « Que monseigneur le duc d’Aquitaine , premier fils du roi de France, les regracioit du bon devoir et de la bonne amour qu’ils avoient eu et avoient à lui , du service et de la loyauté et obédience qu’à cette fois ils lui monlroient, et qu’il avoit espérance qu’eneore feroient ; et que tous s’appointassent de leur pouvoir et puissance de résister à l’encontre du duc de Bourgogne et à sa très mauvaise entreprise ; lequel ver.oit contre la volonté du roi et contre sa défense, et aussi contre la dite paix, el en enfreignant icelle; el aussi qu’il leur raratifioit et aflirn'oil qu’il ne l’avoit pas mandé ni n’avoit écrit qu’il vînt à Paris, jà soit ce qu’il dît avoir les lettres devers lui. » Et puis il demanda au dit duc d’Aquitaine s’il l’avouoit, lequel, avec son aveu, dit (pi’il disoit V; ritè et ainsi l’affirma.

Lesquelles choses ainsi dites , et plusieurs autres , par le dit chancelier d’Aquitaine , les devants dits seigneurs se partirent par la manière dessus dite, et chevauchèrent tout droit à la Croix-du-Tiroir , el là arrêtèrent; et là le dit chancelier étant à cheval devant le duc d’Aquilaine, devant le peuple, qui là étoit sans nombre assemblé, dit ce qu'il avoit dit el rècilè en Grève , el , comme devant, de ce s II

avouer du duc d’Aquilaine. Lequel avoué, icclui duc entra au Louvre, le duc d’Orléans s’en alla au prieuré Saint-lMarlin-des-Clianips , le roi Louis en la bastille Saint-Antoine, les comtes d'Arinagnac et Bourbon en l’iiôtel d’Artois, et les autres ailleurs.

Le duc de Bcrri , après ce fait , vint de son hôtel de Nesle au Louvre visiter le dit duc d’Aquitaine , et de li\ s’en alla au Temple , et 1;\ se logea avec ses gens.

Et les seigneurs soigneusement et souvent alloient parmi la ville , afin que aucune rumeur ne s’émût en la ville; et firent clore toutes les portes, excepté la porte Saint-Antoine et la porte Saint-.lacques. Si éloient on grand doute, nonobstant qu’ils eussent grand’ puissance de gens d’armes, qu’en la faveur du duc de Bourgogne et à sa venue, le peuple ne s’émùt contre eux, et par spécial ceux du quartier des halles.

Le duc de Bourgogne de Dammarlin vint loger atout sa puissance dedans la ville de Saint-Denis, qui lui fut ouverte et abandonnée par les habitants d’icelle , et se logea à l'iiôtel de l’Epée. Si pouvait avoir en sa compagnie bien deux mille bassinets, chevaliers et écuyers, tant des pays d’Artois et de Picardie comme de Flandre, Réthelois et Bourguignons , avec deux à trois mille combattants, tant archers comme arbalétriers et autres varlets armés. Et étoient avec lui messire .Tean de Luxembourg atout les gens du comte Waleran de Saint-Pol, son oncle. Après la venue duquel duc de Bourgogne dedans Saint-Denis, le troisième jour ensuivant, envoya à Paris son roi d’arrnes d’Artois, portant lettres au roi , à la reine, au duc d’Aquitaine et à ceux de la ville, par lesquelles il leur requéroit qu’ils voulsissent être contents qu’il allât devers eux pour dire la cause de sa venue ; laquelle, comme il disoit, étoit toute tendante à bonne fin, et qu’il n’étoit venu aucunement pour faire guerre ni pour porter dommage à quelque personne ; mais seulement au mandement du duc d’Aquilaine , pour lui servir et obéir , ainsi que tenu y étoit.

Lequel roi d’armes, venu au dit lieu de Paris, fut mené (m un hôtel , et tantôt après vint devers lui un homme qu’il ne connoissoit, lequel lui dit qu’il s’en allât hâtivement, ou on

lui feroit déplaisir do sa personne. Et bref ensuivant, ainsi qu’il devoit monter à cheval pour s’on retourner , voyant qu’on ne le vouloit ouir ni recevoir scs lettres, il vint derechef à lui le comte d’Armagnac, qui lui dit que si lui ou autre de parle duc de Bourgogne retournoit plus dedans Paris , on leur couperoit les tètes. Et sur ce, s’en retourna dedans Saint-Denis devers son maître le duc de Bourgogne, auquel il raconta toutes les besognes dessus dite et la rudesse qu’on lui avoit faite; et si en fut icelui duc malcontent, et se conclut avec ceux de son conseil d’y aller en puissance et en personne avec toute sa dite puissance. Si se mit le lendemain très matin aux champs avec tous ses gens, qui étoient tous armés comme si présentement dussent entrer en la bataille; et en belle ordonnance se lira assez près de la porto AIont-Martre , laquelle étoit close; et là , par grand espace, se tint sur mont tout ordonné en bataille, que c’étoit belle chose à voir.

