CHAPITRE XXXVIII
royaux avec plusieurs nobles, le clergé et le peuple, par bon conseil, lit un édit et ordonna que s’il advenoit qu’il mourût devant que le duc d’Aquitaine, son premier fils légitime, eût ûge compétent, nonobstant ce, il vouloitquele royaume il gouvernât et en eût le régime , moyennant qu’en son nom et pour lui, de ci à tant qu’il auroit son âge, les trois états du dit royaume gouverneroient ; et s’il advenoit que son dit premier fils mourût devant son âge, il Youloit que son second fils, le duc de Touraine, en ce droit succédât ; et pareillement, si le duc de Touraine mouroit, veut que son tiers fils gouverne le dit royaume, ainsi comme dit est, et que tant que l’un d’iceux fils viendront en âge, les trois états gouverneroient en son nom si le cas advenoit.
Lesquelles ordonnances les devant dits princes ro .aux avec tout le conseil confirmèrent et l’eurent pour agréable, et le quatrième jour de janvier, la dessus dite duchesse d’Orléans releva pour elle et pour scs enfants la comté de Vertus, et toutes les autres seigneuries que jadis tenoit son feu mari, et en fit serment et fidélité à la personne du roi : et après qu’elleeut priscongé dedansaucuns brefs jours ensuivant, se départit de Paris avec tout son état, et s’en retourna à Blois.
et leues publiquement et à haulte voix en la grant chambre de noslre parlement à Paris, où estoil dressé le lit de juslice, le lendemain de la teste de Noël, qui fut le 2G' jour de décembre, l’an de grâce 1407 cl le 38* de nostre règne.
» Par le roy tenant son parlement, présens le roy de Sicile, messieurs les ducs de Guyenne, de Berry, de Bourbonnois et de Bavière, les comtes de Alorlaing, de Nevers, d’Alençon, de Clermont, de Vendôme, de Saint- Pol, de Tancarvillc, et plusieurs autres comtes, barons, et seigneurs du sang royal, et autres, le connestable, les archevesques de Sens et de Besançon, les évesques d’Aucerre, d’Angiers, d'Evreux, de Poitiers et de Gap, grand nombre de abbés, et autres gens d’esgliscs, le grand maistre d’ostel , le premier et autres présidens en parlement, le premier et plusieurs autres chambellans, grant quantité de chevaliers et autres nobles, de conseillers , tant du grant conseil et dudit parlement, comme de la chambre des comptes , des requestes de l’ostel , des enquesles et requestes du palais , des aydes , du trésor, et autres ofBciers et gens de Justice, et d’autres notables personnes en grant multitude. Manhac. Neauvllle. FUa. »
Comment le duc Jean de Bourgogne lit grand’ assemblée à Lille, en Flandres, pour avoir conseil sur la morl du duc d’Urléans, et alla à Amiens cl à Paris.
Or est ainsi que le duc Jean de Bourgogne, lors étant à Lille en Flandre, fit évoquer à venir devers lui tous les nobles, les clercs et autres de son conseil, pour avoir avis sur la mort du dessus dit duc d’Orléans, dont dessus est faite mention; desquels hommes de conseil fut très grandement réconforté, et de là s’en alla à Gand où étoit la duchesse sa femme; et manda les trois états du pays de Flandre, auxquels il fit remontrer par maître Jean de Saulx, son conseiller, publiquement, comment à Paris il avoit fait occire Louis, duc d’Orléans ; et la cause pourquoi il l’avoit fait il la fit lors divulguer par beaux articles, et commanda que la copie en fût baillée par écrit à tous ceux qui la voudroient avoir; pour lequel fait il pria qu’on lui voulsît faire aide à tous besoins qui lui pourroient survenir. A quoi lui fut répondu des Flamands que très volontiers aide lui feroient -, et pareillement ceux de Lille et de Douai ; et les Artésiens oyants la cause de cette mort et la requête qu’il faisoit, promirent de lui faire aide contre tous ceux à qui il pourroit avoir à faire, excepté la personne du roi et ses enfants. Et étoient les dits articles qu’il fit proposer contre le dit duc d’Orléans, tels ou assez pareils que maître Jean Petit proposa à Paris pour l’ordonnance et commandement du dit duc, présent le conseil royal ; de laquelle proposition il sera fait plus à plein mention.
En lequel temps le roi Louis de Sicile et le duc de Berri envoyèrent leurs messagers portant leurs lettres en la ville de Lille, devers le duc de Bourgogne, qui là étoit retourné , par lesquelles lui requéroient bien acertes qu’il voulsît être à l’encontre d’eux en la ville d’Amiens, à certain jour, qu’ils lui firent à savoir, pour là eux assembler, parler et avoir conseil sur le fait de la mort du dit duc d’Orléans. Auxquels messagers fut répondu et promis par ledit duc de Bourgogne d’y aller; et pour cette cause, à ceux de Flandre et d’Ar lois il pria qu’en aide on lui prêtât aide d certaine somme d’argent, laquelle lui fut ac«
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cordée : et après fit grande assemblée et préparation.
