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CHAPITRE XLIV

Comnienl runiversilc de Paris fil proposer devant le roi contre le pape de La Lune, et du parlement du ro' Louis de Sicile cl du Porgne de La lieuse

Au commencement de cet an •, l’université de Paris fit proposer par maître Jean Courteheuse, natif de Normandie, contre le pape Béncdict, en la manière ci-après déclarée, où étoient présents les rois de France et de Sicile, les ducs de Berri et de Bourgogne, de Bar et de Brabant, les comtes de Mortagne, de Nevers, de Saint-Pol, de Tancarville, le recteur de l’université, les suppôts et députés de par icelle, et plusieurs autres grands seigneurs, avec grand’ multitude de clergé et de peuple de Paris; le comte de Warvick, anglois; les ambassadeurs d’Ecosse et de Galles, qui lors étoient tous à Paris-, et fut cette proposition faite en la grand’ salle du Palais. Si prit icelui maître Jean son lheume au septième psalme. Converletur dolor in caput ejus , et in verticem ipsius iniquitas ejus descendet. C’est-à-dire : La douleur sera convertie en son chef, et l’iniquité de lui descendra sur lui. Et fit six conclusions. La première, que Pierre de La Lune èloit schismatique obstinément, voire hérétique, Iroubleur de la paix et union de l’église; la seconde, que le dit Pierre ne doit point être renommé Bénédict, pape, cardinal, ni par aucun nom de dignité; ni à lui comme pasteur de l’église on ne doit point obéir, sur les peines ordonnées contre ceux qui baillent faveur à schismatiques-, la troisième conclusion, que les faits, les dits, les collations, provisions, sentences et procès du temps de la date de la lettre, faite en manière de bulle, ni quelconques

• Monstrelct commence l’année à Pâques, qui tombe, pour l’année 1408, le 15 avril.

peines temporelles ou spirituelles, claires ou obscures, qui contenues y sont , sont de nulle valeur; la quarte conclusion , que la dite lettre d’clle-mème est mauvaise, séditieuse, pleine de fraude, troublant la paix et offensant la majesté royale; la cinquième conclusion est qu’au dit Pierre de La Lune ni à ses lettres ou mandements nul ne doit obéir, sur peine de bailler faveur à schismatiques ; la sixième conclusion, qui est à procéder contre ledit Pierre et contre ceux à lui favorables , et retenant ses lettres.

Après lesquelles six conclusions déclarées, furent faites certaines requêtes au roi de France par les dessus dits proposants et par l’université. La première requête, que bonne informa tion soit faite diligemment d’icelle lettre , et soient pris tous les sustanteurs et récepteurs pour les punir et corriger selon leur cas ; desquels moult il y a en ce royaume ; et seront dénommés par l’université en temps et en lieu. La seconde requête , que le roi dorénavant , ni nuis de son royaume , de quelque état qu’ils soient, ne reçoivent lettres du dit Pierre de La Lune. La tierce requête , qu’il soit commandé de par le roi à la dite université sa fille que par icelle la vérité soit prêchée par tout le royaume. La quarte requête , que l’évêque de Saint- Flour, qui a été envoyé devers le dit Pierre en ambassade, soit révoqué; et soit retenu et pris maître Pierre de Courcelles, Sansien Le Leu, le doyen de Saint-Germain d’Auxerre, et iceux punis selon leurs démérites. En outre, que la lettre, faite en manière de bulle, soit déchirée comme injurieuse et offensive à la majesté royale, avec protestation de procéder à plus grandes choses touchant la foi, et d’expliquer et démontrer les choses dessus di tes devant ceux auxquels il appartiendra, en temps et en lieu, lesquelles requêtes prestement furent octroyées du roi à la dite université. Et adonc, devant tous ceux qui là étoient, la dite lettre fut déchirée et rompue par le recteur de l’université. Le doyen de Saint-Germain d’Auxerre fut là pris en présent et mis en charte; et tantôt après fut pris l’abbé de Saint-Denis en France, et maître Jean de Sains, jadis secrétaire du roi, et plusieurs autres hommes de nom, et tenus prisonniers au Louvre; et auquel temps aussi, par la diligence des gens du

roi, le messager qui avoit apporté les bulles devant dites fut tellement poursuivi, qu’il fut pris vers Lyon sur le Rhône, et ramené prisonnier à Paris avec le dessus dit Sansien Le Leu, qui avoit été pris en l’église de Clervaux.

Si étoient alors le roi, tous les princes et le clergé moult ennuyés et courroucés contre le dit pape de La Lune 5 lequel pape, après qu’en assez bref temps il fut venu à sa connoissance comment il avoit ému le roi de France, ses princes et l’université de Paris contre lui, et de ce en moult grand doute et cremcur, se partit du port de Vendre , seulement avec quatre cardinaux, par mer, et de là s’en alla en Aragon, et puis en Perpignan. Auquel temps aussi le roi Louis de Sicile prit congé du roi de France pour partir de Paris, et alla en Provence contre aucuns favorables au roi Lancelot son adversaire Si étoit lors la reine de France à IMelun ; auquel lieu alla le roi et s’y tint par aucuns peu de jours, puis retourna à Paris , où étoient encore les ambassadeurs du roi d’Ecosse. Lesquels , après qu’il eurent reçu grand’ somme de pécune du roi pour mener guerre aux Anglois, prirent à lui congé et s’en retournèrent en leur pays. Et d’autre partie, le roi octroya à ceux do Galles, un an durant , à ses dépens, trois cents hommes d’armes et deux cents arbalétiers, desquels fut conducteur le Borgne de La lieuse , chevalier de grand renom, natif de Normandie; et lui fit le roi délivrer navire et argent pour faire son dit voyage en Galles.

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