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CHAPITRE CLXXXV

Commenl le dessus dit duc de Bourgogne envoj a son héraut i l’aris devers le roi; la réjionse qu’d cul, cl du siège de ^lont-lc-IIéry, et autres niaiiércs.

Durant le temps que le dit duc de Bourgogne étoil logé à l’Arbre-Sec, sur le mont de Chàlillon, devant ladite ville de Paris, envoya un sien héraut, nommé Palis, qui depuis fut roi d’armes de Flandre, atout scs lettres, vers le roi et le dauphin. Biais quand il vint à la porte, fut mené devers le comte d’Armagnac et le conseil du roi, lesquels le firent parler au dit dauphin, qui étoil instruit par iceux de la réponse qu’il devoil faire à icelui héraut, qui lui bailla ses lettres, pource qu’il ne pouvoit parler au roi , et lui dit en bref la charge qu’il avoit de par son seigneur le duc. Auquel répondit le dit dauphin par grand courroux ; » Héraut, contre la volonté de monseigneur le » roi et de nous, ton seigneur de Bourgogne jà » pieça a dégàlé son royaume en plusieurs » lieux. En continuant jusqu’à maintenant de » mal en pis, il montre mal qu’il soit notre » bienveillant, comme il nous écrit ; et s’il veut » que monseigneur et nous le tenions pour » notre parent loyal, vassal et sujet, il aille » combattre et débouler le roi d’Angleterre, » ancien ennemi de ce royaume, et après re- » tourne devers monseigneur le roi, et il sera » reçu. El ne dise plus que monseigneur le nû » et nous soyons en servage à Paris de nulle •> personne, car nous sommes tous deux en » notre pleine liberté et franchise, et garde » que lu lui dises publiquement devant ses » gens ce que te disons. »

Après lesquelles paroles, le dit héraut s’on

CimOMQUES D’I:^•CUERRA^]) DE MONSTRELET. J4\7]

retourna devers son soigneur le duc de Bourgogne, et lui raconta les paroles que lui avoil faites le dauphin, desquelles le duc de Bourgogne ne fit pas grand seuiblanl de courroux, considérant que c’était par l’induction de ceux qui gouvernoient le roi.

En après, le dit duc, voyant qu’il n’entreroit pas dedans Paris, et que ceux à lui favorables ne pouvoient achever ce qu’ils lui avoient mandé, se délogea de l’Arbre-Scc, et s’en alla à tout son ost mettre le siège devant le chùtel de Mont-le-Héry ; mais les assiégés, sachant la puissance du dit duc de Bourgogne, pensant qu’ils n’auroient nul secours, firent traiter avec le dit duc, par si qu’ils se partiroient et lui rendroient la dite forteresse en dedans les huit Jours ensuivant, au cas que le roi ou le connétable ne les secourroil. Lequel traité ils firent sa oir au dit connétable; mais ce rien n’v valut, car ils n’eurent point de secours; pour quoi ils livrèrent la forteresse au dit duc de Bourgogne, comme promis l’avoient.

Et pareillement se rendit en l’obéissance du duc de Bourgogne le château de Marcoussy, Dourdan , Palaiseau et aucunes autres forteresses à l’environ. Et aussi le dit siège de Mont-le-Héry durant, furent envoyés par le dit duc de Bourgogne aucuns de ses gens devant le château Doursay ; lesquels se logèrent en la ville et devant le dit châtel; auquel lieu ils affûtèrent aucuns canons pour icelle abattre et subjuguer. IMais les gens du connétable, en grand nombre, vinrent vers le point du Jour au logis d’iceux, desquels ils prirent et occirent une grand’ partie; cl les autres allèrent au logis du duc de Bourgogne, très fort criant à l’arme, et disant que les ennemis venoient en grand’ puissance. Pourquoi icclui duc hâtivement se lira en plein champ, et là fit mettre ses gens en bataille, prêts comme s’ils eussent vu leurs ennemis. Et éloient les chefs de ceux qui éloient devant la dite forteresse le seigneur de Salusle et le seigneur de Thoulongeon, et aucuns autres du pays de Bourgogne; en laquelle escarmouche fut pris messire Geoffroy de Villiers, chevalier de Rélhclois , et autres , Jusqu’à cinciuante gentilshommes.

Durant lequel temps le duc de Bourgogne envoya messirc Ilélion de Jaqueville, Jean de

Guigny, Jean du Clau et autres capitaines, atout seize cents combattants, devers la ville de Chartres; laquelle, avec Etaïupes, Gaillardon et autres villes et forteresses, se rendit en l’obéissance du duc de Bourgogne; et en demeura le dit Jaqueville capitaine et gouverneur.

