LIVRE
lui qui de droit le devoit avoir, considéré l’étal où le roi éloit et la jeunesse de son neveu dauphin duc d’Aquitaine. Secondement, disoit que ceux de l’universilé, qui étoicnl étrangers et de diverses régions, ne se dévoient point entremettre du régime ni de la réformalion du royaume ; mais s’en dévoient attendre à lui et à ceux du sang royal et du grand-conseil. Tiercement, qu’il ne falloit point ni n’étoit de nécessité qu’ils le pacifiassent avec le duc de Bourgogne , pour ce que nulle guerre ni différend n’éloit entre eux. Après lesquelles réponses ouïes par les dits ambassadeurs, s’en retournèrent tout confus à Paris. Et le samedi ensuivant, le dit duc de Bourgogne étant en son hôtel d’Artois, lui fut dit, et c’éloil vérité, que la reine , avec le duc d’Orléans et tous leurs gens d’armes s’étoient partis de Melun et s’en venoient à Paris. Après lesquelles nouvelles, le dit duc de Bourgogne monta à cheval et alla en l’hôtel d’Anjou, où il trouva le roi de Sicile, les ducs de Berri et de Bourbon, et plusieurs autres princes et autres seigneurs du conseil du roi; lesquels, sachant la venue du dit duc d’Orléans , en furent tous émerveillés; car c’éloit en allant contre leur intention, et ce qu’ils traitoient en icelles parties. Si avoit le dit duc de Bourgogne très grand nombre de gens d’armes, tant dedans Paris comme dehors, lesquels si portoient ès pennonceaux de leurs lances, en flamand, Ich houd, c’est-ù-dire : Je le tiens; et ce éloit à l’encontre des Orléanois, qui, comme dessus est dit , portoient : Je l’envie; dont la plus grand’ partie des dessus dits gens d’armes du duc de Bourgogne s’allèrent mettre en bataille , contre la venue du dit duc d’Orléans, au-dessus de Montfaulcon.
En enlretemps, la communauté de Paris s’émeut et se mit en armes en très grand’ multitude, pour résister à la venue du duc d’Orléans, doutant qu’il voulsît abandonner la ville à piller et eux occire. El avecque ce, firent abattre plusieurs appentis d’aucunes maisons, afin que par les rues on pùt plus à plain traire, lancer et jeter pierres sans empêchement, et aussi s’armèrent outre les ponts plusieurs écoliers. Et pour vrai, tous les Parisiens étoient plus favorables à la partie de Bourgogne que d’Orléans, et se disposèrent de toute leur puis-