CHAPITRE CLXXXV
Commenl les rois d'Aragon el de Navarre furent pris et déconSts devant Gaëte par l’armée du duc de Milan.
Le sixième jour d’août de cet an, furent pris devant Gaëte, au royaume de Naples , le ro’ d’Aragon et de Navarre, le grand-maître de Saint-Jacques , leur frère, le duc de Sesse et son fils, le comte de Fondes, le prince de Tarente, le fils messire Christophe Garganeymé, renommé de l’Aigle; le vice-roi de Sicile, et bien quatre cents chevaliers et écuyers , qui avoient avecque eux bien quatre mille soudoyers, qui tous furent déconfits. Et tenoient le siège devant la sus dite ville de Gaëte , par mer et par terre, pour icelle conquerre à la déplaisance de Philippe Maria , duc de Milan. Pour tant icelui duc fit préparer son armée en la ville de Gênes, pour secourir et mener vivres à la dite ville de Gaëte. Si fut principal conducteur d’icelle armée au dit duc de Milan l’amiral de la cité de Gênes, lequel ayant intention d’entrer en icelle ville ainsi assiégée par mer, si s’approcha d’icelle tant que les assiégeants allèrent pour le combattre et subjuguer. Toutefois, nonobstant que l’amiral dessus dit ne fût point en si grand nombre comme les Napolitains et les Aragonois, ses ennemis, étoient, la fortune fut pour lui, et déconfit pour ce jour tous ceux qui étoient au dit lieu tenant le siège par mer et par terre. Mais nonobstant que les dessus dits rois d’Aragon et de Navarre, avecque les autres seigneurs des¬
sus nommés, eussent été pris devant le port de Gaëte, comme dit est dessus, si furent-ils menés prisonniers à Gênes, qui lors se tenoit en l’obéissance du duc de Milan. Mais bref ensuivant, par certains moyens et promesses qu’il fit aux Génevois, lui furent iceux seigneurs délivrés et mis en sa main, moyennant qu’il promit de non les délivrer, sinon du su et consentement des dits Génevois. Laquelle promesse il n’entretint point, car tantôt après qu’ils furent amenés devant lui et qu’il les eut grandement fesïuyés el conjouis en sa ville de Milan, il les mit à pleine délivrance, sans payer finance ni retenir d’eux aucune chose ni promesse , et mêmement leur donna de grands et précieux dons. Dont quand ce fut venu à la connoissance des Génevois, ils en furent très mal contents el non sans cause, car ils étoient leurs ennemis capitaux ; pour quoi ils se départirent du tout de l’alliance et obéissance du dit duc de Milan.