Et le jour du parlement approchant , alla d’Arras à Corbie, ses deux frères en sa compagnie, c’est à savoir le duc de Brabant et te comte de Nevers et plusieurs autres, jusqu’à trois mille combattants très bien armés, avec plusieurs hommes de conseil; et de là, au jour qui lui étoit assigné, se retira de Corbie en la ville d’Amiens, et se logea en riiôtet d’un bourgeois nommé Jacques de Ilangart, auquel hôtel le dit duc fit pendre pardessus l’huis par dehors deux lances, dont l’une si avoit fer de guerre et l’autre si avoit fer de rochet^; pourquoi fut dit de plusieurs nobles étant à icelle assemblée que le dit duc les y avoit fait mettre en signifiance que qui voudroit avoir à lui paix ou guerre , si le prensît.
Si faisoit adonc très divers temps et duroient encore les grands neiges ; pour quoi le roi Louis de Sicile et le duc de Berri , partant de Paris environ atout deux cents chevaux , avoient plusieurs paysans qui découvroienl les chemins de la dite neige atout instruments tous propices à ce faire ; et vinrent au dit lieu d’Amiens au jour qui étoit assigné. A l’encontre desquels issit le dit duc de Bourgogne et ses deux frères, grandement accompagnés pour eux honorer ; si firent l’un à l’autre grand’ révérence; et après se logea le dit roi Louis à l’hôtel de l’évôque, et le duc de Berri à Saint- Martin-en-Jumeaux. Et entre temps le duc de Bourbon, avec lui son fils Jean, comte de Clermont, triste et dolent de ta mort de son neveu et duc Louis d’Orléans, de Paris se départit, et s’en retourna en sa duché de Bourbon.
Et ainsi comme les devants dits seigneurs étoient venus à Amiens, comme dit est, avec le grand conseil du roi pour entendre à ce qu’ils pussent trouver un appointement raisonnable de paix pour le bien des deux parties, à savoir d’Orléans et de Bourgogne , et principalement pour le bien du roi et de son royaume, ne le purent trouver : car alors le duc Jean de Bourgogne étoit par telle manière en son propos obstiné, que nullement pardon au roi de ce ne vouloit demander ni rémission cfierre ;
' Fer émoussé pour les combats courtois.
tinçois lui sembloit que le dit roi et son conseil le dévoient grandement avoir pour recommandé pour icelle besogne avoir faite. Et pour soutenir cette matière, avoit avec lui trois maîirés en théologie de grand’ famé et renommée de l’université de Paris, c’est à savoir maître Jean Petit, qui depuis proposa pour lui à Paris, et deux autres, lesquels dirent publiquement devant les princes et conseil royal étant au dit lieu d’Amiens, que chose licite avoit été au duc de Bourgogne de faire ce qu’il avoit fait au dit duc d’Orléans, disant oultre, que s’il ne l’eût fait, très grandement il eût péché ; et en ce soutenir contre tous disant le contraire , étoient prêts et appareillés. Toutefois, après ce que les parties eurent débattu par plusieurs jours les dites matières et qu’ils ne purent venir à conclusion telle que ceux qui étoient venus de par le roi le désiroient , c’est à savoir de paix , et que le conseil fut finé , se départirent , après qu’il eurent signifié au dit duc de Bourgogne, de par le roi de France, que point n’allât devers lui à Paris s’il n’y étoit mandé , et s’en retournèrent au dit lieu de Paris. Néanmoins le dessus dit duc de Bourgogne ne leur voulut pas accorder de non pas y aller, mais leur dit pleinement que son intention étoit de , au plus bref qu’il pourroit, aller faire sesexcusations au dit lieu de Paris devers le roi.
Et le lendemain du parlement des seigneurs devant dits , le dit duc de Bourgogne avec ses frères et ceux qui l’avoient amené s’en retourna en sa ville d’Arras, réservé le comte de Waleran de Saint-Pol, qui après le parlement du duc demeura bien six jours audit lieu d’Amiens. Et quand le roi Louis de Sicile, le duc de Berri et les autres seigneurs du conseil du roi furent retournés, comme dit est, à Paris, et qu’ils eurent fait leur relation en la présence du roi et de plusieurs seigneurs et princes et du grand conseil, et remontié bien au long les réponses qu’avoitfait le dit duc de Bourgogne, et comment il lui sembloit que le roi étoit grandement tenu de le rémunérer en plusieurs manières pour la mort et homicide qu’il avoit fait faire en la personne du duc d’Orléans, ne le prirent pas bien en gré, et leur sembla être grand’ merveille et grand’ présomption faite par le dit duc de Bourgogne.
