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CHAPITRE CCLXXV

Comment le duc de Touraine, dauphin, fil assiéger Cônesur-Loire; le voyage qui se fit à cette cause de par le duc de Bourgogne ; et la mort du roi d'Angleterre.

Or convient parler du duc de Touraine, dauphin, lequel en ce temps assembla, en divers pays, environ mille combattants, atout lesquels il se tira à Sancerre , auquel lieu se tint de sa personne assez longue espace. Durant lequel temps fut mise en son obéissance la Charité-sur-Loire, où il mit grand’ garnison de ses gens ; et après fit assiéger la ville de Cône-sur-Loire , qui, en la fin, fut contrainte de traiter avec les commis d’icelui dauphin, par condition qu’ils lui rendroient la dite ville , le seizième jour du mois d’août, au cas que le duc de Bourgogne ne les secour-

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roit au dil jour si puissaminent que pour les délivrer de la n)ain de scs adversaires. Et pour CO etilrelenir, baillèrent les assiégés ôlages aux dits assiégeants; et avec ce, promirent les deux ducs dessus dils, c’est à savoir de Bourgogne et de Touraine, par la bouche de leurs hérauis , nôtre et comparoir chacun à loule sa puissance à la dite journée, pour comballre l’un contre l’autre. Et afin d’entretenir icelle , le dit duc de Bourgogne , qui par avant s’étoit conclu de retourner en son pays d’.Vrtois, demeura en Bourgogne, et manda gens de toutes parts, tant en Flandre, en Picardie, comme ailleurs, à venir vers lui. Et si envoya devers le roi d’Angletrre lui requérir bien instamment qu’il lui envoyât certain nombre de scs gens pour être avec lui à la dite journée, avec aucuns de ses princes et chefs de guerre ; lequel roi fit réponse à ceux que le duc y avoit envoyés que ce ne feroit pas, mais iroit en propre personne avec toute sa puissance; et entre-temps, messire Iluc de Launoy, maître des albalétriers de France, assembla grand nombre de gens , tant de la comté de Flandre comme des marches vers Lille; et pareillement le tirent messire Jean de Luxembourg, le seigneur de Croy et plusieurs autres capitaines de Picardie, atout lesquels, vers l’issue du mois de juillet , se tirèrent par divers chemins autour de Paris, et de là par Troyes en Champagne.

Et d'autre partie, le roi d’Angleterre , qui éloit en la ville de Senlis, non pas bien sanlieux de sa personne, lit partir son osl d’autour de Paris , sous la conduite du duc de Bedfort, sou frère, du comte de Warwick et autres de ses princes et capitaines, pour aller en Bourgogne; et lui-môme , assez aggravé de maladie, partit du dil lieu de Senlis, après qu’il eut pris congé au roi de France, à la reine, et aussi à sa femme, qui depuis ne le revit ; et alla à Melun, où il se lit mettre sur une litière, sur intention d’aller à la journée dont dessus est faite mention avec ses gens. I\Iais pour tant qu’il se sentit trop afl'oibli et qu’il empiroil de jour en jour, retourna, et se fit mener au bois de Yincennes, et là s’alita du tout. El le dil duc de Bedfort, scs princes et tout son ost se tirèrent par plusieurs journées jusqu’au pays de Bourgogne; et ainsi le firent tous

les seigneurs de Picardie et d’autres lieux ; et tant cheminèrent qu’ils vinrent en la ville de Yézelay, où ils trouvèrent le duc de Bourgogne, qui là les attendoit atout grand’ puissance de gens d’armes qu’il avoit assemblés de plusieurs lieux. Si les reçut et festoya moult joyeusement. Et par spécial, quand il trouva ledit duc de Bedfort et les autres princes d’Angleterre, les remercia moult humblement du noble et puissant secours qu’ils lui faisoient à son besoin. En après, les princes et capitaines dessus dits joints ensemble , comme vous avez ouï, commencèrent à chevaucheà* atout leurs gens, qui étoienl en très grand nombre, en approchant la dite ville de Cône; elavoieni établi, par ordonnance, avant-garde, bataille cl arrière-garde. Et là , chacune des dites parties avoit certain nombre d’Anglois, Picards et Bourguignons, afin qu’au jour qui éloit assigné n’y eût nulles envies, et que nullcs des trois parties ne pussent avoir honneur ou déshonneur l’une plus que l’autre. Et ainsi tenant cette ordonnance, chevauchèrent au dil lieu de Cône , devant laquelle ils se logèrent la nuit dont le lendemain dévoient être combattus, par les promesses ci-dessus déclarées. IMais le dit duc de Touraine, dauphin, cl ceux qui le gouvernoient , sachant la puissance des princes dessus dits, se relrahit, atout ses gens, devant Bourges en Berri, et ne comparut homme pour lui à la dite journée.

