CHAPITRE CLllI
ComniKiU lü roi dt France et plusieurs de scs princes étant avec lui à Itoiien ronclurenl en conseil iiuc le roi d Angleterre scroit I oinbatlu.
Durant le temps dessus dit, le roi de France et le duc d’Atiuilaine >inrenl à Rouen, auquel lieu, le vingtième jour d’octobre, fut lenr un conseil pour savoir ce qui éloil à faire contre le roi d’Angleterre. Autjuel lieu furent j réscnls le roi Louis, les ducs dcBcrri cl de Bre-
CHRONIQUES D’ENGÜERRAND DE MUNSTRELET. [I4i5j
(agne, le comte de Ponthicu, mains-né fils du roi, les chanceliers de France et d’Aquitaine, et plusieurs autres notables conseillers , jusqu’au nombre de trente-cinq ; lesquels, après que plusieurs choses en présence du roi eurent été pourparlées et débattues sur celle matière, fut en la fin conclu par trente conseillers du nombre dessus dit que le roi d’Angleterre et sa puissance seroient combattus ; et les cinq, pour plusieurs raisons , conseilloient pour le meilleur à leur avis qu’on ne les combattît pas au jour nommé ; mais en la fin fut tenue l’opinion de la plus grand’ partie. Et incontinent le roi manda détroitementàson connétable, par ses lettres et à ses autres officiers , que tantôt se missent tous ensemble avec toute la puissance qu’ils pourroient avoir, et combattissent le dit roi d’Angleterre et les siens. Et lors après ce fut hûlivement divulgué par toute France que tous nobles hommes accoutumés de porter armes , veuillants avoir honneur, allassent nuit et jour devers le connétable où qu’il fût. Et mêmement Louis , duc d’Aquitaine , avoit grand désir d’y aller, nonobstant que par le roi son père lui eût été défendu ; mais par le moyen du roi Louis de Sicile et du duc de Berri , il fut allargé de non y aller.
Et adonc tous seigneurs en grand’ diligence se tirèrent tous ensemble devers le dit connétable , lequel approchant le pays d’Artois envoya devers le comte de Charolois, seul fils du duc de Bourgogne , le seigneur de Montgoguier, pour lui certifier la conclusion qui étoit prise de combattre les Anglois , en lui requérant bien affectueusement de par le roi et le dit connétable qu’il voulsît être à icelle journée. Lequel de Montgoguier le trouva a Arras, et fut de lui et de ses seigneurs très honorablement reçu. Et après qu’il eut exposé la cause de sa venue au dit comte de Charolois , présent son grand-conseil, lui fut répondu par les seigneurs de Roubaix et de La Viefville, qui éloienl avec lui ses principaux gouverneurs , que sur sa requête il feroit si bonn intelligence qu’il appartiendroil, et sur ce se partit. Toutefois, jà soit ce que le dessus dit comte de Charolois désirât de tout son cœur d’être à combattre les dits Anglois, et aussi que les dits gouverneurs lui donnassent à entendre qu’il y
SGioit, néanmoins leur étoit défendu expressément de par le duc .Tean de Bourgogne son père et sur tant qu’ils pouvoient méprendre envers lui qu’ils gardassent bien qu’il n’y allât pas. Et pour cette cause , afin de l’éloigner, le menèrent de la dite ville d’Arras à Aire. Auquel lieu furent derechef envoyés de par le connétable aucuns seigneurs , et jMontjoie, roi d’armes du roi de Fiance , pour faire pareilles requêtes au dit comte de ( harolois comme les devant dits. IMais à bref dire fut la besogne toutefois alfargée par les dessus dits gouverneurs; et mêmement trouvèrent manière de le tenir dedans le châlel d’Aire le plus coyment et secrètement qu’ils purent faire, afin que pas il ne fût averti des nouvelles ni du jour de la dite bataille.
Et entre-temps la plus grand’ partie des gens de son hôtel , qui savoient bien les besognes approchées, se partirent coyment et secrètement sans son su, et s’en allèrent secrètement avec les François pour être à la dite journée et combattre les dits Anglois. Et demeurèrent avec le dit comte de Charolois le jeune seigneur d’Antoing et ses gouverneurs dessus dits. Lesquels en la fin, pour l’apaiser, lui déclarèrent la défense de non le laisser aller à icelle besogne, ce qu’il ne prit pas bien en gré ; et comme je fus informé, pour la déplaisance qu’il en eut se relrahit en sa chambre très fort pleurant.
Or, convient retourner au roi d’Angleterre, lequel de Mouchy-la-Gache , où il étoit logé, comme dit est dessus, se lira par devers Encre, et alla loger en un village nommé Forceville , et ses gens se logèrent à Acheu et ès villes voisines. Et le lendemain , qui étoit le mercredi , chevaucha par emprès Lucheu , et alla loger à Bouviers-l’Ecaillon ; et le duc d’York, son oncle, menant l’avant-garde, se logea a Fremont, sur la rivière de Candie.
Et est vrai que pour cette nuit les dits Anglois furent bien logés en sept ou huit villages en l’éparse. Toutefois, ils n’eurent nuis empêchements, car les François étoient allés pour être au-devant d’iceux Anglois vers Saint-Pol et sur la rivière d’Anjain. Et le jeudi , le dessus dit roi d’Angleterre de Bouviers se délogea; et puis, chevauchant en moult belle ordonnance, alla jusqu’à Blangy, auquel lieu,