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CHAPITRE XLYI

Comment tous les prélais cl gens d’église, de toutes les parlies | de la France, furent mandés à Paris, et lu venue de la reino et de la duchesse d’Orléans.

En ces mêmes jours furent mandés en la plus grand’ partie du royaume de France et Dauphiné les prélats et gens d’église ou leurs procureurs à venir à Paris devers le roi et son conseil, pour avoir avis et délibération , principalement sur l’union de l’église, et aussi sur autres besognes touchant le bien et honneur de la perfonne du roi et de son royaume; lesquels y vinrent en très grand nombre , et s’assemblèrent , la nuit Saint-Laurent , en la grand’ salle du palais, environ huit heures du matin , où étoit président, au lieu du roi, qui étoit malade, le chancelier de France. Si y célébra la messe solennellement du Saint-Esprit l’archevêque de Toulouse. Après laquelle un maître en théologie , très renommé, de l’ordre des frères prêcheurs, proposa notablement, en la présence du duc d’Orléans , du duc de Berri et de plusieurs grands seigneurs, avec le rec- , teur de l’université et grand’ multitude de clergé. Si prit son thème : « Quæ pacis simt sectemur, et quœ œdificationis sunt invicem. custodiamiis ; ad Rom. , 4. C’est-à-dire monseigneur saint Paul dit aux Romains, au ch. 4: « Nous » devons ensuivre les choses de paix et gar- » der ensemble les choses qui baillent édifi- » cation. »

Lequel proposant dit moult de cho.ses de la paix, concorde et union être mise en l’église, et le démena par manière de procès , longuement et très éloquenlement, en disant comment Pierre de La Lune, du premier jusqu’au derrain , s’étoit très mauvaisement porté à procurer la paix et union de l’église, démontrant icelui être schismatique , hérétique et obstiné en mal ; et moult par là de la dite obstination , en déclarant icelle par six manières ; pour laquelle chose le roi de France avoit autrefois fait neutralité contre lui, en lui soustrayant do son obédience. Après ce, icelui proposant nota par point les choses contenues ès dites lettres faites en manière de bulle, en démontrant corn» ment elle étoit pleine de fraude et de déception, offensive à la majesté royale, et que pour ce, tous ceux-là étant, avoienl été mandés de

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par le roi, afin que les choses dessus dites leur lussent notifiées , et que sur ce, ils baillassent conseil, aide et faveur au roi, pour avoir paix et union en ladite église, comme ils y ctoient tenus.

Kl enire temps que ces choses étoicnt dites et faites, maître Sansien Le Leu et le messager de Pierre de La Lune qui avoit apporté les lettres dessus dites au roi, tous deux Aragonnois, initi és et vêtus d’habillements où étoicnt figurées les armes d’icelui Pierre de La Lune renversées, furent amenés moult honteusement et déshonnélcmenl , sur un bannel , du Louvre en la cour du palais, et prestement, emprès le marbre, au i)ied des grands degrés, fut un échafaudis levé , sur lequel tous deux furent mis, et montrés moult longuement à tous ceux qui voir les vouloient; et avoient écrit és dites mitres :« Ceux-ci sont déloyaux à l’église etau >' roi. ') Kt après furent ramenés au Louvre sur le dit bannel, comme dessus, et le lendemain s’assembla le dit conseil au palais, où étoit présent, au lieu du roi, le chancelier de France.