Et par ainsi demeura icelle ville de Cône en l’obéissance du dit duc de Bourgogne; et après celle journée passée, se mit tout l’osl à retourner devers Troyes. Toutefois, durant icelui voyage, y eut grand’ nécessité de vivres, et par spécial de pain. IMais tantôt qu’ils furent vers la dessus dite ville de Troyes, se commencèrent à mettre au large sur le plat pays; lequel, tant pour leur venue comme pour leur retour, fut moult travaillé partout où ils passèrent. Auquel retour , sur le chemin, vinrent certaines nouvelles au dit duc de Bedfort que son frère, le roi Henri , éloit moult oppressé de la maladie dessus dite, et en grand péril de sa vie ; et pour ce incontinent, avec lui plusieurs de scs plus féables, à privée mesgnie, chevaucha moult en hâte jusqu’au bois de A'incennes , où il éloit, et là 1 le trouva moult aggravé. Et en cas pareil,

CHROINIQUES D’ENGUERRÂND DE MOINSTRELET.

\inl à la connoissance du duc de Bourgogne , lequel y envoya messire lieu de Launoy pour le visiter et savoir en quel point il étoit.

Et adonc icelui roi , sentant qu’il étoit moult travaillé de maladie, fit venir autour de son lit son frère le duc de Bedfort, son oncle, comte de Warwick, messire Louis de Robersart, et avec aucuns autres, jusqu’à six ou huit de ceux où il avoit la plus grand’ fiance de tous ses familiers. Si leur dit et remontra assez piteusement comment il véoit bien que c’étoit le plaisir de son créateur qu’il fmât sa vie en délaissant ce monde-ci. Et après dit à son beau frère : « Jean, beau frère, je vous >> prie, sur toute la loyauté et amour qu’avez » eue à moi, que soyez toujours bon et loyal » à mon beau fils Henri, votre neveu; et vous » charge , sur tant que vous pouvez mépren- » dre, que, tant que vous vivrez, ne souffrez » à faire traité avecque notre adversaire, «Charles de Valois, ni autres, pour chose » qu’il advienne, que la duché de Normandie >> ne nous demeure franchement. Et au cas » que beau frère de Bourgogne voudra entre- » prendre le régime de ce royaume, je vous >> conseille que vous lui baillez ; mais s’il le » refuse, si le prenez. Et à vous, bel oncle » d’Excestre, je vous laisse seul et pour le V tout le régime du royaume d’Angleterre; car » je sais que moult bien le savez gouverner; et «vous prie que, pour quelque affaire qu’il >) advienne, ne retournez plus en France; et >> avec ce vous ordonne à être du tout gou- >) verneur de beau fils votre neveu ; et vous « requiers, sur tant que vous m’avez aimé, >> que le voyez et visitez très souvent en votre «personne. Et vous, beau cousin de War- « wickjje veuilque soyez son maître-d’hôtel, « et que demeurez tout quoi avec lui , pour « le conduire et apprendre l’état qu’il appar- « tient, car je n’y saurois mieux pourvoir. Et « après , je vous prie , tant comme je puis à « tous, que regardez, sur quant que vous pou- « vez méprendre, que n’ayez aucune dissen- « sion avec beau frère de Bourgogne , et ce « défendez expressément à beau frère Hon- » froy : car s’il advenoit, que Dieu ne veuille ! » qu’il y eût entre vous et lui aucunes maln veillances, les besognes de ce royaume , qui » sont moult avancées de notre parti, en pour-