Le dit duc ainsi étant là , il envoya derechef son roi d’armes à la porte Saint-Honoré, laquelle aussi étoit close, en disant et requérant à ceux qui étoient sur ladite porte que quatre de ses plus féables chevaliers , lesquels il avoit envoyés assez près icelui roi d’armes, il voulsissent ouir dire les causes de sa venue , tendants à toute bonne paix; mais il fut répondu par iceux que s’il ne s’en alloit bientôt, on trahiroit après lui de bons carreaux d’arbalètes ; disants outre qu’ils n’avoient cure d’ouir le dit duc ni ses chevaliers. Et par ainsi s’en retournèrent devers leurs maîtres.

Et entre-temps , Enguerrand de Bonrnonville atout environ quatre cents combattants étoit descendu à pied, et atout l’étendard du dit duc étoit allé assez près de la porte Saint- Honoré pour voir s’il pourroit rien faire, car leur espérance étoit que le peuple se mettroit sus à puissance pour les mettre dedans par aucune porte; ce qui pas n’advint. Si parla le dit Enguerrand aucunes paroles à Bourdon, qui étoit là , lequel ne répondit mot. Et pour tant icelui Enguerrand , voyant que rien ne pouvoit besogner, se retrahit; mais en retrayant on lira d’arbalètes après lui; et fut l’un de scs gens navré, jà soit ce que lui ni nui de ses gens n’eussent montré semblant de faire aucune guerre par trait ni autrement à ceux

de Paris , pour la révérence du roi et du duc d’Aquitaine; car il leur éloit défendu du dit duc. Lequel, quand il vit que rien ne profitoit, s’en retourna au dit lieu de Saint-Denis, et fit écrire lettres, lesquelles il fit attacher par nuit, par aucuns ses favorisants , aux poteaux de l’église Notre-Dame, du Palais et ailleurs à Paris; et lesquelles il envoya à plusieurs bonnes villes, desquelles la copie s’ensuit;

« Nous, Jean, duc de Bourgogne, comte de Flandre, d’Artois et de Bourgogne, palatin, seigneur de Salins et de Malines, certifions à tous que, par vertu de plusieurs lettres écrites et signées de la main de monseigneur d’Aquitaine , nous vînmes devers Paris pour nous employer au bien du roi et commandement de monseigneur d’Aquitaine ; et avecque ce à l’aider à mettre hors de danger et servitude où il est pour le présent : pour laquelle cause nous voulons employer nous , notre corps , notre puissance et tout ce que Dieu nous a prêté en ce monde, en signifiant à tous les bienveillants du roi et de monseigneur d'Aquitaine qu’ils seront mis, si nous pouvons, à leur pleine délivrance, franche volonté et seigneurie ; et ceux qui les ont mis et tiennent en servage seront r’ôtés d’avecque eux , et chacun en son pays. Et afin que nul n’entende que nous soyons venus pour quelque ambition ou concupiscence d’avoir l’administration et gouvernement de ce royaume, ni que nous voulions aucunement adommager la bonne ville de Paris , sommes prêts et appareillés d’entretenir tout ce que , par l’ordonnance du roi, avons juré et promis, et semblablement de retourner en aucun de nos pays, pourvu qu’il soit ainsi fait des autres qui l’ont jurée, lescpiels ont fait et font le contraire. Et voulons bien que Dieu et chacun sache que jusqu’adonc que nous sentirons monseigneur le roi et monseigneur d’Aquitaine être au devant dit état , et les autres pareillement avec(iue leurs gens, et qui tiennent leur i)arlie être dans Paris, et ne retourner en leur pays, et que mon dit seigneur le roi soit imiirvu de bons et notables chevaliers , conseillers et serviteurs, et pareillement mon dit seigneur d’Aquitaine, nous ne nous départirons ni déporterons de notre entreprise; car nous aurions plus cher à mourir fiue voir monseigneur le roi et monseigneur d’.\([uilaine

ainsi être demeurés en servage. Et ne nous pouvons assez émerveiller comment les bourgeois et loyaux sujets de mon dit seigneur le roi ont tels cœurs envers lui , et ils peuvent souffrir telle dureté qu’on leur fait et tient. Et avecque ce , nous qui sommes si prochains que chacun sait, nous sommes moult de ce émerveillés , que nuis n’ont voulu ni recevoir nos chevaliers, ni héraut, ni autre qui ait voulu s’offrir de présenter nos lettres à monseigneur le roi, à madame la reine, à monseigneur d’Aquitaine et à la bonne ville de Paris.

