CHAPITRE XLV
Comment le duc de Bourgogne se partit de Paris pour le f.iit du Liège; du roiiriispagne, et du roi de Hongrie, qui écrivit à l'université de Paris.
Le cinquième Jour de juillet au dit an, le duc de Bourgogne, avec lui scs deux frères, se partit dans Paris en grand’ indignation de plusieurs princes et gouverneurs du royaume, et s’en alla à Arras faire la fêle de l’évèquc de la dite cité, nommé Martin Poirée, de l’ordre des prêcheurs, lequel étoit son confesseur; et de là s’en alla à Gand voir la duchesse sa femme. Si fit grands préparations pour aller secourir Jean de Bavière, son beau-frère, évêque de Liège, lequel pour lors étoit bouté par les Lié¬
geois hors de son pays; et l’avoient assiégé dedans la ville du Trect, où il s’étoit mis à re fuge avec plusieurs gentilshommes qui tenoient son parti ; et y étoit le seigneunde Piervvess, leur chef et conducteur, avec lui son fils qu’ils avoient élu leur évêque au lieu du dit Jean de Bavière; et d’autre partie le duc Guillaume, comte de Ilainaut , auquel icelui Jean de Bavière étoit frère , le comte de Conversant , seigneur d’Enghien , avec lui , et plusieurs grands seigneurs des scs pays , fit assembler très grand nombre de gens d’armes ; lequel, avec les seigneurs de Croy et Ileilly , que lui envoya le duc de Bourgogne , bien accompagnés de grand’ foison de gens de guerre, se tira vers le pays de Liège pour y faire guerre à la cause dessus dite. Et premièrement ardirent une maison et cense d’une église de l’ordre de Liteaux , et puis chevauchèrent devers Fosses et Florines 1 , et sur tout le pays de la rivière de Sambre, auquel il firent moult grand dommage et par feu et par épée. Et de fait prirent aucunes petites forteresses d’assaut, dedans lesquelles furent mis à mort cruellement tous ceux qui étoient dedans ; et n’étoit lors en icelui pays épargnée quelque créature, de quelque état qu’il fût , que tout ne fût mis à l’épée.
hi furent en ce voyage faits nouveaux chevaliers, Pierre de Luxembourg, comte de Conversant, Engilbert d’Enghien, et plusieurs autres. Et après qu’icelui duc eut moult dégàté le pays, doutant que les dits Liégeois ne vinssent pour le combattre , lesquels étoient trop plus puissants contre lui , et en trop grand nombre, s’en retourna hors du pays, embrasant icelui, et boutant le feux partout atout scs gens, qui étoient grandement remplis de leurs biens qu’ils avoient trouvés, et revint en son pays, pour illec derechef assembler plus grand’ puissance, avec celle du dit duc de Bourgogne, sur intention de retourner au dit pays de Liège et combattre les dessus dits Liégeois.
Auquel tenq)s avoit forte guerre entre les Espagnols et Sarrazins du royaume de Grenade ; car le roi d’Espagne , grandement accompagné de ses Espagnols et de messire Robinet de Braquemont , chevalier , natif de
’ Ville et village de l’évêché de Liège.
06 ClIROiMQUES irE^GUERRANI) DE MONSTRELEÏ. L1403\
Normandie , cnirùrcnf en vingl-trois galées , lesquelles éloioni bien fournies de gens d’armes, et allèrent combattre sur la mer les dits Sarrazins, qui avoicnt \ingt-deux galècs bien armées, qui du tout furent détruites, et ceux de dedans mis i\ mort.
Ès quels jours le roi de Hongrie écrivit lettres i\ l’université de Paris , desquelles la teneur s’ensuit.
Premièrement la subscriplion étoit: « A vénérables, sages et prudents hommes le recteur et université de l’étude de Paris , nos dévots et amés. »
La narration si étoit :
« Nobles hommes et très renommés en science par tout le monde, nous avons reçu très agréablement votre épître pleine de subtilité de sentence et ornée d’éloquence de paroles, réputant votre cure et étude être piteuse et dévote, et très agréable à Notre-Seigneur et au Saint-Esprit, et très profitable à tous chrétiens. Icelle opinion par toutes parts et par toute raison est ensuivie, car telle abomination est pour le présent élevée et révélée en l’église de Dieu, que nous considérons que tout chrétien de cœur, de pensée et d’œuvre devroit à Dieu faire prières , afin que par sa grâce voulsît y pourvoir de remède convenable, parquoi la dite abomination, c’est à savoir schisme et division, qui jâ a duré par l’espace de trente ans , fût détruite par vraie union. Car, si brièvement à ce n’est remédié, il est à douter que par cette double division ne s’ensuivent trois divisions. Et pour cette cause et aucunes autres, nous avons envoyé notre orateur à très chrétien prince, notre seigneur le roi de France, afin que notre légation envoyée devers lui et son conseil ne fût point empêchée, tant parles mécréants comme par les autres; i)ar laquelle à lui requérons féablement qu’il nous envoie aucuns de sa noble, haute et puissante lignée , pour nous aider et conseiller en nos affaires , comme nous avons espoir qu’il fera, sachant que si ce il nous octroie , nous serons toujours prêts à lui servir (;t faire plaisir, comme autrefois avons été. Donné à Rome , l’onzième jour de juin , et de notre règne le vingt-deuxième. »