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CHAPITRE CLXXIII

Comment le duc rie Bourgogne fut mal content et indigné sur ceux de la ville d’Anvers.

En ce temps, Philippe, duc de Bourgogne, étant en sa duché de Brabant, fit assembler très grand nombre de gens d’armes du pays de Picardie et autres contrées sous son obéissance, lesquels il avoit en propos de bouler en la dite ville d’Anvers, par certains moyens qu’il avoit en icelle, afin de punir aucuns des gouverneurs et habitants d’icelle ville, qui étoient en son indignation, pour tant que long temps par avant ils avoient pris ou souffert prendre de force, par leurs sujets, un grand navire qui éloit au duc de Bourgogne, garni de ses gens, lequel il avoit fait mettre à l'embouchure de l’entrée du havre par ou les marchands de plusieurs pays venoient par mer au dit lieu d’Anvers : et là les gens du dit duc, étant dans icelui navire, cueilloienl sur les marchands passants plusieurs tributs qui grandement étoient au préjudice de la dite ville, comme ils disoient, et aussi contre le serment que leur avoient fait passer à long temps les ducs de Brabant défunts à l’entrée de leurs seigneuries, et mômement icelui duc présent. Par quoi, comme dit est dessus, sans faire sommation à leur prince ni officiers, furent tous contents de ce prendre , c’est à savoir icelui navire, et amener dedans leur ville et mettre prisonniers ceux de dedans. A l’occasion de laquelle besogne, le duc dessus dit, de ce non content, avoit fait l’assemblée dessus déclarée pour entrer dedans icelle ville secrètement, et les punir \ mais entre-temps son intention fut sue et découverte par aucuns

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sachant sa volonté, et furent ceux d’Anvers avertis de ce qu’on leur vouloit faire, dont grandement furent émerveillés.

Et lors, sans délai ils se mirent en armes en grand nombre, pour eux défendre, si aucunement on les vouloit assaillir, et de fait allèrent à l’abbaye de Saint-Michel, séant dedans leur ville, où se logeoit le dit duc de Bourgogne quand il venoit en leur dite ville. Et pource qu'ils avoient l’abbé du dit lieu en suspeclion, cherchèrent par tous les lieux de léans, haut et bas, pour savoir s’ils y trouveroient nuis de leurs adversaires; et après qu’ils virent qu’il n’y avoit homme qui mal leur voulût, rompirent les murs de la dite abbaye en plusieurs lieux , afin que de la dite ville on pût garder et passer pour faire leurs défenses aux murs qui étoient à l’encontre de la dite abbaye. Après laquelle besogne se retrahirenl de là, et firent grands préparations pour eux bien garder. Si fut le dit duc bref ensuivant bien acertené qu’ils savoient son entreprise ; et pour ce, voyant qu’icelle ne pouvoil mettre à exécution, licencia ses gens d’armes et fit défendre sur peine capitale aux bonnes villes de Flandre, Brabant et autres ses pays environ, que nul ne portât ne menât vivres ou autres biens quelconques en la dite ville d’Anvers, ni que on leur donnât conseil, confort ni aide. El adoncque ceux de celle la ville, sachant icelle publication être faite contre eux, furent en grand* tristesse et gardèrent leur ville diligemment, et demeurèrent une bonne espace en ce danger. Puis se firent traités entre icelles parties, parmi ce que le dit duc en eut grand’ somme de deniers, et retournèrent les gouverneurs de la dite ville d’Anvers en sa grâce.

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