» El jà soit ce que, sans invasion de trait ou autrement faire, fussions devant la bonne ville de Paris, par le commandement devant dit, et pour exposer aucunes besognes louchant le bien de paix et de tout ce royaume , ont été traits et blessés de nos gens , sans ce que par beau parleront lésait voulu ouir ni écouter; mais par le comte d’Armagnac fut dit <i notre roi d’armes que s’il y retournoit plus, la tête lui seroit ôtéc; laquelle chose nous est dure à porter et à souffrir. Et mêmernent que nous et notre compagnie sommes venus en payant partout nos dépenses , comme prochain et proesme de mon dit seigneur le roi et de monseigneur d’Aquitaine, requérant à tous les bienveillants et loyaux sujets qu’ils nous veuillent aider et conforter, et nous servir contre tous ceux qui ainsi ont mis en danger et servitude mon dit seigneur d’Aquitaine, en eux signifiant du fait contraire en temps et en lieu de accuser du fait contraire de déloyauté envers leur souverain seigneur; et de ce n’ait point doute, car, à l’aide de Dieu et du bon droit qu’avons en celle querelle, nous le porterons, soutiendrons et conforterons ; et de ce sommes-nous puissants, et bonne volonté avons avecque plusieurs et notables bonnes villes du royaume, lesquelles nous avons trouvées, qui demeureront avecque nous.

» Donné à Saint-Denis, sous notre scel de secret, en l’absence du grand-conseil, le onzième jour de février l’an mil quatre cent et treize. »

Lesquelles lettres, quand elles furent trouvées ainsi, comme dit est, attachées en plusieurs lieux dedans Paris, furent ceux qui étoienl contraires au dit duc de Bourgogne en plus grand soupçon que devant. Néanmoins

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ils pourviircnl si bien à la garde de la ville que nuis inconvénienls ne leur en advinrcni.

En après, duranl le leinps que le dessus dit due de lîourgognc èloit à Saint-Denis, coininc dit est , le seigneur de Croy, qui étoit en sa compagnie, envoya jusqu'à vingt hommes d’armes des plus experts et aventureux de sa charge passer la rivière de Seine , très bien montés, devers Conllans ; et chevauchèrent le plus secrètement qu’ils purent, chacun la lance au poing, jusqu’en la ville de 3Iont-le-Héry, et là se logèrent en deux hôtelleries assez près l'un de l’autre, et feignoient qu’ils fussent au duc d'Orléans.

Or est ainsi que messire Jean de Croy, fils dudit seigneur de Croy, qui étoit prisonnier au chàtcl, comme dit est ailleurs, étoit aucunement averti de leur venue parle moyen d’un chapelain, qui léans se gouvernoit. Si trouva manière d’aller ouir la messe à l’église, qui étoit assez près du dit chàtel. Et adonc iceux hommes d’armes, qui étoient tons prêts et sur leur garde, montèrent à cheval et vinrent au dit messire Jean de Croy, lequel ils firent tantôt monter sur un bon cheval, et incontinent chevauchèrent partant de là très roidement en tirant vers Pontoise. Et depuis prirent leur chemin pour retourner au passage par où ils avoient passé la rivière de Seine ; et finablement firent si bonne diligence qu’ils ramenèrent franchement icelui à son père, au dit lieu de Saint-Denis. Pour laquelle entreprise ainsi par eux achevée, ils furent grandement recommandés, tant du duc de Bourgogne comme du dit seigneur de Croy. Et furent les principaux conduisants cette besogne : Lamont de Launoy, Villemont de Monchart, Jenninet de Molliens, Jean Roussel et autres, jusqu’au nombre dessus dit. Toutefois ils furent poursuivis assez roidement de la garnison du dit chàtel de Mont-le-Iléry ; mais ils ne les purent trouver, pour les divers chemins qu’ils tinrent.