Si en fut parlé en diverses manières, et par
CHROMQtlES l)'E^G^El\I\A^D DE MONSÏRRLET.
spécial de ceux qui tenoicnl la partie du duo' d’Orléans ; cl leur soinbloit que hAlivemenl le roi dovoit assembler toute sa puissance pour le subjuguer et en faire justice selon le cas. Les autres, tenant la partie du duc de Bourgogne, étoienl de contraire opinion, et leur sembloit qu’en ce il avoit fait grand service au roi et à sa génération , et par spécial la plus grand’ cl la plus forte partie des Parisiens étoienl pour le duc de Bourgogne, et l’amoient moult , cl la cause pourquoi ils étoienl ainsi affectés ù lui , c’éloit pource qu’ils espéroient que, par son moyen et pourchas, les tailles et autres subsides qui couroient au royaume de France seroient mises jus , et que le dit duc d’Orléans, tout son vivant, avoit été cause de les entretenir, pource qu’il en avoit grand profit en sa part.
El après icelui duc de Bourgogne s’en alla en son pays de Flandre , et manda très grand nombre de grands seigneurs et de ses sujets et gens d’armes pour aller avec lui à Paris devers le roi de France , jaçoit ce que le roi Louis et le duc de Berri lui avoient dit et défendu de par le roi qu’il n’y retournât point jusqu’à tant qu’il y seroit mandé ; mais pourtant ne s’en voulut déporter, ain çois par plusieurs journées se lira en la ville de Saint- Denis en France ; auquel lieu le vinrent visiser le roi Louis, le duc de Berri , le duc de Bretagne et plusieurs autres du grand’conseil, qui derechef lui dirent de par le roi que puisqu’il ne se pouvoit tenir d’aller à Paris en personne, au moins il n’y entrât qu’atout deux cents hommes.
Et pour ce le dit duc de Bourgogne se départit de Saint-Denis, le comte de Nevers, son frère cl le comte de Elèves, son beau-fils , en sa compagnie, et si y éloit le duc de Lorraine qui l accompagnoit ; et tous ensemble, très bien armés, à grand’quanlilé de gens , entra le dit duc dedans Paris sur intention de justifier son fait et sa querelle, tant envers le roi et envers tous autres qu’on lui sauroit demander. A l’entrée duquel fut démenée très grand’ joie par les Parisiens ; et mèmement les petits enfants en plusieurs carrefours à haut» voix crioient : Noél'l dont il déplut grandement à la reine
• C’éloit le cri que l’on faiioit entendre à l’entrée des toit de Francet
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de France et à plusieurs autres princes étant au dit lieu de Paris ; et s’en alla descendre en son hôtel d’Artois. Et pour vrai, comme dit est dessus, ilétoil très fort aimé du commun peuple de Paris , et avoit grand’ espérance qu’icelui duc eut très grand’ affection au royaume et à la chose publique , et pour tant sur tous les autres princes du sang royal étoit aimé et loué, et avoient souvenance des grandes tailles qui avoient été mises sus depuis la mort du duc Philippe de Bourgogne, père d’icelui, jusqu’à l’heure présente, lesquelles ils enlendoient que fût par le moyen dudit duc d’Orléans ; et pour ce étoit grandement encouru en l’indignation d’icelui peuple , et leur sembloit que Dieu, de sa grâce , les avoit très grandement pour recommandés , quand il avoit souffert qu’ils fussent hors de sa sujétion et gouvernement, et qu’ils en étoienl délivrés ; mais ils n’avoient pas bien regard et considération à ce qui depuis leur en advint et à tout le royaume de France généralement.
En outre, après que ledit duc de Bourgogne eut par aucuns jours été en la ville de Paris, et qu’il sut par ceux qui étoienl à lui favorables comment il se auroit à conduire et gouverner, il trouva moyen d’avoir audience envers le roi et tous les princes là élanls, le clergé et le peuple, et prit jour de faire proposer et déclarer sa justification pour la mortel homicide qu’il avoit fait faire sur la personne du dit duc d’Orléans défunt. Auquel lieu il alla très bien armé en personne, et les princes et autres seigneurs qu’il avoit menés avec lui, et grand nombre des Parisiens qui l’accompagnèrent. Et entretemps qu’il fut au dit lieu de Paris, étoient toujours très bien armés, dont les autres princes et tout le conseil royal étoient moult émerveillés, et n’osoient bonnement faire ni dire chose qui lui fût désagréable : pour ce principalement que le dit peuple étoit ainsi affecté sur lui, et qu’il se tenoitfort garni de gens de guerre, et éloit toujours fort accompagné en son hôtel : car il fit loger auprès d’icelui tous ceux qu’il avoit amenés, ou au moins la plus grand’ partie; et mèmement fit faire en ces propres jours , à puissance d’ouvriers, une forte chambre de pierre bien taillée en manière d’une tour , dedans laquelle il se couchoit par owitj et étoit la dite chairibreforl
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avantageuse pour lui garder ; de laquelle juslillcation du dit duc de Bourgogne la teneur s’ensuit ci-après, laquelle sera déclarée mot après autre.