Auquel lieu maître Lltin Talvande , natif de Normandie , docteur en théologie très renommé, proposa pour l’université de Paris, et prit son thème du centième psalme : Fiat pax in virtute tua , endressant ses paroles à la personne du roi et aux seigneurs de son sang là étant présents, de par la dite université, eu eux exhoi tant qu’ils voulsissent entendre par toutes manières ciui scroient possibles de faire cesser ce périlleux schisme, et, à leur pouvoir, procurer la paix et union de sainte église universelle, démontrant derechef la mauvaiseté du dit Pierre de La Lune, par trois claires raisons , disant comment il étoit schismatique , hérétique obstinément, et qu’il ne devoit point être nommé pape, Bénédict , ni cardinal, ni par aucun nom de dignité , et que nuis ne dévoient à lui obéir, sur peine due aux favorables à hérésie et à schisme; et raconta moult de fois aucuns cas de papes de Rome, convenables à son propos , et la conclusion du derrain concile, laquelle fut que si le dit Pierre de La Lune et son adversaire ne faisoient paix et union en l’église dedans l’Ascension, comme ils avoient promis , tout le royaume de France généralement et ceux de la Dauphiné se souslroiroicnt de leur obéissance; car ainsi

l’avoient conclu les dits prélats qui au dit concile avoient été, comme il apparoît par lettres scellées de leurs sceaux qu’avoient par devers eux ceux de la dite université. Et pour ce la dite obédience est soustraite de par le roi , jusqu’à ce que vrai , seul , non douteux pape et pasteur de l’église universelle soit élu et déclaré.

Et si fut pareillement déclaré par le dit proposant comment on se devoit avoir en dispensations pour les consciences, et ès collations des bénéfices, et autres choses, tant au dit royaume, comme en la Dauphiné, durant la dite neutralité, et aussi quelles choses on devoit conclure sur les besognes dessus dites. C’est à savoir, finalement, que nul, sur les peines dessus dites , de quelque état qu’il fût, ne fit obéissance aux deux papes dessus dits après le jour qui étoit déclaré , et sur peine d’encourre l’indignation du dit roi.

Et après fut requis par icclui que les lettres dont par devant étoit faite mention fussent déchirées publiquement , et pareillement unes autres qui autrefois avoient été apportées à Toulouse. Si en fut ainsi fait, et avec ce fut ordonné à tous les prélats et autres gens d’église que chacun en droit soi, ès mettes de ses bénéfices, fît publier haut et clair, et par plusieurs jours en ladite université, ladite neutralité. El avec ce leur fut baillé par écrit de par icelle université tous les points et articles louchant celte matière et comment ils s’avoient à gouverner. Après lesquelles besognes traitées et remontrances faites, comme dit est , chacun se départit. El le lendemain les deux Aragonnois dessus nommés , tous deux furent derechef menés et échafaudés , et menés parmi Paris , comme autrefois avoient été.

En ces jours, la reine, qui par certains jours avoit été à 3relun, vint à Paiis, et amena son fils le dauphin, Itaïucl étoit monté sur un cheval blanc, IcMiucl conduiseient quatre hommes de pied, et alloienl après le chariot de la dite reine : cl derrière le dit dauphin suivoient les ducs de Berri , de Bretagne et de Bourbon , le comte de 3Iorlagne, le comte de Clermont , le comte de Vendôme et grand nombre de grands seigneurs, tant gens d’église, comme séculiers, chevaliers cl écuyers, à laquelle ve-

CHROMQUES D■E^GL^ERRÂ^D DE MONSTRELET.

DUO fui faite grand’ liesse do Parisiens, et fut erié IVoël en plusieurs lieux. Et ainsi s'en allèrent loger icelle reine, le daupliin, son fds et Louis de Bavière son frère, au cliàlel du Louvre ; et le lendemain vint au dit lieu de Paris la duchesse d'Orléans douaigière , et sa bcllefillc Isabelle , aînée fille au roi de France , accompagnées de plusieurs gens notables, chevaliers cl autres , tous vêtus de deuil , à l’encontre desquels issirent tous les princes dessus dits, qui les conduisirent et menèrent devers la reine et le duc d’Aquitaine pour eux faire requête qu’ils pussent avoir justice et raison de la pileuse mort du duc d’Orléans défunt, et aussi faire répondre et proposer à l’encontre de ce que le duc Jean de Bourgogne avoil fait proposer, proclamer et div ulguer contre le dit duc publiquement naguère, comme dessus est déclaré, contre son seigneur et mari ; laquelle requête finalement elle obtint.

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