‹ ChroniquesChapitre 126 sur 562 · CHAPITRE CXXYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXYI

Comment le duc d’Aquitaine, parlant de Paris, alla à Senlis devers le roi, et de IA allèrent mettre le siège devant U ville de Compiègne.

Au commencement de cet an ^ , c’est à savoir le lundi de Pâques, le duc d’Aquitaine, premier fils du roi, partit de Paris à très belle compagnie, et alla à Senlis, où étoit le roi son père ; lequel roi , accompagné de plusieurs princes , prélats et grand’ chevalerie, partant de Senlis, alla loger à Verberie -, et la reine, avec elle la duchesse d’Aquitaine, de Paris allèrent demeurer à Meaux en Brie, après le parlement du roi dessus dit. El le duc de Berri seul et pour tous demeura capitaine de Paris et gouverneur des marches à l’environ. Le roi Louis s’en alla à Angers , et depuis retourna à Paris , et ne fut pas pour ce voyage en la compagnie du roi de France.

Lequel roi de France, de Verberie, avec ses princes, s’en alla vers Compiègne ; et quand il fut auprès, envoya un de ses hérauts à la porte de la ville noncer à ceux de dedans comment leur roi venoil à belle compagnie , et qu’ils le missent dedans, ainsi que loyaux sujets doivent faire à leur seigneur. Lesquels de la ville firent

' En rontnicnçanl l’année à l’àques, comme .Monslre- Icl le fait toujours.

* Sur l’Oise, à trois lieues de Senlis, et quatre do Compiègne.

CHROISIQUES D’ENGUÉRRÀND DE MONSTRELET.

réponse que très volontiers le reccvroient lui et son fils duc d’Aquitaine, avec tout leur état et non autrement. Lesquelles paroles le dit héraut reporta devers le roi son seigneur, qui se logea en la maison d’un bourgeois, entre la ville et la forêt; cl le duc d’Aquitaine se logea en l'abbaye de Royal-Licu. Et les autres princes et capitaines où ils purent le mieux. Et toujours continuoient les engins du roi ù jeter contre la ville, où ils firent de grands dommages. Et entre-temps se firent plusieurs escarmouches des uns contre les autres; entre lesquelles en y eut une dont il faut faire aucune mention , c’est à savoir que le premier jour de mai approchant, messire Hector, bâtard de Bourbon, manda aux assiégés que le jour de mai les viendroit réveiller. El pour tant, le dit jour de mai, monta à cheval , et avec lui deux cents hommes d’armes roides et experts en fait de guerre . avec aucunes gens de pied ; et tous ensemble, chacun un chapeau de mai sur leurs tètes par dessus leurs armures, les mena auprès de la porte de Pierrefons pour porter une branche de mai à iceux assiégés, comme mandé leur avoit ; lesquels de toute leur puissance firent grand’ résistance au dessus dit, et tant qu’à cette besogne eut un très dur et fort estour des uns contre les autres , dont les aucuns de chacune partie furent morts et navrés cruellement; et mômement le dit bâtard de Bourbon eut son cheval tué sous lui, et fut en^grand péril d’êire tué ou d’être prisonnier de ses adversaires.

Durant lequel temps , le duc de Bourgogne tint plusieurs parlements avec ses Flamands , afin qu’ils lui voulsissent aider de certain nombre de gens pour lever le dit siège de Compiègne ; mais de ce ne lui voulurent rien accorder, disant que contre le roi il ne se vouloienl pas armer. Et pour tant le dit duc de Bourgogne , à qui ses gens de la ville de Compiègne avoient déjà envoyé savoir s’il leur bailleroit secours, fit réponse à iceux qu’ils prinsissent appoinlemenl avec le roi ou le duc d’Aquitaine le plus courtoisement qu’ils pourroienl. Lesquels, de ce avertis, traitèrent avec le roi, par condition que tous les gens du dit duc de Bourgogne s’en iroient, saufs leurs corps et leurs biens , par ainsi qu’ils promirent, ou leur capitaine pour eux , de ne jamais tenir contre le roi ni le duc d’Aquitaine nulles places ni villes qui leur ap-

partinssent. Semblablement le roi pardonna aux bourgeois et habitants de la dite ville leurs offenses, en iceux recevant à merci, saufs leurs corps et leurs biens.

Ainsi et par icelle ordonnance fut reçue à merci la ville de Compiègne, le lundi huitième jour de mai ; en laquelle , après que les gens du dit duc de Bourgogne furent partis, ayant sauf-conduit du roi et du duc d’Aquitaine, entra le dit roi et le duc d’Aquitaine dedans la ville, où ils séjournèrent aucune espace ; et les dits Bourguignons partis de Compiègne se retrahirent au pays d’Artois.

Auquel temps Waleran, comte de Saint-Pol, qui se disoit encore connétable de France, chevauchant de la ville d’Amiens pour aller à Saint-Pol , chut de son cheval si roidement qu’il se rompit la jambe ; et pour la grand’ douleur d’icelle , se fit porter en son châtel de Saint-Pol. Toutefois il fut aucunement bruit qu’il feignoit être ainsi blessé, afin d’être excusé d’aller au mandement du roi , duquel par plusieurs fois avoit été sommé et requis , et par pareil cas du duc de Bourgogne , lesquels il véoit en grand’ tribulation l’un contre l’autre, dont moult lui déplaisoit. Et pareillement messire Jacques de Châlillon, chevalier, seigneur de Dampierre, soi disant amiral de France, se tint toute cette saison en son châtel de Ramecourt , feignant être malade de goutte , dont souvent éloit occupé, afin d’être excusé, ainsi que le dit connétable , de ser\ir le roi en son armée, ou le dit duc de Bourgogne, dont moult désiroit le salut. Toutefois leurs gens , qui avoient accoutumé d’aller en armes avec eux quand il se mettoient sus, se mirent tous, ou au moins la plus grand’ partie, à servir le duc de Bourgogne contre le roi et ses favorisants.

Durant cette guerre, ainsi et par la manière dessus dite , étoient plusieurs seigneurs en grand souci , et ne savoient bonnement comment trouver manière à leur honneur de eux excuser envers les seigneurs dessus dits.

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