Et pareillement furent envoyés messirc Philippe de Fosseux et Robert Le Roux à Auniau, devers la dame de La Rivière, laquelh* promit que dedans ses forteresses d’Auniau*el de Rochefort ne mellroit nulles gens qui fissent guerre ni portassent dommage au dit duc de Bourgogne ni à ses bienveillants.

En outre, en ce temps, se mirent diverses villes, forteresses et aussi plusieurs nobles hommes en la subjection et sous le g' uvei ncment du dit duc de Bourgogne, sur intention qu’il viendroit à son entente de son entreprise et auroil le gouvernement du royaume. Auxquelles villes, c’est à savoir celles qui se mettoient en son obéissance, ne souffroit payer aucune gabelle, imposition ni autres subsides, réservé le sel; et par ainsi acquit grandement la grâce de plusieurs bonnes villes et du peuple de plusieurs pays.

Auquel temps aussi icelui duc envoya scs lettres à plusieurs bonnes villes du royaume, desquelles la teneur s’ensuit:

« Jean, duc de Bourgogne, comte de Flandre, d’Artois et de Bourgogne, palatin, seigneur de Salrn et de Malines.

» Très chers et bons amis, vous avez bien su par vraie expérience le très mauvais gouvernement qui de long temps a été en ce royaume, tant vers la personne de monseigneur le roi et sa domination comme en la chose publique, parce que ceux qui ont pris le gouvernement de mon dit seigneur et son royaume n’ont eu regard à l’honneur appartenant à la majesté royale ; mais icelle du tout en tout ont mis en oubli, tellement que mon dit seigneur est amoindri de tout son état et de ses richesses, pour lesquelles il doit être renommé devant tous les rois chrétiens. Et son dit royaume, qui souloit être renommé au regard de toutes dominations, et a été jusqu’à ici maintenu et gardé soigneusement en justice, tant vers le petit comme le grand, le pauvre comme riche, les dessus dits gouverneurs l’ont gouverné à

leur plaisir, tellement qu’il ne leur a chalu et encore ne fait fors d'êire riches et demeurer en leurs élals cl ofiices, lellemenl que leur ambition et convoitise a été cause de la perdilion des dominations que mon dit seigneur a perdues et perd chacun jour, de la desiruction des nobles morts et détruits par les anciens ennemis de ce ro\ auine, et avec ce des grands finances sans nombre levées par iceux gouverneurs en ce royaume, dont tous les bons sujets de mon dit seigneur, les nobles, le clergé, les bourgeois et le commun peuple de ce royaume sont à peu prés tout déserts et détruits. Et pour obvier aux choses dessus dites au bien de mon dit seigneur et de tout son royaume, nous avons mis en armes avec toute notre puissance, comme il est assez notoire à vous, et jà soit ce que par plusieurs fois nous ayoriS fait savoir, sommer et requerre les dits gouverneurs qu’à ce ils avisassent que cessassent les dits inconvénients, ou autrement nous y pourvoirions au bien de mon dit seigneur, et à ce que l’élat de sa personne fût convenablement mainlenu , son royaume bien gouverné et domination recouvrée. Et encore derechef étant en cùlé de Paris, avons envoyé par un de nos hérauts à mon dit seigneur nos lettres closes, par lesciuelles nous lui déclarons les causes autrefois déclarées, en lui suppliant que puissions approcher à sa personne, et en lui offrant service de corps, comme à noire seigni'ur souverain ; lesquelles lettres les dessus dits gouverneurs no voulurent pas souffrir être baillées à mon dit seigneur, et les nous renvoyèrent; cl dirent à notre héraut que plus ne retournât. El s’efforcèrent de continuer les dessus dits gouverneurs en leur mauvaise gouverne, pour lousdis plus détruire et anichiler les i)auvres sujets de mon dit seigneur, contre lesquels jà pieça ils ont conclu haine mortelle, pource qu'ils savent bien qu’il leur déplaît des mauvais gouvernements, perditions et destructions par eux advenues, et (pii ad viennent chacun jour en ce royaume. Et pour ce, notre intention est de persévérer, quelque chose qu’il nous puisse advenir, afin que puissent cesser les dits inconvénients, et (pie marchandise puisse avoir cours, et le royaume soit gouverné en justice, en tant que pourrons; et ce avons formé en notre propos et intention

pour acquitter notre loyauté. Mcmement qu’il est déclaré par le saint collège romain qu’à nous appartient à avoir recours és besognes de ce royaume, et à avoir le gouvernement d icelui, vu l’empêchement de mon dit seigneur et le jeune âge de mon très redouté seigneur monseigneur le dauphin, et non au comte d’Armagnac, ni à ceux qui se disent être du conseil de mon dit seigneur; et pour les causes contenues en une cédule à nous apportée, et baillée par un notable docteur, ambassadeur du saint collège, de laquelle vous envoie la copie enclose en ces présentes.