En outre, le duc de Bourgogne envoya encore le roi d’armes de Flandre à Paris, portant lettres au roi de Sicile et aux ducs d’ürléans et de Berri, pour eux signifier les causes de sa venue, en eux requérant que lui souffrissent parler, ou au moins ses gens au roi ou au duc d’Aquitaine, et qu’il étoit venu pour tout bien , et que ce qu’il avoit juré et promis il vouloit

cnlrotcnir, et qu’ainsi voulsissent faire de leur partie : disant outre qu’ils laissassent le roi et le duc d’Aquitaine dominer et gouverner son royaume sans eux tenir en servitude, et spécialement icelui duc d’Aquitaine , lequel ils détiennent à sa très grand’ déplaisance. Mais quand le dit roi d’armes vint devant la porte Saint-Antoine , il lui fut dit qu’il n’entreroit pas dedans et ne recevroit-on pas ses lettres, et s’il ne s’en alloil bien en hâte, qu’on lui feroit déplaisir. Lequel oyantee, conseilla à luimême, prit les dites lettres, les bouta en un bâton fendu, lequel il ficha en terre, et là les laissa, et le plus tôt qu’il put s’en retourna à Saint-Denis devers son maître le duc, qui en persévérant fut plus malcontent que devant. Néanmoins, voyant que rien nepouvoit achever de son intention , délibéra avecque son conseil de retourner en son pays; et par aucuns peu de jours vint à Compiègne, le chemin qu’il avoit tenu. Dedans laquelle ville et en la cité de Soissons il laissa garnison de gens d’armes et de trait : est à savoir, au dit lieu de Compiègne , pour capitaine messire Hue de Langny, les seigneurs de Saint-Léger et de Serez, Hector et Philippe de Saveuse, Bouvelet de Magenshien , et plusieurs autres experts hommes de guerre, jusqu’à cinq cents combattants ou environ ; et à Soissons fut mis Enguerrand de Bournonxille , messire Collart de Eiennes, Lamon de Launoy, Guiot Le Boutillior, normand, messire Pierre de Menaull et plusieurs autres gens de guerre.

Et fut conclu par le dit duc avec sa chevalerie et les dites bonnes villes que jusqu’à tant que le roi et le duc d’Aquitair» seroient en plein régime et franchise, sans être ainsi détenus, et qu’ils se gouverneroient par telles bonnes personnes qu’il leur plaira, et que les dits seigneurs qui ainsi les détiennent et les gens de leur bande seront chacun en son pays, si comme lui de Bourgogne et ceux de son parti s’olfrent à eux en aller en leurs terres et pays, ils ne se départiront de celle opinion et ne donneront point d’obéissance au mandement du roi , donné par le conseil et avis des dits seigneurs, ni de ceux de leur parti; et tout cela le dit de Bourgogne, nobles et bonnes villes signifieront et veuillent signifier à toutes bonnes personnes de ce royaume ; et ce même

LlVRi: PREMIER.

leur mande le duc de Bourgogne, de par le roi et le duc d’Aquitaine ; et de sa partie il requiert qu’à celle fin ils le veuillent aider à ceux adjoindre avec lui; et en ce faisant, eux et chacun d’eux acquitteront leur loyauté, et en seront recommandés toute leur vie. Et le dit duc leur promit d’eux aider et conforter de tout son pouvoir, et de ce leur bailla ses lettres ; et après se partit de Compiègne et retourna à Arras.

Si envoya ses Bourguignons , qui étoient environ sept cents tances , vivre au pays de Cambresis et en Thierache, au conlempt du roi Louis, qu’il n’aimoil point, et aussi de messire Robert de Bar, qui pas ne l’avoit voulu servir en ce voyage, et si étoit son homme lige.

Auquel lieu d’Arras il manda à venir devers lui, le deuxième jour de mars, les trois états du pays d’Artois , et par spécial les nobles , avec lesquels il eut grand parlement sur ses affaires ; et leur fit montrer par le seigneur de d’Othaing les trois lettres que lui avoit écrites le duc d’Ac(uitaine. Après qu’elles furent lues, atfirma sur la foi, présents tous les seigneurs là étant, et autres, qu’elles étoient écrites et signées de la propre main du dessus dit duc d’Aquitaine. Et après que tout ceux-là étants lui curent promis de le servir à l’encontre de tous scs adversaires, excepté le roi et scs enfants, et aussi qu’il eut ordonné par conseil à écrire lettres à plusieurs bonnes villes, desquelles la teneur s’ensuit, lesquelles furent envoyées à Amiens, il se départit et s’en alla en son pays de Flandre pour faire pareillement.

