CHAPITRE CCLXXVI
Coniment la ductipssc dft Bourgogne, Michelle, alla de vie à trépas en la ville de Gaiid; et comment le duc de Bedford fut fait régent, et do plusieurs forteresses abattues.
Durant les assemblées qui se firent pour le voyage de Cône, comme dit. est, s’accoucha malade en la ville de Gand la duchesse de Bourgogne, Michelle, fille au roi de France et sœur du duc de Touraine, dauphin ; en laquelle maladie tant continua qu’en la fin alla de vie à trépas. Pour la mort de laquelle tous ses serviteurs, et universellement tous ceux de Gand et de la comté de Flandre, n’entendirent pas à joie, mais à pleurs et profonds gémissements, car elle étoit moult aimée de tous les sujets , généralement des pays du duc Philippe, son mari. Et bien y avoit raison, pour ce principalement qu’elle étoit de haute extraction, belle et bien formée, adornée de toutes bonnes conditions, selon la relation de ceux qui d’elle avoient connoissance. Si fut son corps mis en terre très solennellement en l’église du monastère Saint-Bavon, emprès Gand. Toutefois, il fut lors assez commune renommée en icelle ville de Gand que sa mort avoit été avancée. Et de fait, en fut soupçonnée une sienne damoiselle, nommée Ourse, femme de Coppin de La Viefville, née d’Allemagne, laquelle étoit à la dite duchesse moult familière, portant son scel : et durant sa maladie l’avoit congiée de son hôtel, et s’étoit retraite en la ville d’Aire. Auquel lieu envoyèrent les Gantois jusqu’à six vingts hommes de leurs gens pour l’aller quérir et ramener à Gand ; mais quand ils furent venus en la dite ville d’Aire, trouvèrent messire Gauvain de La Viefville et aucuns autres gentilshommes de l’appartenance et amitié du mari de la dite damoiselle Ourse, lesquels promirent aux Gantois de la mener sans délai devers le duc de Bourgogne, pour en faire son plaisir, et ainsi que promis l’avoient le firent. Après laquelle promesse retournèrent les Gantois de la ville de Gand; et pource que pas ne l’avoient ramenée, furent en grand’ indignation de ceux de la dite ville, et en y eut aucuns des principaux mis prisonniers. Et aussi furent très mal contents du maire, échevins et jurés de la dessus dite ville d’Aire, pource que pas ne leur
avoient envoyé à leur mandement la dite damoiselle. Et d’autre partie, nonobstant que le seigneur de Roubaix fût et eût été toujours durant les besognes dessus dites au pays de Bourgogne en la compagnie dessus dite du dit duc, néanmoins le bannirent à cette cause les dessus dits Gantois de leur ville et de la comté de Flandre ; mais quand le dit duc y fut retourné depuis, lui rendit le dit pays et lui fit sa paix certain temps après à iceux Gantois ; car il n’avoit quelque suspicion contre le dit seigneur de Roubaix pour le cas dessus dit, pai ce qu’il savoit avoir été en sa compagnie entre temps que ce étoit advenu. Si se passa ainsi la besogne , et n’en fut procédé ni enquis plus avant. En après, en ce même temps, fut, par l’autorité des rois de France et d’Angleterre et de leur grand-conseil, le duc de Bedfort constitué régent du royaume de France, pource que le duc de Bourgogne ne l’avoit voulu entreprendre. Et adonc, un petit par avant, avoient été démolis et abattus de fond en comble, par mandement royal, les châteaux de Muyn, Cressensac, Mortemer, Tilloy, Araines Héricourt, Lauroy et plusieurs autres, dont moult déplut aux nobles hommes à qui les dites forteresses appartenoient ; mais à ce ne purent aucunement pourvoir.