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CHAPITRE CXXXVI

Comment le roi Lancelot finit sa vie ; et du roi Louis, son adversaire , qui envoi'a le maréchal de France à Naples, et

autres besognes.

En ces jours furent apportées nouvelles de par le roi de France (pic le roi Lancelot, adversaire du roi de Sicile , étoit trépassé, ce qui étoit vérité. Et fut la manière de la mort du dit Lancelot telle qu’il s’ensuit. Vrai est qu’il fut amoureux de la fille d’un sien médecin, laquelle étoit moult belle; et pour accomplir en icelle sa volonté, fit parler ù icelui mé-

’ La plupart de ces noms, aussi bien que ceux de Hongrie cl de Bohème, sont méconnaissables.

® De Stable.

* Toul.

* Voyez, pour les détails relatifs au couronnement des empereurs d'.Mlemagne, la Bulle d’or de Charles IV; le !''■ Volume du ('.érémonial diplomatique des cours de l’Europe, in-fol.; le Discours historique sur l'élcelion des empereurs, 2 à U>; rOcta\iratus de Henri Cunlher, Thulcmarius, etc.; et pour les noms des chevaliers allemands, le Turnierbuch de Bixcn,

decin qu’il se voulsît consentir qu’il fit sa volonté de sa fille ; mais cil par plusieurs fois lui refusa , en mettant plusieurs raisons contraires à la requête dessus dite; et enfin, comme contraint , et non pouvant être reçu aux dites excusalions, bailla son consentement et feignit qu’il en étoit content, ce qui n’étoit pas vérité, comme il apparut assez clairement ; car lui-même, en parlant à sa dite fille et lui donnant à entendre que cette besogne lui étoit agréable, et qu’elle voulsît user de son conseil, pour avoir l’amour du roi à toujours, lui bailla une petite boîtelette pleine d’oignement, et lui enhorta que quand ce viendroit l’heure que le roi dessus dit viendroit en sa compagnie pour la connoître charnellement, elle oignît son ventre pardessus la bouline dudit oignement ; laquelle doctrine elle retint , et accomplit l’intention dessus dite. Et pource, quand le roi vint avec elle pour accomplir son désir et qu’il eut habité avec elle, fut assez tôt après tout épris de feu, et la fille pareillement ; et en conclusion, par le moyen de ce, finirent leurs jours assez bref ensuivant , très [lileuscment et à grand’ douleur.

Après laquelle cruauté , le dessus dit médecin, devant qu’on s’en pût percevoir, se rendit fugitif et partit du pays.

Après lesquelles nouvelles venues en France, comme dit est, le dessus dit roi Louis fit grand’ assemblée pour aller au royaume de Naples, et envoya devant le seigneur de Longny, maréchal de France, à grosse compagnie. En outre , le roi do France étant à Sentis , comme dit est , fut ordonné le duc d’Atiuilaine de par le roi et son gi and-conscil gouverneur et dispensateur de toutes les finances du royaume de France et du dit roi, laquelle chose moult déplut au duc de Berri ; et pour ce fit assembler le prévôt des marchands, les échevins et bourgeois de Paris, l’université, les seigneurs des chambres de parlement et des comptes, en un certain lieu à Paris , et fit proposer par l’évêque de Chartres et par autres de ses gens devant les dessus dits l’infirmité du roi et la grand’ jeunesse de son dit fils, et conséquemment l'inhabilité d’iceux à gouverner; et comment pour la prochainelé du sang royal, car il étoit fils, frère et oncle des rois, à lui, de droit , devoit en tel cas appartenir la gou-

verne du dit royaume , et non à autre. Pour quoi à iceux alTectueusenient requéroit qu’à lui en ce voulsissenl ùlre favorables et aider. Lesquels répondirent qu’il n’apparlenoit pas deux à parler de celle besogne, mais au roi notre sire ou à son grand - conseil, auxquels il appartient ordonner de ce; pour quoi de ce se excusèrent vers le dit duc.

Et à l’entrée du mois de septembre, le roi, partant de Senlis, alla à Saint-Denis, où il fut jusqu’au quatorzième jour du dit mois; auquel il retourna à Paris à grand honneur en son hôtel de Saint-Pol, et son fils le duc d’Aquitaine avec lui. Avec le roi éloient les ducs d’Orléans, de Bourbon, de Bar, et Louis, duc en Bavière; les comtes de Vertus, d’Alençon, de Richemont, d’Eu, d’Armagnac, de La Marche, de Vendôme, de Marie, de Dammartin, et aucuns prélats, barons, chevaliers et autres sans nombre. A l’encontre duquel roi vinrent de Paris le duc de Berri, les gens des chambres de parlement et des comptes, le prévôt de Paris et des marchands, les échevins et bourgeois de Paris, et habitants sans nombre, criant Noël! pour la joie du retour du roi en Paris, faisants grands feux par les rues et carrefours de toute la cité le dit jour, et la nuit ensuivante entendant à boire et à manger, et criant l’un à l’autre : « Vive le roi ! vive le roi! vive le roi, et son fils le beau duc d’Aquitaine ! »

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