» Si vous sommons de par mon dit seigneur, et de par nous vous prions et requérons qu’ayez, sur les choses dessus dites et autres, avis, dont avons à parler à vous et à prendre conclusion telle que soit honorable et profitable pour mon dit seigneur et conservation de sa génération et domination, et à ce que tous les sujets de mon dit seigneur puissent vivre en paix et en justice, et que notre propos et le v(')lre puissent être à la fin que désirons, que le vingtième jour du mois d’octobre prochain venant, en quelque lieu que nous soyons, vous envoyez deux notables personnes du moins à nous, auxquels nous puissions avoir conseil, et ([u’ils aient puissance de traiter et concorder sur les choses dessus dites et les circonstances et dépendances d’icelles, tout ce que pour vous et en votre nom sera traité, passé et accordé par les prélats, chapitres, bonnes villes que nous avons mandés. Et gardez qu’en ce n’ai faute, sur tant qu’aimez le bien de mon dit seigneur, de nous et de tout le royaume ; et si voulez choses que puissions, mandez-lc nous, et volontiers le ferons. Ecrit à notre ost à Mont-le-lléry, le huitième jour d’octobre. »

S’ensuit la teneur de la cédule enclose:

« .le, Henri Nevelin, docteur en décret, ambassadeur du saint collège des cardinaux do Rome, envoyé par iceux à très haut et puissant prince monseigneur le duc de Bourgogne, ai présenté de par le dit saint collège lettres scellées de trois sceaux , c’est à savoir du doyen des évêques, du doyen des prêtres cl du doyen des diacres cardinaux: lesquelles lettres contenoienl créance sur moi; laquelle créance ai exposé à mon dit seigneur de Bourgogne, en

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lui offran!, de par le dit saint collège, la parole

du saint prophète David : Domine, refugûim factus es nobis. C’esl-iWlire : Sire, en ce temps du déluge, nous venons à toi à rePuge. Et après la déduction du dit thème, on comparant le dit saint collège au dit roi David pour plusieurs causes, j’ai exposé à mon dit seigneur de Bourgogne l’état du saint concile de Constance, et les travaux qu’ont eus les cardinaux à poursuivre l’union rie la sainte église. Après lui dis que toute chrétienté étoit unie, excepté un grain de blé en un boisseau, c’est à savoir les comtes de la comté d’Armagnac, qui sont encore en l’obéissance de Pierre de La Lune, lequel est déclaré schismatique, hérétique, et ses adhérents et favorisants suspects de schisme et d’hérésie. Après, lui dis comment j’étois envoyé en France par le dit saint collège, non pas à lui comme au duc de Bourgogne seulement . mais comme à celui qui représente le royaume de France et à qui appartient le gouvernement, pour lui faire certaines prières et requêtes du dit saint collège. Et la cause pour quoi J’étois envoyé devers lui, et que je n’étois pas envoyé devers le roi, monseigneur le dauphin, le comte d’Armagnac ou le conseil du roi, si étoit, comme le dit saint collège m’avoit fait dire, pource que monseigneur le roi étoit occupé et détenu de maladie, monseigneur le dauphin étoit en trop jeune âge, et le comte d’Armagnac entiché de schisme, et aucuns du conseil du roi étoient adhérents au dit comte, et par conséiiuent suspects de schisme. Bien est vrai que le dit comte d’Armagnac n’est pas déclaré schismatique : mais à la session publique par laquelle fut déboulé Pierre de La Lune, et déclaré être schismatique et hérétique, il fut accusé de par le roi des Romains, en propre personne, et par le procureur fiscal du dit concile, et fut entiché de schisme, nonobstant excusations frivoles que fit maître Jean Gerson. Et tantôt, de par le saint collège, je fis à mon dit seigneur trois prières et requêtes : la première, si fut qu’il lui plôt avoir le dit saint collège, le pape et l’état du saint concile pour recommandés, en les gardant et aidant garder en leurs privilèges, franchises et libertés anciennes; la seconde, que s’il y avoit aucuns qui eussent écrit ou écriroienlen temps à venir con- ‘,re le dit saint collège ou le pape, qu’il n’y

voulsît point ajouter de foi; la tierce, que mon dit seigneur voulsît avoir pour agréable ce qui se feroit par le dit saint collège, tant sur le fait d’élection comme sur la réformation de sainte église. » Au bout de laquelle cédule le dit Nevelin avoit mis son seing manuel.

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