» roient être emiiirées. El si gardez quene déli- » vrez pas de prison beau cousin d’Orléans, » le comte d’Eu, le seigneur de Gaucourt, » de Guichart, de Chisay, jusqu’à tant que » beau fils aura son âge compétent ; et des » autres failes-en comme bon vous semblera. » Après lesquelles paroles et aucunes autres pareilles , les seigneurs dessus dits là étant lui répondirent moult humblement , chacun en droit soi ayant au cœur très grand" tristesse, que tout ce qu’il leur ordonnoit et qu’ils sauroient que seroit son plaisir à être fait ils accompliroient à leur pouvoir, sans en rien aller au contraire ; et étoient tous moult ennuyés de ce qu’ils le véoient être en si petit état de santé. Et tôt après se départirent de la dite chambre aucuns d’iceux , et mess’re Hue de Launoy, qui avoit été envoyé devers le roi dessus dit, comme dit est dessus, de par le dit duc de Bourgogne , après qu’il eut bien et à point accompli sa légation et eu aucunes paroles avecque icelui roi, retourna devers le dit duc ; et bref le roi dessus dit fit venir devant lui ses médecins et leur requit bien instamment qu’ils lui voulsissent dire, selon ce qu’ils pouvoient voir de lui , quel terme de vie il pouvoit encore bien avoir; à laquelle requête ils délaissèrent certaine espace de lui faire savoir, sinon de lui bailler espérance en disant qu’il étoit bien en Dieu de le faire retourner en santé ; si ne fut pas de ( e content, et les requit comme devant qu’ils lui disent la vérité. Et adonc parlèrent ensemble, et après, par la bouche de l’un d’eux, qui se mit à genoux devant lui, lui fut dit : « Sire, pensez à votre ame, car il nous » semble , si n’est la grâce de Lieu , qu’il est » impossible que vivez plus de deux heures. » Et lors manda son confesseur et aucuns autres de sa famille et gens d’église , et ordonna à dire les sept psaumes ; et quand vint à Bénigne fac. Domine^ où il y a mûri Hierusalem , il les fit arrêter et dit tout haut que, sur la mort qu’il attendoit, il avoit intention qu’après qu’il auroit mis le royaume de France en paix, de aller conquerre Jérusalem, s’il eût été le plaisir de son créateur de le laisser vivre son âge. Et après qu’il eut ce dit, le fit parfaire. Et assez bref ensuivant, selon le terme que dit avoient les dessus dits médecins , rendit son esprit le derrain jour d’août.

Pour la mort duquel le duc de Bedfort, son frère, et tous les autres princes, avec généralement tous ceux du royaume d’Angleterre , firent grandes lamentations et demeurèrent en grand’ tristesse. Et tôt après furent enterrées ses entrailles en l’église et monastère de Saint- Maur-des- Fossés, et son corps bien embaumé fut mis en un cercueil de plomb.

Durant lequel temps le duc de Bourgogne vintde Brie-Comle-Robertau dit lieu du bois de Vincennes, et alla voir et visiter le duc de Bedford, frère du roi dessus dit, et les autres princes là étant, avec lesquels eut un bref parlement ; lequel finé, se partit de là et alla à Paris loger en son hôtel d Artois. Et le roi dessus dit , accompagné de scs princes anglois et de ceux de son hôtel , avec grand’ multitude d’autres gens, fut mené en grand triomphe à Paris et mis dans l’église Notre-Dame, où il fut fait un service solennel ; et de là fut mené grandement accompagné en la cité de Rouen, et y demeura assez longue espace de temps. Et entre-temps s’assemblèrent les princes en conseil au dit lieu de Paris, c’est à savoir les ducs de Bedford, de Bourgogne et d’Excestre, avec plusieurs autres grands seigneurs, afin d’avoir avis et délibération ensemble sur la gouverne et cntretènement du royaume de France. Et là fut conclu et promis par eux derechef qu’en la forme et manière qu’il avoit été traité autrefois entre les deux rois à Troyes en Champagne s’entretenroit la paix finale qui jurée et promise avoit été entre les parties. Et comme il fut assez véritablement su , la principale maladie dont le dit roi alla de vie à mort lui vint par feu qui lui prit par-dessous au fondement, assez semblable au feu que l’on dit être la maladie Saint-Antoine.

