‹ ChroniquesChapitre 128 sur 562 · CHAPITRE CXXYHl · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXYHl

Coninifiit, après U pris»; de Soissons, le roi s'en .alla à Sainl-

Quenlin, el puis à Péronne, pour entrer au paysd’.Vrlois.

Après toutes les besognes dessus dites , le roi, partant de Soissons , s’en alla en la ville de Laon, où il fut grandement et joyeusement reçu du clergé , bourgeois cl habitants de la ville. Auquel lieu vint tantôt devers lui, par sauf-conduit, Pliilippe, comte de ^evers, baron do l)on/y, do Ügnoo royato, froro gormain j

du duc de Bourgogne ; et fut logé par les fourriers du roi en l’abbaye de Saint-Martin de Prémonlré. Et avoit été le dit de Nevers averti par un de ses féables que le roi devoit envoyer en sa comté de Béthel gens d’armes atout puissance, pour , par force d’armes, le saisir et mettre en sa main. Et pour ce , lui venu à Laon, mit toutes les seigneuries qu’il avoit au royaume de France en la main du roi, requérant merci et pardon de toutes ses offenses, promettant que désormais en avant en celte querelle ne feroit à son frère , duc de Bourgogne, aide en aperl ni en couvert contre le roi son souverain seigneur. Laquelle chose faite, bailla en ôtage, pour accomplir et entretenir les dessus dites promesses, le seigneur de Lor i et aucuns de scs aulres hommes féodaux ; et par ainsi s’en alla le dit duc de Nevers à Mézières-sur-3Ieuse, par la licence du roi.

En outre, le roi, étant à Laon, refit publier nouveaux mandements par tout son royaume, afin d’avoir aide de ses chevaliers et aulres qui ont accoutumé d’eux armer; et le dixième jour de juin s’en alla en Thiéraschc, el de là à Ribernont, el puis en sa ville de Saint-Quentin , auquel lieu vint devers lui la dame de llainaul , sœur du duc de Bourgogne , à deux cents chevaux en moult noble arroi, pour traiter envers le roi et le duc d’Aquitaine de la paix du dit de Bourgogne. IVfais finalement, quand le roi eut ouï son conseil, la dite dame ne put rien traiter de la paix de son frère. Pour quoi , après ce qu’elle eut pris congé du roi , se partit de Saint-Quentin et s’en alla par-devers le duc de Bourbon et Charles d’Albret , connétable de France , conduiseur de l’arrière-garde , auxquels elle prit congé. Et tant chevauchèrent en sa compagnie quatre des chevaliers du roi pour la conduire, qu’elle trouva les Bourguignons , qui étoient environ deux cents bassinets, venant au secours du duc de Bourgogne; desquels étoient capitaines messire Gautier de Rupes, les seigneurs de 3Iontagu el de Thoulongeon , messire Guillaume de Champ -Divers , Le Veau de Bar, bailli d’Auxois, el plusieurs qui étoient logés vers Marie , en tirant vers llainaut : mais ce venu à la connoissance des

• Aiiilirnisp do I.oie, qui fui depuis prévôt de Paris.

dits chevaliers du roi , tantôt retournèrent ù leur ost pour signifier la venue des dits Bourguignons, afin qu’ils fussent combattus. Et incontinent le duc de Bourbon, le connétable et plusieurs autres capitaines , atout bien quatre mille combattants , hâtivement chevauchèrent vers Hainaut par la Chapelle, en Thiérasche , tant comme chevaux les pouvoient porter , pour atteindre et combattre les dits Bourguignons. Lesquels ils poursuivirent jusqu'au pont de Mie-Bray sur l’eau de Sambre, assez près de Beaumont ; et là tuèrent et prirent aucuns Bourguignons qui conduisoient le charroi ; entre lesquels fut pris le dessus dit Veau de Bar , bailli d’Auxois ; et de là suivirent les dites gens du roi jusque vers Notre-Dame de Hal les dits Bourguignons, lesquelles s’en allèrent loger ès faubourgs de Bruxelles. Et iceux gens du roi , voyants qu’ils ne pouvoient les atteindre, retournèrent parmi le pays de Hainaut, en prenant plusieurs biens et vivres des bonnes gens du pays, qui de ce rien ne se doutoient , et vinrent jusqu’à Guise en Thiérasche ; auquel lieu ils trouvèrent le roi atout son exercite, qui là étoit retourné pour combattre les dessus dits Bourguignons ses ennemis. De laquelle chevauchée moult déplut au duc Guillaume , comte de Hainaut , pour tant que son l)ays avoit été ainsi fourragé et couru.

Tantôt après, le roi retourna à Saint-Quentin, et les Bourguignons par devers Audenarde s’en allèrent à Douai, où ils trouvèrent le dit duc de Bourgogne , duquel furent reçus authentiquement, comme s’ils eussent été tous ses frères. Et vint la dite dame de Hainaut, sa sœur, comme dit est, laquelle de toute sa force et pouvoir sa paix envers le roi procuroit , mais encore n’y avoit pu trouver aucun moyen.

En outre, le roi, de la ville de Sainl-Quenlin, avecque les princes, s’en alla à Péronne, et se logea en son châtel; et la fête de saint Pierre et de saint Paul , apôtres , solennellement en l’église de Saint-Quentin fort y solennisa ; et le lendemain d’icelle fêle la dite dame de Hainaut et son frère, le duc de Brabant, vinrent devers le roi au dit lieu de Péronne pour la cause dessus dite. Lesquels royalement et grandement furent reçus, et puis firent au roi la requête pour quoi ils étoient venus.

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Le dimanche ensuivant , premier jour du mois de juillet , fit le duc de Guienne à la dite dame et à son frère un grand et noble dîner, en lequel il les festoya très solennellement. Semblablement étoient venus , avecque la dite dame et son frère, aucuns des plus notables bourgeois , et des quatre métiers de Flandre vers le roi, pour les trois états dudit pays de Flandre , lesquels à grand’ joie furent reçus ; et leur fit à leur département le roi donner par sage disposition cent marcs d’argent i| en vaisselle dorée , dont iceux furent moult réjouis. Mais finablement , la dite dame de Hainaut et son frère le duc de Brabant ne purent pour cette fois traiter devers le roi la paix de leur frère le duc de Bourgogne ; pour quoi, tristes et dolents , à Douai vers lui s’en retournèrent. Et lors le dit duc de Bourgogne conclut avecque tous ses capitaines de résister par toutes voies et manières contre ses ennemis , excepté seulement la personne du roi et son fils le duc d’Aquitaine. En après icelui duc s’en retourna en son pays de Flandre.

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