« Très chers et bons amis, pource que toujours voulons et désirons , vous et autres , et tous autres bons et loyaux sujets de monseigneur le roi, et les bienveillants aussi de mon très redouté seigneur le duc d’Aquitaine, dauphin de Vienne, être avertis de tout ce qui peut loucher à son bon état et honneur, et celui de son royaume, et du bien public d’icclui, afin d’aider à pourvoir à iceux justement et loyaument , ainsi qu’il appartient, nous signifions qu’à la très singulière reciuètc de mon dit seigneur d’Aquitaine, duement à nous faite par trois paires de lettres closes, écrites et signées de sa propre main, contenant en

etfet que , sur tout le plaisir et service que jamais nous lui désirions à faire, nous venissions devers lui le mieux et le plus grandement accompagné que nous pourrions, nous, obtempérant à son bon plaisir et volonté, comme faire le devions, sachant aussi le grand danger et servage en quoi il étoit, et encore par aucuns est détenu au chàtel du Louvre, contre droit et raison , à son très grand et amer déplaisir, nous mîmes en armes à puissance, non pas par ambition ou concupiscence d’avoir aucune nouvelle domination en ce royaume, ni pour rompre ou enfreindre aucunement la paix jurée et promise par nous, laquelle nous voulons sur toutes choses garder et entretenir, mais seulement pour obéir, ainsi que nous sommes tenus , au bon plaisir et volonté de monseigneur le roi et de mon dit seigneur d’Aquitaine, en intention de les mettre de tout notre pouvoir hors du danger devant dit, sans faire guerre, dépouiller, ni dérober, ni faire ou porter quelque dommage; mais sommes venus en courtoisement et amiablement vivant, en payant nos dépens, jusque dans la ville do Saint-Denis en France. Duquel lieu , le plus tôt que nous y fiimes entrés, nous envoyâmes par notre héraut, le roi d’armes d’Artois, certaines lettres closes adressant à monseigneur le roi , à madame la reine et à mon dit sieur d’Aquitaine, et aussi à la bonne ville de Paris, par lesquelles nous les notifiions, et savoir faisions notre venue, et que aucunement nous ne venions pour faire guerre ni la dite paix enfreindre, mais venions au mandement de mon dit seigneur d’Aquitaine, et pour obéir à son bon plaisir, comme dit est, en requérant d’avoir actes de parler et d’ètre ouï devers monseigneur le roi et monseigneur d’Aquitaine pour toujours faire notie devoir, et aussi faire ses bons vouloir et plaisir, et de tout notre pouvoir accomplir, comme raison est et que nous sommes tenus.

» IMais, cela nonobstant , la représentation de nos dites lettres, rigoureusement et sans cause, raisonnable par le comte d’Armagnacet autres ses adhérents fut empêchée, en grand contempt et vitupère de nous et des nôtres, en disant jiar ledit comte à notre dit héraut que s’il ne se partoit bientôt et sans demeure, et que s’il, ou autre de nos gens, revenoil plus.

OTi lui feroil couper la lôlc. Et pour ce du dit lieu Saiul-Deiiis, notablement et grandement accompagné de nos gens d’armes et de trait, le samedi ensuivant dixiéme jour de ce présent mois de février, nous partîmes et allâmes en propre personne devant la villé de Paris, sans faire aucun mal é personne, en l’intention do dire ou faire dire amiablemcnt les causes de notre avènement , ou moins d’avoir plus gracieuse réponse que n’avoit eue notre dit héraut. Mais depuis que nous filmes là venus et que nous eilmes envoyé à Saint-Honoré, qui étoit plus près de nous, notre dit héraut , et après lui quatre de nos notables chevaliers pour requérir, comme dessus , être ouïs , il leur fut dit qu’ils se reculassent arrière, ou autrement trairoit-on contre eux. Et sans plus dire, ni eux vouloir ouir ou autrement écouter, furent traits d’arbalètes , dont il nous déplut et déplaît, et non sans cause. Et jà soit ce que toutes ces rigueurs désordonnés nous fussent faites sans le su ni consentement du roi ni de monseigneur d’Aquitaine , et que nous avons tout ce voulu soulTrir et porter en patience , avec la prise de plusieurs de nos officiers, pour toujours entretenir la dite paix, et que bien doucement, sans aucun commencement de guerre, ou autrement souffrir être malfait pour l’honneur de monseigneur le roi et du dit monseigneur d’Aquitaine, retournâmes au dit lieu de Saint-Denis, en délaissant paisiblement tous vivres, marchandises, et autres choses parmi le lieu de Saint-Denis aller à Paris comme il faisoit avant notre avènement.