En outre, après que les princes dessus dits curent pris leurs conclusions sur le régime du royaume, comme vous avez ouï, dedans la ville de Paris , se partit bref ensuivant de Paris le duc de Bourgogne et retourna atout ses Picards en Artois et en Flandre ; et le duc de Bedfort avec autres princes anglois s’en alla à Rouen pour appointer et ordonner des affaires de la duchesse de Normandie. Et là fut menée en noble appareil la reine d’Angleterre, qui de la mort de son feu mari rien ne savoit.

Or dirons du dit feu roi anglois, et savoir est

que les seigneurs du sang royal le mirent sur un chariot que menoient quatre grands chevaux; et avoienlfaitsasemblance et représentation de cuir bouilli peint moult gentillement, portant en son chef couronne d’or moult précieuse ; et tenoit en sa main dextre le sceptre ou verge royale , et en sa main sénestre avoit une pomme d’or ; et gisoit en un lit sur le chariot dessus dit, le visage vers le ciel. Duquel lit le couvertoir étoit de drap de soie vermeil battu à or ; et avec ce portoit-on en haut , à passer parmi les bonnes villes , par-dessus le chariot, un moult riche drap de soie en la manière qu’on l’a accoutumé de porter sur le corps de Jésus-Christ au jour du Saint-Sacrement ; et ainsi, allant moult grandement accompagné de ses princes et de sa chevalerie de son hôtel , fut mené le droit chemin de Rouen à Abbeville et mis en l’église Saint-Offren. Et si avoit moult de gens d’église à la dextre et sénestre partie du trépassé, qui nuit et jour les uns après les autres, en chevauchant, cheminant ou arrêtant, chantoient sans- cesser l’ofiice des morts et célébroient tous les jours pour lui depuis le point du jour, ès églises où ils logeoient, messes jusqu’à ce qu’il étoit none. Et après d’Abbeville à Hesdin et de là à Montreuil ; et puis par Boulogne allèrent à Calais ; et toujours sur le dit chemin y avoit autour du dit chariot plusieurs hommes vêtus de blanc qui portoient en leurs mains torches allumées; et derrière étoient vêtus de noir ceux de la famille et de l’hôtel du dit roi ; et après suivoient ceux de la lignée vêtus de vêtements de pleurs et de plaints.

Et ensuivant tout ce , alloit la reine en grand’ compagnie environ demi-lieue loin après son dit seigneur ; lequel, comme dit est, fut mené à Calais ; et de là nagèrent par mer à Douvres en Angleterre, et puis par Cantorbie et Rochestre allèrent à Londres, où ils arrivèrent la nuit de Saint-iMartin d’hiver.

A l’encontre duquel roi issirent delà dite ville de Londres quinze évêques vêtus de chasubles pontificaux et plusieurs abbés mitrès et autres hommes d'église en grand nombre, avec grand’ multitude de bourgeois et autres communes; lesquels gens d’église tous ensemble mirent le dit roi défunt dedans la ville en chantant l’office des morts ; et le menèrent par le pont do Londres et par la rue des Lombards jusqu’à

CllllOMQLES D'EMilEKH AM) DE MO.ASTKEEET.

