CHAPITRE CXCIX
Comment Arthus, comte de Richemonl, connétable de France, fit guerre au damoiseau de Commercy.
En cet an, te comte de Riohemont, connétable de France, atout grand’ compagnie de gens d’armes, vint au pajs de Champagne et ès marches d’environ pour guerroyer le damoiseau de Commercy et les autres qui étoient désobéissants au roi Charles de France, et moult travailloient ses pays. Et à sa première venue prit Lonnois, à quatre lieues près de Rheims, et de là alla devant Braine, appartenant au seigneur de Commercy ; mais pource qu’elle étoit trop forte et bien garnie, et qu’ils ne vouloient point obéir, il passa outre et s’en alla à Saint-Menehoult, que tenoit Henri de La Tour, lequel il en débouta par certains traités faits entre les parties. Auquel lieu vint devers le connétable le damoiseau Everard de La Marche, qui avec lui fit appointement pour avoir ses gens et mettre le siège devant Chavency. Si bailla le dit connétable plusieurs de ses capitaines avec leurs gens au dit damoiseau Everard, qui allèrent assiéger la dite ville de Chavency, environ huit jours après Pâques; et là firent une grande et forte bastille, où se logèrent environ quatre cents combattants, avec grand nombre de communes de bonnes villes et du plat pays, qui alloient et venoient. Entre lesquels y étoit le lieutenant du connétable, qu’on nommoit Jean de Mala- Irait, et messire Jean Geoffroi de Couvrant, et le prévôt des maréchaux, Tristan l’Hermite. Et si y étoit Pierre d’Orgy, Yvon du Puis, l’Aragon, Étienne, le grand Pierre et plusieurs autres notables hommes, qui là furent bien quatre mois ou plus, faisants moult forte guerre aux assiégés; lesquels aussi se défendirent très prudentement. Durant lequel temps une partie des assiégeants se tinrent aux champs, sur intention de faire dommage en autre manière au dessus dit damoiseau de
Coinmorcy, lequel se lenoit toujours sur sa garde et bien garni de gens d’armes. Et sut par ses épies que ses adversaires étoient logés au pays de Champagne, on une ville nommée Romaigne ; et avant qu’ils s’en aperçussent aucunement, les assaillit environ huit heures au matin; et ains qu’ils s’en donnassent garde, tes rua jus et détroussa du tout. Si y furent morts environ soixante hommes, entre lesquels le furent Alain Geron, bailli de Sonlis, Geoffroy de Morillon, Pierre d’ürgy, Alain de La Roche, Olivier de La .louste, le bùtard de Yilteblanche et plusieurs autres gentilshommes; et si en furent pris prisonniers bien six vingls, dont en étoit un Blanchclaine. Après laquelle détrousse le dit damoiseau de Commcrcy se reirahit.
Et après, quand les nouvelles en furent portées au siège de Chavency, ils en furent fort émerveillés. Néanmoins le dit Everard de La Rlarchc se rallia derechef avec le comte de Yernembourg, qui, on personne, et deux de ses fils avecque lui, et de quatre à cinq cents combattants, alla au dit siège et y mena messire Hugues Tauxte, messire Héraut de Gourgincs, gouverneurs d’Ainvillier, les enfants de Brousset et plusieurs antres grands soigneurs, qui au siège se tinrent jusqu’à la nuit de Sainl- Jean-Baptiste , que les assiégés livrèrent une moult forte escarmouche et boutèrent le feu aux logis des assiégeants, par quoi les mirent en desroi; et en occironl de deux à trois cents, entre lesquels y furent morts Etienne Diest et l’Aragon ; et à l’autre dos escarmouches y fut mort l’un des fils du comte de Yernembourg ; et pareillement le feu fut bouté par fusées dedans la grand’ bastille. Par quoi les dits assiégeants, à grand’ perle et dommage, se délogèrent du tout après que leurs logis furent du tout ars et bruys, comme dessus est dit. Et étoient dedans Chavency, durant le siège devant dit, de par le dit seigneur de Commercy, Engilbert de Dole et Girard de IMarescoup, atout environ deux cents combattants. Si avoit ce temps pendant le dessus dit connétable de France mis en l’obéissance du roi Charles ; Nanleuil, en la montagne de Rheims, Ham on Champagne, Bourg et aucunes autres forteresses de sa venue.