» Toutefois nous avons entendu que par aucunes haineuses et désordonnées inductions faites contre l’honneur de monseigneur le roi et de mon dit seigneur d’Aquitaine, et de tout le bon état de la chose publique de ce royaume, et sans ce qu’il vienne ou procède par quelque manière de leur volonté ou intention , moult de lettres si ont été faites injustement, mauvaisement et haineusement données et octroyées contre toute bonne justice, par lesquelles de par monseigneur le roi , nous et tous autres qui ont été en notre compagnie devant la ville de Paris, comme dit est, sont bannis et abandonnés de son royaume, nonobstant que nous ni iceux, maintenant ni autrefois, ne l’ayons

pas desservi , et que ne sommes pas de ceux qu’autrefois l’ont assis devant la ville de Paris, et qui damnablement en plusieurs lieux de son royaume ont bouté les feux, ont occis ses sujets, ont forcé les femmes, ont violé pucelles, dépouillé et dérobé églises, villes, châteaux et autres lieux, et fait plusieurs autres grands maux, inhumanités et cruautés; lesquels, en persévérant toujours de mal en pis en leur mauvais et damnable propos , tiennent monseigneur le roi et monseigneur d’Aquitaine en danger, comme dit est dessus.

» Et pource, mes très chers et bons amis, que toutes les choses devant dites sont faites contre la dite paix faite à Auxerre, contre la cédule dernièrement faite à Pontoise pour le bon entretènement, et qui nous sont tant importables que nullement nous ne le pouvons porter ni souffrir sous dissimulation. Et par spécial pour la considération de ce que, tant par monseigneur le roi et mon dit seigneur d’Aquitaine comme par tous seigneurs de son sang et grand-conseil, et depuis par plusieurs prélats et notables de ce royaume, ensemble députés de plusieurs bonnes villes pour et en leurs noms , c’est à savoir de Paris , Rheims, Rouen, Laon, Beauvais, et autres de plusieurs provinces de ce royaume, sur ce noblement assemblés , fut promis et solennellement juré de faire aide, confort et assistance à tous ceux qui la dite paix entretiendroient , et de résister et demeurer contre tous ceux qui aucunement l’enfreindroient: nous vous signifions ces choses, vous affirmant qu’elles sont vraies, afin que s’il vous étoit donné à entendre le contraire, que vous n’y ajoutassiez aucune foi, mais veuillez toujours être et demeurer envers monseigneur le roi et monseigneur d’Aquitaine bons , vrais et loyaux , comme toujours avez été, et nous aider et conforter, et nous assister à cette partie, si comme nous avons en vous vraie et grande fiance, et que, comme dit est, a été promis et juré. Car pour vrai, nous entendons. Dieu devant, avec bonne aide pour le bien, aider monseigneur le roi et monseigneur d’Aquitaine de leur franchise, liberté et domination , ainsi comme ils doivent être, et que ceux qui ainsi les tiennent en servage et danger, et les leurs, soient hors de leur compagnie et en leurs pays, ainsi que nous

sommes prêts de faire pour l’observance de la dite paix et le bien commun de ce royaume, lesquelles choses nous désirons. Et s’il est quelque chose que vous veuillez et nous puissions, sachez certainement que nous le ferons de très bon cœur, au plaisir de Dieu, qui vous ait en sa sainte garde.

» Ecrit en notre ville d’Arras , sous notre scel de secret ci plaqué, le vingt-septième jour de février l’an mil quatre cent treize. El dessus étoit écrit en la marge : « Le duc de Bour- » gogne , comte de Flandre et d’Artois. » Et afin, très chers amis, que vous soyez plus pleinement informés et acerlenés des lettres du dit monseigneur d’Aquitaine et du contenu en icelles à nous envoyées, comme dit est dessus, nous vous envoyons , comme dit est dessus , avec ces présentes, le vûlhnus d’icelles, fait sous scel authentique. Ainsi signé,

»VlGMER. »

Et éloient lettres-patentes en papier, scellées.

El en la suscription avoil : « A nos très chers cl bien aimés nos bourgeois, manants et habitants de la ville d’Amiens. »

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