l’église cathédrale do Saint-Pol. Et au plus prés

du chariot étoienl plorants cl lamenlanis les princes de son lignage. El avec ce, le premier cheval des cjualre qui mcnoient le dit chariot auquel le roi éloil avoit un collier qui étoit peint des anciennes armes d’Angleterre. Au collier du second cheval étoient peintes les armes de France et d’Angleterre écartelées , lesquelles lui -môme porloit en son vivant. Au collier du tiers cheval étoient peintes pleinement , sans différence nulle , les armes de France. Et au collier du quart cheval étoient peintes les armes que porloit, quand il vivoiten ce monde, le noble roi Arlus, que nul ne pouvoit vaincre ; lesquelles armes étoient un écu d’azur à trois couronnes d’or. Et après que le service du dit roi eut été fait royalement, ils le portèrent enterrer en l’église de Waslremoûtier , emprès ses prédécesseurs rois d’Angleterre. Auquel enterrement fut fait en toutes choses généralement plus grand étal et boban que depuis deux cents ans par avant n’avoit été fait de nuis des autres rois d’Angleterre. Et mêmement lui mort, comme dit est , et mis en sa sépulture , lui ont fait et font chaque jour aussi grand honneur et révérence comme s’ils fussent acerlenés qu’il fût ou soit saint en paradis.

Ainsi et par cette manière fina icclui roi Henri en la fleur de son âge ; car quand il alla de vie à mort pouvoit avoir environ quarante ans; et étoit moult sage et expert en toutes besognes dont il se vouloit entremettre, et de très hautain vouloir ; et avoit, sept ou huit ans que son règne dura en France, fait en icelui de très grands conquêtes, plus que nuis de ses prédécesseurs n’avoienl fait long temps par avant. Et pour vrai , il étoit si craint et douté de ses princes et capitaines qu’il n’en y avoit nul , tant lui fût prochain et bien de lui , qui osât transgresser ses ordonnances, et par spécial ceux de son royaume d’Angleterre.

ïA pareillement étoient à ce réduits tous ceux du royaume d’Angleterre et de France, de quelque étal qu’ils fussent, qui étoient sous son obéissance et domination. Et la cause principale si étoit parce que ceux qui faisoient le contraire et enfreignoient les dessus dites ordonnances il faisoit punir très criminellement, sans en avoir aucune miséricorde.

En après foutes les besognes dessus dites accomplies, s’assemblèrent les trois étals du royaume d’Angleterre, en très grand nombre, pour avoir avis et délibération qu’il étoit bon â faire sur le régime du dit royaume ; et enfin se conclurent et élurent à roi le seul fils d’icclui roi Henri défunt, lequel n’avoil que seize mois d’âge ou environ, et se soumirent du tout on son obéissance, nonobstant sa jeunesse, et prestement lui baillèrent étal royal, et convinrent à le gouverner et conduire le comte de AVarwick et autres. Durant lequel temps y eut un noble chevalier de Picardie qui dit à son poursuivant une joyeuseté, par manière de gaberie, touchant la mort du roi d’Angleterre. Ce fut messire Sarrazin d’Arly, oncle du vidame d’Amiens, lequel pouvoit lors bien avoir soixante ans d’âge, et demeuroit en un sien châtel qu’il avoit de par sa femme, sœur au seigneur d’Offemonl, nommé Acheu, assez près de Pas en Artois, et là étoit tout malade de goutte : néanmoins volontiers enquéroit et oyoil raconter des nouvelles. Si retourna en ses jours son dit poursuivant, nommé Haurenas, qu’il avoit envoyé dehors; et étoit environ de l’âge de son maître, et l’avoit long temps servi. Et après sa venue, l’examina le dit messire Sarrazin, et lui demanda s’il savoit rien de la mort du dit roi d’Angleterre. Il dit qu’oui, et qu’il l’avoit vu à Abbeville, en l’église de Saint-Offren, et lui raconta tout l’état et comment il étoit habillé, assez pareillement qu’il est déclaré dans ce présent article. El adonc messire Sarrazin lui demanda, par sa foi, s’il l’avoit bien avisé. Et il répondit qu’oui. « Or » me dis, par ton serment, s’il avoit point ses » houseaux chaussés. — Ah ! monseigneur , » dit-il, nenni, par ma foi. — Lors lui dit » messire Sarrazin : Haurenas, beau ami, ja- » mais ne me crois, s’il ne les a laissés en » France. » A ce mot, tous ceux qui étoient présents commencèrent à rire, et puis parlèrent d’autre matière.

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